Vie-pathétique et vie-lois : le « respect de la vie » comme mort spirituelle programmée dans l’Eglise

- Note de définition d’une problématique -

 Il n’est pas inutile de situer dans certains cas le point de départ d’un travail intellectuel. Cela permet de casser avec l’idée d’un cloisonnement entre la vie de tous les jours et la « réflexion ».

Je ne crois pas me tromper : on n'entendait plus parler de la Création et des créatures de Dieu dans l'Eglise du Christ. En tous cas, je n’avais pour ma part aucun écho de ces paroles essentielles à travers les homélies, encore moins à travers la presse catholique. Quelle joie d'entendre à nouveau cela de la bouche du pape François : le Créateur, les créatures de Dieu ! Comme c'est beau et évocateur ! Et juste, puisqu'il y aussi les bêtes, la nature !

Depuis des années, je n'entendais parler que de la "vie", du "respect de la vie" et c’était là un discours rien moins que clair. Il y a longtemps que cette notion floue de la "vie" « rabâchée » depuis une trentaine d'années dans l'Eglise me semblait étrange et surtout très peu spirituelle. Le ton franciscain adopté par notre nouveau pape est le déclencheur qui m’incite à aller plus loin dans cette réflexion. La Création et les créatures, cela me rappelait des échos très lointains, mais presque occultés, presque éclipsés, presque en concurrence avec cette étrange notion de "vie".

Il y a énormément à dire mais il faut évidemment le dire d’une manière méthodique et ordonnée. Dès que l’on a un petit peu repéré et travaillé le sujet (le concept de « respect de la vie » dans l’Eglise), on s’aperçoit que la méthode qui convient est celle qui est employée pour l’analyse des idéologies scientifiques. En effet, le « respect de la vie », on s’aperçoit assez vite que c’est un « discours » cohérent en soi, ayant une certaine logique, mais qui occulte et dissimule sans aucun doute bien des choses et qui surtout a des effets très particuliers sur la pensée et la spiritualité. Le « respect de la vie », c’est sans doute une idéologie qui a infiltré l’Eglise.

  Pour illustrer rapidement ce que je viens d’énoncer, je creuse un tout petit peu l’opposition entre l’idée de Création et celle de « vie » au sens de « respect de la vie ».

1-     L’idée de Création évoque une dynamique du monde, elle renvoie évidemment au Créateur et implicitement, en arrière plan, aux principes essentiels du dogme : la liberté, la chute, la rédemption, la nécessaire divinisation.

2-   Il est difficile de contester que l’idée de « respect » accolée au concept de « vie » tend au contraire à évoquer des images statiques du monde, fixées, figées avec des connotations nettement plus « moralistes » et mondaines qu’évangéliques.

 

C’est là déjà une opposition entre deux « corpus » d’idées, deux modes de pensée antinomiques qui permet de poser le problème, essentiel, de la vie spirituelle induite dans l’un et l’autre cas

Je pose donc d’emblée l’hypothèse lourde suivante : la conception « dynamique et totalisante », c’est à dire le langage de la Création et des créatures et la conception « statique et moralisante », c’est à dire le langage de la « vie » et de son « respect » induisent deux genres de vie morale et spirituelle différents et peut- être même opposés et antinomiques.

En d’autres termes : « respecter la vie » et « vivre en communion avec la Création », ce sont peut être deux modes d’existence et de rapport au monde très différents et même opposés. Je vais commencer à rassembler des faits tendant à montrer ceci.

A partir de ce point, deux méthodologies se présentent pour avancer. La première serait « historique », la seconde serait « sociologique », et évidemment la combinaison des deux permettrait d’aboutir, en principe, à une analyse satisfaisante de notre sujet. Historiquement, il faudrait étudier la manière dont le corpus conceptuel autour du « respect de la vie » a été introduit dans le langage de l’Eglise. Il faudrait étudier l’origine intellectuelle de cette conceptualisation, les agents ayant introduit ces idées, les conflits et discussions afférents à ce discours, les éventuelles distorsions, les infiltrations concomitantes à ces nouvelles conceptions. Sociologiquement, il faudrait étudier l’usage récent de ce discours autour du « respect de la vie », la manière dont certains clercs ou laïcs ont peut être refusé cette conception du monde, les effets d’un tel discours sur la spiritualité enfin. Tout cela n’est pas exhaustif bien sûr : je situe les grands axes.

