Philosophie et spiritualité


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TPE, travaux personnels encadrés

Par Raphaële Delaunay et Laurie-Anne Percevaut


 L'utopie

    Le terme utopie, du grec "ou" = non, et "topos" = lieu, signifie étymologiquement un lieu inexistant, un lieu de "nulle part". C'est une conception d'une société idéale où les rapports humains sont réglés mécaniquement ou harmonieusement. Sa description relève de l'imaginaire dans un récit à portée philosophique, politique, idéologique ou morale. La fiction dans ce cas s'appuie sur une critique globale de la société où vit son auteur et l'aspiration à un monde meilleur. L'archétype de l'utopie est le célèbre roman politico – social de Thomas More, Utopia de 1516. Mais déjà dans l'Antiquité, La République de Platon sert de modèle à toute une littérature spécialisée dans les conceptions idéales sur les progrès souhaités de l'humanité. La forme francisée " utopie" est attestée chez Rabelais en 1532 et, sur le modèle de l'anglais utopia, le mot devient nom commun en intégrant le vocabulaire politique au XVIII° siècle ; Il désigne alors le plan d'un gouvernement imaginaire. Les progrès utopiques sont nés de l'imagination d'auteurs et d'artistes qui vivaient des époques de changement, de crise sociale où les valeurs morales, économiques et politiques étaient remises en question. L 'utopie proprement dite naît à la Renaissance parce qu'elle traduit une manière de penser caractéristique de l'humanisme. Chez Thomas More comme chez la plupart de ses successeurs, la société idéale peut-être une construction humaine, sans qu'il faille compter sur la Providence divine ou sur un changement surnaturel.

   L'utopie a pour vocation de projeter un idéal social, non de le réaliser : métaphoriquement, l'utopie ressemble à une ligne d'horizon vers laquelle l'on tend, sans jamais l'atteindre. Et d'ailleurs, l'utopie, justement parce qu'elle n'existe pas, invite d'autant mieux à l'idéalisation.

 

Pourquoi l'utopie ?

   prendre du recul

_ critiquer la société

_ penser le monde autrement pour mieux le changer

                 Comment ?

_ grands traits communs à toutes les utopies

_ différents modèles d'utopies célèbres

limites de l'utopie

_ condamnée dès le départ par son étymologie

_ si réalisée : échec

_ déclin

_ différents modèles de contre – utopies

             conclusion

 

Les utopies relevant de la littérature politique du XVI° siècle au XVIII° siècle participent à une critique de l'ordre existant et d'une volonté de le réformer en profondeur. Le recours à la fiction est un procédé qui permet de prendre ses distances par rapport au présent pour mieux le relativiser et le décrire, d'une manière aussi concrète que possible. L'épanouissement du genre utopique correspond à une période où l'on pense justement que, plutôt que d'attendre un monde meilleur dans un au-delà providentiel, les hommes devraient construire autrement leurs formes d'organisation politique et sociale pour venir à bout des vices, des guerres et des misères. En ce sens, les descriptions qu'ils proposent, dans lesquelles ils font voir des cités heureuses et bien gouvernées, visent à convaincre les lecteurs que d'autres modes de vie sont possibles. Peu à peu, en particulier lorsque l'idée de progrès devient un principe de compréhension de l'histoire humaine, la notion d'utopie apparaît, non plus comme le résultat prévu de la décision de réformateurs soucieux du bien humain, mais comme ce vers quoi tend le processus historique : en effet, pour certains, l'utopie est l'horizon de l'histoire, et il convient d'accélérer le processus pour se rapprocher du règne de la liberté.

Il s'agit aussi de penser le monde autrement pour mieux le changer. L'utopie devient alors une plate-forme politique, un "projet de société" – pour utiliser le terme contemporain – un projet débordant d'ambition puisqu'il vise à mobiliser les convaincus pour qu'ils engendrent un monde radicalement différent de celui qui existe. Pour que l'utopie finisse par contredire son étymologie : Qu'elle soit quelque part.

L'imaginaire utopique s'offre aux regards de l'observateur comme une crise de la spatialité en premier lieu. Il semble s'inscrire au sein d'une problématique de l'espace particulièrement privilégiée au cours de ce XVI° siècle qui connaît l'apogée des Grandes découvertes maritimes avec la découverte de Nouveau Monde.

La première définition de l'utopie, lieu qui n'est dans aucun lieu, suggère que l'homme, en inventant des mondes utopiques exprime l'impossibilité de se situer dans un espace donné qui serait le lieu privilégié du rêve de l'abondance, de la perfection, d'un inaccessible paradis.

Très vite cependant, il nous est apparu qu'il convenait de nuancer. En effet, derrière ce "questionnement spatial" si explicite, il nous a semblé discerner une interrogation plus fondamentale, correspondant à une angoisse bien plus profond qui demeure implicite : l'appréhension du temps. L'Utopie, si elle révèle la nostalgie d'une terre édénique dont l'homme s'efforce en vain de trouver l'emplacement quitte à le créer de toutes pièces dans des œuvres littéraires puis dans des sociétés concrètes, est plus essentiellement une uchronie, c'est-à-dire une tentative de se situer hors du temps. Cette aspiration prend paradoxalement forme, par une sorte de glissement, d'une dilatation de l'espace aux dépends du temps. D'une certaine manière, celui-ci est nié.

Jean Servier, partant d'une constatation, établit un parallèle entre les sociétés traditionnelles et celles auxquelles aspire l'imagination utopique : " la société traditionnelle ayant été construite sur le plan mythique de l'univers, sa pureté […] ne peut que s'altérer avec le temps malgré la répétition de rites de consécration visant à la régénérer. C'est pourquoi elle cherche à se rapprocher de la perfection des origines et à prolonger le mouvement primordial de sa fondation. Elle est ancrée dans le présent, désespérément tournée vers le passé en souvenir du temps où l'homme vivait à même l'univers". Il s'agirait donc d'une tentative de retour à un passé imaginé et idéalisé plus ou moins consciemment. D'autre part, dans la société traditionnelle, la cité tout entière est conçue comme un cercle magique consacré par l 'ancêtre fondateur, renouvelé par le sang des sacrifices, destiné à protéger l'individu de tout mal.

Il est frappant de retrouver cette même aspiration, nier le temps, l'abolir, inscrite dans la conception architecturale des cités utopiques en des lieux et des époques fort divers et éloignés les uns des autres. Aristote, dans La Politique, présente Hippodamos de Milet, l'urbaniste le plus célèbre de son temps qui eut le premier l'occasion de rebâtir des villes entières. Ce dernier est qualifié de Météorologos, c'est-à-dire un spécialiste des phénomènes célestes. Il est chargé de tracer les plans des villes nouvelles dont la structure doit refléter l'harmonie cosmique et par conséquent de recréer sur terre l'harmonie universelle. L'architecture de la ville est donc le reflet de l'ordre idéal.

Or, lorsque l'on contemple le tracé des villes inventées par des écrivains utopistes, nous retrouvons cette conception de la cité considérée comme une projection sur terre de l'harmonie universelle. Les rues droites, coupées à angles droits, d'aspect généralement similaire avec une place en leur centre où se concentrent une bonne part des manifestations de la vie sociale de la communauté. Cela apparaît comme une tentative de reproduire ici-bas l'ordre régnant dans l'ensemble de l'univers.