Bien entendu, il est inutile de tenter de redire et de réécrire ce qui a déjà été bien dit et bien écrit. Mais après une rapide recherche bibliographique je n’ai rien trouvé aucun écrit traitant spécifiquement du sujet que j’ai circonscrit et qui me semble pourtant capital. Cela ne signifie évidemment pas qu’aucun travail spécialisé n’a été réalisé : cela indique seulement que les travaux sur le sujet sont un peu difficiles à se procurer et donc relativement hors de portée du public même cultivé et curieux. Le petit travail de défrichement (on ne peut guère faire plus dans le cadre d’un court article de définition sur un tel sujet) que je tente ne sera donc pas inutile. Par contre, il faut signaler dès maintenant que de nombreux chercheurs a priori étrangers à la théologie ont parfaitement repéré et identifié l’étrange dérive de l’Eglise moderniste vers l’impasse du « respect de la vie » et ont abordé le sujet, souvent en quelques lignes mordantes ; j’y reviendrai.

Mais je dois bien préciser : je n’ai pas trouvé d’étude détaillée sur le cas particulier du rapport entre la spiritualité et « le respect de la vie » dans l’Eglise. Les théologiens et les philosophes ont bien sûr traité des rapports généraux entre la religion et la science. On trouve des éléments importants dans les écrits autour de la crise moderniste

 J’ai suggéré qu’il faudrait, pour une étude solide, combiner l’histoire et l’actualité. Je vais commencer par quelques remarques sur l’actualité avant de d’esquisser ce que devrait être l’étude historique.

      1  « Sociologie »

L’idée de « respect de la vie », on pouvait avoir l’impression qu’elle était martelée jusqu’à saturation par un certain catholicisme. Mais dans le même temps, cette vie qu’il fallait respecter, elle était de plus en plus étrange, de plus en plus réduite et pour tout dire, de plus en plus abstraite et de plus en plus matérielle ! La vie, c’était d’abord la vie exclusivement humaine (tant pis pour les autres créatures de Dieu !) puis on comprenait implicitement que la vie, c’était avant tout celle de l’embryon, et pour finir on apprenait que la vie à défendre, c’était celle des cellules embryonnaires ! Alors, inévitablement, chez les non croyants, chez les adversaires de l’Eglise les remarques naïves, étonnées, incrédules, ironiques, perfides fusaient. Il faudra en faire un inventaire systématique et ordonné. Je cite aujourd’hui seulement quelques exemples :                                                                                                -le respect de la « vie » devrait inclure les bactéries ;                                                 -le respect de la vie humaine devrait inclure les spermatozoïdes, personnes potentielles ;                                                                                                            -et aussi les molécules de carbone, constituants potentiels d’une « vie » future ;              -la sacralisation de la conception biologique et de la fécondation comme avatar de la mystique gnostique ;                                                                                                               -l’Eglise s’occupe de tout ce qui n’est pas né, et après, basta ! : c’est une Eglise pour les embryons, pas pour les êtres vivants (définis au sens le plus habituel par la philosophie par leur ipséité et leur intentionnalité).                                                                                                                   Je serai amené à multiplier les exemples et à les classer, mais d’emblée, on ne peut s’empêcher de ressentir un vrai malaise devant un tel flot de railleries.

Toutes ces critiques, on peut choisir de ne pas les entendre, et de se replier sur des certitudes, mais on risque alors de rater bien des choses dans l’ordre intellectuel et aussi dans l’ordre des obstacles à la spiritualité. Sans compter qu’il y a plus encore : il y a les gens qui ne parlent pas et qui « n’en pense pas moins ». J’y reviendrai, mais il n’est pas inutile de mentionner ici rapidement que la désertion des églises et l’effondrement de la vie spirituelle ne cessent pas.

Que nous disent toutes ces remarques et plus encore peut être tous ces silences ? Une seule chose : cette conception de la « vie » qu’il faudrait respecter n’est pas évidente, n’est pas claire, ne va pas de soi.

  2       « Histoire »

                                                                                                                          C’est à ce point qu’il faudrait initier une étude historique. Et suivre dans l’histoire l’émergence, la diffusion, l’entrelacement des diverses conceptions de la vie. J’esquisse la problématique.