On entrevoit dès lors l'importance accordée à l'architecture dont les utopistes considèrent qu'elle modèle l'âme des citoyens. Le fait que ces villes soient généralement fortifiées ou qu'elles se trouvent à l'intérieur d'îles inconnues ou encastrées dans des vallées en des lieux difficilement accessibles accentue leur ressemblance avec les sociétés dites traditionnelles. Le contour des îles ou des enceintes entourant les villes tient lieu de cercle magique à l'intérieur duquel la société

se trouve protégée des atteintes et des souillures du monde extérieur, défense renforcée par la difficulté de se rendre dans les villes idéales. Les enceintes circulaires qui évoquent la protection du ventre maternel, le "plan cosmique" des villes rappelle à l'homme qu'il participe par chacun de ses gestes à l'harmonie du monde. Ces cités circulaires expriment l'un des premiers soucis de la cité qui sera repris au cours des siècles par toutes les utopies : exorciser la mort.

 

Les grands traits communs à toutes les utopies

Nous avons vu succinctement comment l'architecture des villes utopiques tend à se constituer comme l'image d'un univers ordonné s'opposant au chaos et nous avons suggéré la capacité de celle-ci à modeler les comportements, l'esprit de ses habitants. Les villes aux maisons identiques s'efforçant de reproduire l'harmonie cosmique renvoient au mode de vie communautaire auquel aspirent généralement les différents auteurs:

_ communauté des biens meubles et immeubles

_ réglementation du mariage

_ prise en commun des repas

_ uniformisation de l'habillement

_ prise en charge ou expulsion des malades, anciens ou fous

_ société patriarcale laissant une liberté plus ou moins grande à la femme qui la plupart du temps exerce pleinement sa citoyenneté au sien de la cité mais se trouve soumise à la tutelle masculine à l'intérieur du foyer

_ éducation commune des enfants généralement pris en charge par l'état dès leur plus jeune âge

_ journée de travail réduite entre quatre et six heures, alternant avec quelques heures d'études quotidiennes jugées tout aussi importantes pour les adultes. On remarque dans cette organisation du travail que dans la plupart des utopies celui-ci est considéré comme fondamental dans la mesure où la cohérence de la société paraît relever de l'organisation et de la technique. C'est pourquoi aucun métier n'est considéré vil ou noble en lui-même, seule son utilité lui confère la noblesse. C'est aussi à ce titre qu'il ne peut y avoir de privilèges, car cela détruirait la cohérence des sociétés basées sur la plus stricte égalité entre les individus même si elles sont fortement hiérarchisées. On constate aussi une alternance entre les périodes de travail à la ville et à la campagne, les travaux difficiles dans les champs étant souvent effectués en commun

_ loisirs codifiés et soumis à une haute surveillance : " toujours exposé aux yeux de tous, chacun est obligé de pratiquer son métier ou de s'adonner à un loisir irréprochable"

différents modèles d'utopies célèbres

 

Utopie de Thomas More

Thomas More était un diplomate, un humaniste ami d' Erasme. Dans son livre intitulé Utopie, il décrit une île merveilleuse qu'il nomme précisément Utopie, et où s'épanouit une société idyllique qui ignore l'impôt, la misère, le vol. Il pensait que la première qualité d'une société utopique était d'être une société de liberté.

Il décrit ainsi son monde idéal : 100 000 personnes vivant sur une île. Les citoyens sont regroupés par familles. 30 familles constituent un groupe qui élit un magistrat, le Syphogrante. Les Syphograntes forment eux-mêmes un conseil, qui élit un gouverneur à partir d'une liste de 4 candidats. Le prince est élu à vie, mais s'il devient tyrannique, on peut le démettre. Pour les guerres, l'île emploie des mercenaires, les Zapolètes. Ces soldats sont censés se faire massacrer avec leur ennemis pendant la bataille. Ainsi l'outil se détruit dès l'usage. Aucun risque de putsch militaire. Sur Utopie, il n'y a pas de monnaie, chacun se sert au marché en fonction de ses besoins. Toutes les maisons sont identiques. Il n'y a pas de serrures aux portes

et chacun est contraint de déménager tous les dix ans afin de ne pas se figer dans les habitudes. L'oisiveté est interdite. Pas de femmes au foyer, pas de prêtres, pas de nobles, pas de valets, pas de mendiants. Ce qui permet de réduire la journée de travail à six heures. Tout le monde est tenu d'accomplir un service agricole de deux ans pour approvisionner le marché gratuit. En cas d'adultère ou de tentative d'évasion de l'île, le citoyen d'Utopie perd sa qualité d'homme libre et devient esclave. Il doit alors travailler beaucoup plus et obéir à ses anciens concitoyens.