Aujourd’hui, lorsque l’on évoque dans un contexte intellectuel l’idée de vie, on pense quasi inévitablement à la vie telle qu’elle est conçue, à juste titre dans leur ordre de pensée, par les biologistes, les biochimistes, les généticiens. On pense à des lois dans l’ordre physico-chimique ou dans l’ordre génétique, on pense à des mécanismes au niveau de la cellule ou des molécules organiques, et ainsi de suite. Par un manque curieux de sens historique et « phénoménologique », on a très souvent l’impression qu’il s’agit là des fondements de la vie.

L’ordre historique et logique est tout autre : c’est parce que des hommes ont vécu au sens phénoménologique et existentiel, c’est à dire dans l’ordre de l’histoire réelle, avec leurs joies et leurs souffrances, qu’ils se sont penchés sur les mécanismes cachés de cette vie réelle et qu’ils ont interrogé l’organisme au laboratoire. Plus clairement et plus pratiquement : c’est parce que les hommes ont souffert qu’ils ont inventé la médecine, qu’ils ont tenté de la rendre rationnelle et « scientifique » et qu’ils ont peu à peu dégagé les connaissances qui constituent maintenant la biologie que je désignerai désormais par « vie-lois » pour l’opposer à la vie réellement vécue qui sera désormais la « vie-pathétique ». Le moindre cochon, par exemple, a une vie sensible et ce n’est que par l’occultation et l’oubli de sa pauvre vie sensible que des savants, au laboratoire, ont pu expérimenter sur lui et parfois se convaincre et tenter de nous convaincre que la vie est une suite d’algorithmes. Mais non : la seule vraie vie, c’était la vie pleine et entière de notre malheureux cochon : aussi humble fut-elle, c’était une vie phénoménologique, sensible, pathétique.   

Je reformule : la « vraie vie » est première, la vie réduite à des lois observables est seconde et elle n’a de sens que pour servir la vie sensible, pathétique. La vie-lois est évidemment au service de la vie-pathétique : c’est l’ensemble des connaissances médicales, vétérinaires, génétiques et ainsi de suite. La vie-lois permet de servir la vie-pathétique mais elle n’est pas la vie-pathétique. La vie-lois est un « résultat » récent, partiel et provisoire de la vie-pathétique au service de la vie-pathétique !

En tant que somme de connaissances théoriques accumulées dans les traités de biologie et transmissibles, la vie-lois est indiscutablement du domaine des savants, des biologistes, c’est l’évidence même. Ces savants sont d’ailleurs généralement tout à fait conscients du caractère contingent, historique et inévitablement inachevé et rectifiable des connaissances ainsi obtenues : il y a eu, il y aura d’autres conceptions scientifiques de la vie. Aucun biologiste n’aurait aujourd’hui l’outrecuidance de tenter de définir ce qu’est la vie sauf à commencer par une longue, et bien difficile, revue bibliographique. Pire : certains vont jusqu'à dire qu’ils n’étudient pas la vie mais seulement des mécanismes physico-chimiques qui n’ont rien de spécifique par rapport aux mécanismes du monde non-vivant. Les citations de biologistes qui connaissent leur métier sont, ici, plus que troublantes : où donc est passée la vie ? Sauf à se fixer sur une définition historique et passagère, ce que les biologistes évidemment ne font pas, on ne sait pas ce que c’est que la vie au laboratoire de génétique moléculaire !

Et c’est à ce moment où la vie devient indéfinissable au laboratoire que l’Eglise parle d’une manière presque obsessionnelle du « respect de la vie » au sens de la vie-lois et sans précisions de méthodes ! C’est méthodologiquement intenable : c’est fonder des exigences morales sur une appréhension contingente et confuse des connaissances sur « la vie ». On cherche en vain, par exemple, les préalables philosophiques autour de la scientificité des théories implicitement adoptées. Les considérations morales adjacentes apparaissent alors très mal fondées, très peu fondées. Il est dès lors difficile de ne pas penser à une infiltration, à une manipulation d’une Eglise déjà très affaiblie et déspiritualisée par un siècle de modernisme par des demi-scientifiques malveillants trouvant un terrain pour placer leurs théories confuses ou consciemment dépassées, devenues indéfendables dans le monde des vraies spécialistes mais pouvant encore servir à casser l’Eglise. En tous cas, on peut montrer que l’Eglise perdra en crédibilité et en spiritualité dès qu’elle aura adopté de telles options demi-scientifiques. Auprès de deux types de publics surtout : les vrais scientifiques et le peuple : ceux qu’on ne peut pas tromper avec la demi-science.

Je développe un exemple. La cellule vivante n’existe pas comme existent un pommier, un écureuil ou une petite fille. Une cellule n’est pas un « objet matériel », c’est un « objet scientifique », un « objet mental ». La cellule n’existe que théoriquement, comme concept, à l’intérieur d’une conception scientifique de la vie, à l’intérieur d’un certain modèle scientifique : la théorie cellulaire. Les cellules n’existaient pas dans la théorie fibrillaire au XVIIIe siècle, elles ont pris une toute autre place évidemment dans la biologie moléculaire contemporaine. « Respecter les cellules embryonnaires », c’est donc tomber dans une sorte d’idolâtrie, à mon avis inévitablement inspirée par des scientistes malintentionnés, d’une certaine théorie scientifique datée et surtout caricaturée. Théorie formulée d’ailleurs en son temps, au XIXe siècle, par des scientifiques athées et matérialistes : qui a donc mené l’Eglise en plein XXe siècle dans cette impasse positiviste et pseudo-scientifique ?  Il y a là beaucoup à creuser. En tous cas, on conçoit immédiatement les moqueries des scientifiques non croyants : respect de la matière organique extracellulaire et intercellulaire, respect de l’ADN, respect de la poussière interstellaire, respect des courbes humaines (surtout celles des mannequins !), des quantités humaines et ainsi de suite.

Les sarcasmes pleuvent à l’infini parce que la base est absurde ! Et la base est absurde parce qu’ « on » a introduit volontairement et consciemment dans l’Eglise vers 1980 sans doute une théorie intenable ou plus exactement une conception intenable de la théorie, une conception intenable de l’exigence théorique. C’est un point essentiel de notre problématique : tout converge pour amener à penser que l’ on a introduit dans l’Eglise une conception intenable, presque grotesque de l’exigence théorique, très exactement de l’exigence en matière de théories scientifiques !

Inutile d’ajouter que depuis la confusion entre la vie-pathétique, phénoménologique et la vie-lois est permanente et non questionnée ! Cette différence fondamentale, essentielle ne semble même plus comprise.

Le procès général est le suivant : l’Eglise initie implicitement, sous couvert de « respect de la vie », non point à la connaissance des voies mystiques, à la recherche de la divinisation, de l’imitation de Notre Seigneur Jésus Christ, mais à des moutures intenables et grotesques de la génétique et de l’embryologie ! Dans l’Eglise moderniste, on ne devient pas savant et dans le même mouvement, on ne devient pas non plus spirituel ! Les empêchements sont très nettement concomitants : la demi-science interdit clairement l’accès à la vraie spiritualité, et c’est bien une demi-science qui est constamment et avec insistance (constamment et avec insistance, j’insiste !) introduite dans l’Eglise.

Infiltration par des demi-scientifiques pervers, c’est l’hypothèse que je pose. C’est la seule explication logique d’une telle catastrophe intellectuelle et spirituelle.                   

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Je tente maintenant de croiser les brefs acquis ci-dessus et de proposer une sorte d’explication d’ensemble.

L’hypothèse d’une infiltration par une théorisation pernicieuse de la « vie » devrait se trouver confortée alors par une certaine collusion avec le modernisme, le progressisme dans l’Eglise. A défaut, ce serait là une tentative de dévoiement par des pervers mais sans grand appui, sans grande signification historique et donc sans grande emprise.

On peut montrer effectivement que la pénétration d’une théorie scientiste, caduque et platement matérialiste de la vie ne pouvait qu’accélérer la liquidation de l’exigence spirituelle et mystique dans l’Eglise. On développe une vie spirituelle sur la base d’un dogme explicitant le retour de l’âme à Dieu et surtout grâce à la fréquentation des grands auteurs de la mystique, certainement pas après avoir ingurgité quelques notions datées et douteuses de génétique et d’embryologie moralisées. Il y a là tout un immense champ de recherches à quadriller :                                                                                                                