Hippodamos à Milet

En 494 avant J-C, l'armée de Darius, roi des Perses, détruit et rase la ville de Milet. Les anciens habitants demandent alors à l'architecte Hippodamos de reconstruire d'un coup leur cité tout entière. Il s'agit d'une occasion unique dans l'histoire de l'époque. Jusque là, les villes n'étaient que des bourgades qui s'étaient progressivement développées dans le plus grande anarchie. Être chargé d'ériger dans sa totalité une ville de taille moyenne, s'était se voir offrir l'occasion d'ériger LA ville idéale. Hippodamos saisit l'aubaine. Il dessine la première ville pensée géométriquement. Il ne veut pas seulement tracer des rues et bâtir des maisons, il est convaincu qu'en repensant la forme de la ville, on peut aussi repenser la vie sociale. Il imagine une cité de 5040 habitants, répartis en 3 classes : artisans, agriculteurs, soldats. Hippodamos souhaite une ville artificielle, sans plus aucune référence avec la nature. Au centre, une acropole d'où partent 12 rayon la découpant tel un gâteau en 12 portions. Les rues de la nouvelle Milet sont droites, les places rondes et toutes les maisons sont strictement identiques pour éviter toute jalousie entre voisins. Tous les habitants sont d'ailleurs des citoyens à part entière. Ici, il n'y a pas d'esclaves. Hippodamos ne souhaite pas non plus d'artistes dans se ville. Les artistes sont selon lui des gens imprévisibles, générateurs de désordre. Poètes, acteurs et musiciens sont bannis de Milet et la ville est également interdite aux pauvres, aux célibataires et aux oisifs. Le projet d'Hippodamos consiste à faire de Milet une cité au système mécanique qui ne tombera jamais en panne. Pour éviter toute nuisance, pas d'innovation, pas d'originalité, aucun caprice humain. Hippodamos a inventé la notion de "bien rangé". Un citoyen bien rangé dans l'ordre de la cité, une cité bien rangée dans l'ordre de l'état, lui-même ne pouvant être que bien rangé dans l'ordre du cosmos.

L'abbaye de Thélème, Rabelais

En 1534, François Rabelais proposa sa vision personnelle de la société utopique idéale en décrivant dans Gargantua l'abbaye de Thélème :

Pas de gouvernement car, pense Rabelais : " comment pourrait-on gouverner autrui quand on ne sait pas se gouverner soi-même ? " Sans gouvernement les thélémites agissent donc "selon leur bon vouloir" avec pour devise " fais ce que voudras". Pour que l'utopie réussisse, les hôtes de l'abbaye sont triés sur le volet. N'y sont admis que des hommes et des femmes bien nés, libres d'esprit, vertueux, beaux et "bien naturés" . On y entre à 10 ans pour les femmes, à 12 pour les hommes. Dans le journée, chacun fait donc ce qu'il lui plaît, travaille si ça lui chante et sinon, se repose, boit, s'amuse…Les horloges ont été supprimées, ce qui évite toute notion du temps qui passe. On se réveille à son gré, on mange quand on a faim. L'agitation, la violence, les querelles sont bannies. Des domestiques et des artisans sont installés à l'extérieur de l'abbaye et sont chargés des travaux pénibles.

L'établissement devra être construit en bord de Loire, dans la forêt de Port-Huault. Il comprendra 9332 chambres. Pas de murs d'enceinte car le murailles "entretiennent la conspiration". Chaque bâtiment sera haut de 6

étages. Un tout-à-l'égout débouchera sur le fleuve. De nombreuses bibliothèques, un parc enrichi d'un labyrinthe et une fontaine au centre.

Rabelais n'était pas dupe. Il savait que son abbaye idéale serait forcément détruite par la démagogie, les doctrines absurdes et la discorde, ou tout simplement par des broutilles, mais il était convaincu que cela valait quand même la peine d'essayer.

Phalanstère de Fourier

Charles Fourier était un fils de drapier, né à Besançon en 1772. Dés la révolution de 1789, il fait preuve d’étonnante ambitions pour l’humanité. Il veut changer la société. Il expose ses projets en 1796 aux membres du Directoire qui se moquent de lui. Contraint de travailler dans le commerce, Charles Fourier poursuit néanmoins sa recherche sur la société idéale qu’il décrira dans les moindres détails dans plusieurs livres, dont Le Nouveau Monde industriel et sociétaire.

Selon cet utopiste, les hommes devraient vivre en petites communautés de 1600 à 1800 membres. La communauté, qu’il nomme Phalange, remplace la famille. Sans famille, plus de rapports parentaux, plus de rapport d’autorité. Ce gouvernement est restreint au plus strict minimum. Les décisions importantes se prennent en commun au jour le jour sur la place centrale. Chaque Phalange est logée dans une maison-cité que Fourier appelle le phalanstère. Il décrit très précisément son phalanstère idéale : un château de 3 à 5 étages.

Au premier niveau, des rues rafraîchies en été par des jets d’eau, chauffés en hiver par des grandes cheminées. Au centre, se trouve une Tour d’ordre où sont installés l’observatoire, le carillon, le télégraphe Chappe, le veilleur de nuit .

Fourier pense qu’après des siècles d’harmonie, chaque phalanstère sera pourvu d’un nouveau membre, l’archibas.

Des disciple de Fourier construirons des phalanstères jusqu’en Argentine, au Brésil, au Mexique et aux USA.

Auroville

L’aventure d’Auroville ( abréviation d’Auroreville ) en Indes, près de Pondichéry, compte parmi les plus intéressantes expériences de communauté humaine utopique. Un philosophe bengali, Sri Aurobindo, et une philosophe française Mira Al Passa ( « Mère ») entreprirent en 1968, d’y créer le village idéal. Cette cité aurait la forme d’une galaxie afin que tout rayonne depuis son centre rond. Ils attendaient des gens de tous les pays, y vinrent seulement des européens en quête d’un utopique absolu. Hommes et Femmes construisirent des éoliennes, des ateliers d’objets artisanaux, des canalisation, un centre informatique… Ils cultivèrent dans cette région pourtant aride.

Auroville est une des rares expériences utopiques encore en cours.

Adamites

En 1420, s’est produite en Bohème la révolte des Hussites. Précurseurs du protestantisme, ils réclamaient la réforme du clergé et le départ des seigneurs allemands. Un groupe plus radical se détacha du mouvement : les Adamites. Eux, remettaient en cause non seulement l’église, mais la société toute entière. Ils estimaient que la meilleure manière de se rapprocher de Dieu, serait de vivre dans les mêmes conditions qu’Adam, le premier homme de la création.

Il s’installèrent sur une île du fleuve Moldau, non loin de Prague. Ils y vécurent nus, en communauté, mettant tous leurs biens en commun, en faisant de leur mieux pour recréer les conditions de vie au Paradis, avant la « Faute ». Toutes les structures sociales étaient bannies. Ils avaient supprimé l’argent, le travail, la noblesse , la bourgeoisie, l’administration, l’armée. Ils s’interdisaient de cultiver la terre, et se nourrissaient de fruits et de légumes sauvages. Ils étaient végétariens et pratiquaient le culte direct de Dieu, sans église et sans clergé intermédiaires.