-images évoquées par le « respect de la vie » : les cellules ont évidemment une vie purement inconsciente et apathique : c’est peut être ce type de vie cellulaire et embryonnaire que l’on voulait discrètement induire chez les croyants par une sorte de harcèlement autour du « respect de la vie » ;                                                                                                                 -paradigmes et théories scientifiques de la vie-lois changeant au rythme des résultats des instituts de recherche ; la morale est alors « à la remorque » des publications scientifiques ce qui autorise toutes les manipulations par les demi-scientifiques, espèce redoutable, et par les vrais scientifiques incroyants et farceurs ; développer une casuistique moralisatrice sur ces terrains est  clairement impossible : on est toujours déjà dépassé et moqué ; on préfère alors  poursuivre une sorte de bavardage moral sans emprise sur le réel que parler le langage de la spiritualité et de la mystique : curieuse option qui dénote clairement l’influence du scientisme sur ces esprits mécanisés persévérant dans une course poursuite déjà perdue depuis longtemps ;                                                                                            -opposition thématique et stylistique aux grands auteurs de la mystique, mélange des genres : la lecture de manuels de génétique semble parfois remplacer la lectio divina chez certains clercs, y  compris inconsciemment : voir leur style embarrassé mi-religieux, mi-scientiste ;                                                                                                                       -crispation sur des questions de morale personnelle (la cellule, c’est la petite chambre, il y a là une immense fantasmatique égocentrique inconsciente à déchiffrer) et occultation et oubli de la dimension politique de la charité ; c’est là une dérive essentielle ;                                                                                                  -destruction de la piété populaire et rurale : le peuple a du bon sens, il vénérera les saints, mais jamais, jamais il n’adhérera à une mise en scène du genre  « respect des cellules embryonnaires » ; très précisément parce qu’il sait, lui, ce qu’est la vraie vie, la vie pathétique ; le « respect de la vie » basé sur la vulgarisation génétique cela ne peut être pour lui que des affaires d’intellectuels douteux et malsains, de demi-fous même pas savants, sortis du réel et de la vie, la vraie ; mais peut être que précisément l’ « on » a voulu par là chasser le bon peuple des églises ; en tous cas, le bon peuple est parti à toute vitesse dès que les scientistes ont pris place dans l’Eglise, les statistiques des sociologues sont parlantes !

Il faudra faire un inventaire complet et méthodique des distorsions et survalorisations affectives inconscientes induites par cet ensemble notionnel autour du « respect », de la « vie », des « cellules » et ainsi de suite. Le bilan d’une telle psychanalyse permettra de systématiser une idéologie qui n’est reçue que parce que ses instigateurs pervers la distillent en douce, par bribes, un peu comme une drogue lénifiante. Resitué dans la totalité historique et pathétique, le « respect de la vie » apparaît pour ce qu’il est : une idéologie scientiste et matérialiste délirante (paranoïaque exactement : délire chronique systématique avec conservation de la clarté et de l’ordre dans la pensée ; tout est vrai, sauf les postulats) vitrifiant et paralysant l’esprit, prévenant et interdisant toute expérience spirituelle et l’exercice même du bon sens.

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Imagine-t-on un mystique sérieusement affligé par le devenir de cellules embryonnaires ? Poser la question, c’est y répondre et je suis persuadé que l’on a là une explication de l’effondrement général de la spiritualité et de la mystique en Occident. Spiritualité et théorie cellulaire, non, décidément, il y a quelque chose qui ne colle pas ! Aucun savant du XIXe siècle, d’ailleurs, croyant ou laïcard, n’aurait « gobé » cette confusion des genres entre la vie et sa théorisation provisoire. C’est dire l’effondrement des capacités de discernement en un siècle. On est au niveau de la boutade de l’astronaute russe qui n’avait pas rencontré Dieu dans le ciel ! Nous devons nous, et on nous le répète, rencontrer « la vie » dans l’exposition caricaturale d’une théorie biologique, coupée de toutes considérations philosophiques et historiques consistantes !

Teilhard du moins avec ses rêveries cosmologiques biscornues nous contraignait à regarder vers le haut. Virchow, à son insu évidemment, nous cloue définitivement au sol : Virchow nous place en cellule, l’image n’est pas gratuite, c’est bien ce qui s’est passé, nous sommes à l’intérieur d’un mode de pensée scientifique daté  ! Voilà bien un cas extraordinaire : l’Église s’englue elle-même, ou plutôt se laisse engluer, à l’intérieur d’une théorie scientifique régionale inventée par des athées militants qui n’en demandaient pas tant et qui auraient sans doute jugé cet hommage oblique et bizarre des plus détestables !    

Je pose donc que le « respect de la vie » au sens scientiste fut un formidable moyen de déchristianisation et de déspiritualisation, par l’oubli et l’occultation de la vie vraie, sensible, pathétique et la prévention et l’interdiction de toute vie mystique. Certains avaient intérêt à faire oublier l’expérience mystique et à essayer de transmuter l’Église en une sorte de confrérie scientiste en extase devant les cellules embryonnaires. Difficile de trouver un moyen plus vicieux de déchristianisation et de déshumanisation, il faut l’avouer : interdire de penser et de développer la vie mystique au nom du « respect de la vie » conçu d’une manière platement matérialiste et machinale ! Il fallait y penser ! Les infiltrations scientistes dans l’Église, sous des prétextes insinuants et finassiers du genre « respect de la vie », ont-elles été sérieusement étudiées ? Je le répète : on ne trouve aucune étude détaillée accessible, et c’est très étonnant.

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Le processus général est donc le réductionnisme scientiste ; sous un prétexte moral étrange et étranger aux textes canoniques, (entre le « respect de la vie » et « Tu ne tueras point », il y une distance qui n’est jamais explicitée !), et par l’intermédiaire d’infiltrations scientistes insinuantes et fielleuses selon mon hypothèse (c’est le « chaînon manquant » nécessaire pour expliquer l’ensemble du schéma que je commence à tracer ici, je maintiens donc son existence à titre hypothétique et je pense trouver très prochainement des noms et des faits), les clercs vont se centrer sur de fausses connaissances scientifiques et délaisser leur domaine propre : la spiritualité. Ils seront dès lors à l’affût des conceptions les plus contingentes et les plus passagères de la vie par les biologistes, les biochimistes, les généticiens qui, eux, sont, je le répète, parfaitement conscients du caractère approché, régional et provisoire de leurs conceptualisations de la vie et donc de la contingence historique de leurs paradigmes. On aboutit alors à la sacralisation de mécanismes physiologiques abstraits, de résultats contingents de la biologie dont on ne semble pas du tout comprendre l’origine historique, qui est précisément la réduction, le schéma, de la vie que l’on est sensé « respecter » ! Les personnes bien vivantes ont alors beau jeu pour moquer une Eglise plus intéressée par le devenir de cellules et d’embryons évidemment aveugles et atones que par la direction des consciences et la diffusion des moyens de salut ! L’impasse est totale : le piège du réductionnisme s’est refermé sur les clercs ayant abdiqué de leur discernement face aux manœuvres de scientistes retors.

On commence à comprendre ici le cœur théorique de la problématique qui consiste en une confusion initiée, entretenue et désormais presque inextricable entre                                                                                                                            -la vie pathétique                                                                                                             -la loi naturelle,                                                                                                               -les lois découvertes historiquement par l’investigation scientifique (la vie-lois),                                                                                                       -l’expression contingente de ces lois.                                                                               Je pense que c’est évident pour le lecteur qui a eu la patience de me lire jusqu’ici (s’il y en a un), mais il constatera avec moi que ceci n’est jamais formulé !                                                                    Quant à la désintrication de cet imbroglio, c’est un axe de travail spécial qu’il est impossible de commencer à développer ici. Mais il y a plus, pire : le schéma complet est encore plus embrouillé, confus et illogique qu’il n’y paraît ici, je le montrerai rapidement dans ma conclusion.

On doit alors se demander plus largement comment cette conception délirante (au sens technique et psychiatrique) de la vie-lois et de son « respect », l’invraisemblable « respect de la vie-lois », a pu prendre aussi facilement et sans ambages la place de la vie pathétique, historique dans la théologie contemporaine. On doit en d’autres termes, s’interroger sur l’existence de grands procès historiques desquels l’infiltration et la manipulation dont je postule l’existence ne seraient que les conséquences logiques et peut être inévitables.

Cette acceptation implicite d’une conception réduite et scientiste de la vie, c’est un résultat parmi bien d’autres de la glaciation mentale générale qu’a induit peu à peu le capitalisme libéral le plus âpre, et que l’on désigne habituellement par le concept de réification. On pourrait citer par exemple l’animal de ferme devenu une pure machine à produire de la viande. Processus qui s’étend sur plusieurs siècles, peut être initié par Descartes et sa théorie de l’animal-machine. Nous payons très cher, quoique inconsciemment, ce réductionnisme glacé qui a atteint l’esprit au XXe siècle ; ce qui, évidemment n’était pas prévu dans le jeu des réductionnistes glacés : c’est l’arroseur arrosé ! Si j’évoque par une image rapide ce processus gigantesque et sinistre, ce n’est pas par méconnaissance de sa toute puissance sur nos vies, c’est uniquement pour signaler que je ne peux en dire plus sur son l’histoire et sa théorie ici.