Ils irritaient évidemment leurs voisins hussites qui ne voulaient pas tant de radicalisme. Les seigneurs hussites et leurs armées encerclèrent les Adamites, sur leur île, et massacrèrent jusqu’au dernier ces Hippies avant l’heure.

Le XX e siècle fait apparaître le progrès pour ce qu’il est une croyance. Croyance nécessaire, peut-être, en ce qu’elle a pu cimenter, plus d’une fois, la volonté collective, mais croyance dont l’histoire nous a forcé à nous dépeindre à coups de désastres régressifs et de barbaries modernes. C’est à cette époque, que la littérature est traversée par l’opposition entre utopie et contre-utopie, entre rêve et cauchemar. C’est une opposition qui ouvre grand l’arc du possible, entre le pire et le meilleur qui détruit les illusions du progrès. Du même coup, elle fait apparaître l’utopie comme un objet double, constitué d’une face radieuse et d’une face sombre.

Il est remarquable de constater que certains récits utopiques ce dérèglement qui fait virer le rêve au cauchemar. Comme si le projet utopique pouvait à l'occasion générer son contraire, la contre-utopie, fragilisant ainsi la frontière qui sépare la construction utopique de la construction totalitaire.

Dans la langue courante, en période de basses eaux utopistes, le mot tend à reprendre principalement un des sens principaux que lui confère le dictionnaire : " idéal, vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité." Utopie ? " chimère, illusion, mirage, rêve", dit le Robert. Fait à noter, avec le succès et la popularité croissante des contre-utopies, comme celles d'Huxley, d'Orwell, ainsi que la découverte graduelle des véritables conditions de vie de certains régimes dits " utopiques", le mot utopie pris un autre sens péjoratif : ce n'est plus une simple chimère inoffensive mais une vue de l'esprit risquée, menaçant à tout moment de déraper dans le réel et d'engendrer un enfer totalitaire.

Qu'en est il aujourd'hui ? Le constat du décès de l'utopie est une chose courante. Jean Baudrillard, a affirmé " c'est la fin de l'utopie , car l'humain a désormais les moyens d'accéder à son origine, par l'archéologie et la génétique, qu'à sa fin dans une possible perfection paradisiaque obtenue dans la science et les techniques".

La lucidité moderne a tôt fait de faire saisir aux autres humains les risques de l'utopie que certains auteurs ont brillamment manifesté dans ce que l'on peut appeler des contre-utopies. Les visions de 1984 de Georges Orwell ou du Meilleur des Mondes d'A. Huxley sont dans certains cas tellement justes, quand on les compare à notre époque, que c'est à vous glacer dans le dos.

 

Exemples de contre-utopies célèbres

1984 Georges Orwell

Dans ce livre, le monde a été divisé en trois super-puissances constamment en guerre. Chacune de ces trois super-puissances est dirigée par un parti très hiérarchisé qui, au nom des principes humains a rendu au néant toutes les libertés et fait vivre les gens dans la haine de l’autre et dans l’envie de dénoncer le fautif (même les enfants espionnent leurs parents pour les dénoncer de la moindre erreur). L’humanité est désormais réduite à la haine mais le plus terrible, c’est que cette haine est entretenue par les partis, alors que les gens ne s’en rendent même pas compte, tout cela leur paraît normal. La super-puissance décrite est dirigée par l’énigmatique « Big Brother », personne dont l’existence n’est pas vérifiée. Le parti a été créé dans le but de rendre les gens heureux, comme en témoigne la devise « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». En entretenant une haine constante des autres en utilisant un principe de double pensée qui fait concevoir que le mal n’est que le bien ( ex : le ministère de l’Amour qui est en réalité le ministère de la torture. ), en créant un langage qui ne permet pas d’exprimer une opinion et qui, ainsi, empêche les gens de penser par eux même et d’avoir un jugement sur la réalité ; le parti rend les gens heureux, ils sont comme hypnotisés et ne voient rien de mauvais, carrément manipulés par le parti.

C’est la réalisation d’une utopie pour ces gens. Du point de vue du lecteur, c’est paradoxal, puisque les gens ont vraiment une existence lamentable.

Le meilleur des mondes d’A. Huxley

Nous sommes dans le futur et le pays contrôle les naissances afin de les diviser en castes qui dépendent de la nature biologique des fœtus. Ces castes s’étendent des Alphas (ceux qui sont destinés « à contrôler le monde ») jusqu’aux Epsilons (les sous fifres ). En fonction de son éducation chaque caste est heureuse : par exemple, les Alphas ont une éducation basée sur la fierté d’être Alphas, puisqu’ils sont les meilleurs et les Epsilon reçoivent leur éducation sur la chance de ne pas avoir a réfléchir autant que les Alphas, et de bénéficier de plus de temps libre…

Ainsi chaque caste est heureuse.

Le communisme

(en latin : communauté) Ordre social dans lequel les moyens de production sont la propriété de la communauté, et où la répartition des biens se fait selon les besoins ; c'est aussi la démarche politique visant à atteindre un tel ordre social.

Le communisme, en tant qu'idéal de vie sociale en communauté est une idée ancienne présente par exemple chez les premiers chrétiens (église primitive) d'où la naissance de communauté qui, dans le cadre d'un monastère ont tenté de réaliser ces " communautés communistes". Le communisme au sens philosophique du terme remonte à Platon, premier créateur d'une Utopie sociale. Ce n'est qu'au XIX° siècle qu'apparu le lien entre l'idéal et un mouvement politique pratique, à la suite de la Révolution Industrielle. En France, le concept de communisme fut utilisé à partir de 1840 pour exprimer l'aspiration des ouvriers à être affranchis de toute exploitation. La doctrine de Marx, exposée dans le Manifeste du Parti Communiste ( 1848 ) , fut à l'origine qualifié de communiste pour distinguer d'autres courants socialistes.

Le cas de L'URSS : Lénine repris le terme en 1917 pour désigner une doctrine marxiste radicalement révolutionnaire. La doctrine de Marx comprend une théorie scientifique et la prophétie d'un salut. Lénine ayant mis l'accent sur un élément révolutionnaire contenu dans le marxisme, la révolution permanente et la dictature du prolétariat en tant qu'union des ouvriers et des paysans, il est le fondateur du communisme moderne qui, très vite, s'est transformé en dictature du Parti communiste et en un dogme figé.

La construction de la société communiste n'a pas tenu ses promesses.

L'union soviétique a représenté l'exemple d'une utopie politique en train de se réaliser à l'échelle d'un pays. Cet échec allait inévitablement avoir des conséquences sur tout grand projet futur. Il ne faut pas oublier les dérapages immondes d'un autre "grand projet" : " le nazisme n'est certes pas une utopie politique. En revanche, il met au jour des tendances de la tradition utopique occidentale : l'obsession de la transparence, la subordination absolue de l'individu à l'état, et, plus encore peut-être, la tentation de la pureté. Se découvre à la source de l'idée d'un homme nouveau régénéré, une utopie du corps : un chemin qui va de l'hygiénisme à l'eugénisme ".

Conclusion :

Après les utopies totalitaire du XX° siècle ( fascisme, stalinisme, intégrisme religieux et barbarie ), est il possible d'imaginer et de créer pour le XXI° siècle des utopies non totalitaires et non violentes, immédiates et concrètes, non plus imposées par des autorités supérieures ( états, religions, organismes…),

mais décidées et mises en œuvre par les individus, groupes et peuples eux-mêmes ?

Quoi qu'on en pense, il est clair que la démarche utopique n'est pas prête de s'éteindre et que l'imagination sociale est une dimension constitutive de la vie en commun. Au demeurant, notre histoire est remplie de promesses non tenues et il vaut mieux imaginer le futur que le subir.

 


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