Il faut modifier largement la présentation habituelle des faits :

          1-Le « respect de la vie », c’est une idéologie pseudo-scientifique et donc pseudo-morale qui condamne à l’atrophie mentale et la platitude spirituelle tous ceux qui s’y trouvent englués, et qui est entièrement traversée par le  paradigme biologique réductionniste initié au XVIIIe siècle ; cette vie, elle n’est ni à respecter, ni à ne respecter pas puisque c’est un schéma, un modèle de la vie présenté par les biologistes à un certain moment de l’histoire ; rentrer dans un jeu moral autour de tels modèles biologiques contingents, c’est signer l’arrêt de mort d’une spiritualité crédible ! 

          2 – Les « manipulations génétiques » et autres potentialités de la biologie contemporaine, c’est tout simplement la suite logique de l’exercice de la rationalité réductionniste dans l’ordre naturel, c’est un peu plus difficile à appréhender que tout ce qui a existé dans cet ordre jusqu’alors mais il est détestable de traiter le sujet en faisant des catalogues de monstruosités à venir ou en « lançant des cris d’alarme » : cela dénote seulement l’inculture historique de tels scribouilleurs ; le processus est enclenché depuis le XVIIIe siècle et ce n’est pas par des cris hystériques ou une casuistique toujours déjà morte et dépassée du genre « respect de la vie » que l’on va le réguler d’une manière charitable ; seules des étude historiques serrées et approfondies permettraient de comprendre comment on en est arrivé là, mais les modernistes semblent plus friands de science-fiction que d’histoire et de philosophie sérieuses, c’est triste mais c’est ainsi : immense paresse intellectuelle ; à noter en un mot que rien ne menace a priori l’intégrité de la conscience, bien au contraire il y a d’immenses perspectives thérapeutiques et éthiques qui se laissent deviner.

 

C’est peut être un peu difficile à admettre tant qu’on n’y a pas réfléchi très longuement : c’est bel et bien le discours scientiste délirant autour du « respect de la vie » qui est de l’ordre de la manipulation mentale, du conditionnement mental. Le conditionnement mental, il ne viendra certainement pas des manipulations génétiques, de la reproduction artificielle, des hybrides et ainsi de suite. L’alarmisme sur ces terrains est facile, vulgaire et détestable, il est souvent injuste et inculte. Le conditionnement mental, il est déjà là depuis cinquante ans, et il s’exerce d’une manière beaucoup plus sournoise et insidieuse qu’on ne le pense généralement. Le conditionnement mental, il s’exerce depuis longtemps d’une manière doucereuse dans l’Eglise par l’omniprésence d’un discours pseudo-scientifique et moralisateur, le « respect de la vie », maintenant ses victimes ahuries dans la platitude matérialiste la plus grossière, en état de paralysie mentale, et entravant leur développement spirituel.

 

Il faut donc renverser presque complètement ce qui est soutenu habituellement. Des connaissances biologiques nouvelles, il n’y a rien à en dire de particulier, si ce n’est qu’elles seront sans doute utilisées au mieux pour améliorer la vie des créatures, soulager leurs souffrances et ainsi de suite. Rien de nouveau sous le soleil. Au contraire, le scientisme à prétention morale, ce mélange atterrant de scories scientifiques et de moralisme fanatique, on peut montrer qu’il a déjà paralysé l’esprit, qu’il a déjà induit un fonctionnement mécanique, automatique de la conscience, ce qui est le propre de l’aliénation de type schizoïde glacé. La génétique caricaturée et le moralisme machinal s’accordent parfaitement pour induire un fonctionnement mécanique et automatique de l’esprit. J’insiste : le fonctionnement mécanique, automatique, fanatique de la conscience autour du « respect de la vie » est le symptôme qui ne trompe pas. La mécanisation, c’est le grand symptôme qui permet d’identifier un esprit mort. Nous sommes entourés de morts mentaux fonctionnant mécaniquement, c’est le résultat du processus séculaire de réification que j’évoquais plus haut. La plupart ont été victimes de l’industrie culturelle, de la drogue sonore (« musique ») surtout. Plus rares sont les victimes tombées dans le gouffre sans fond du réductionnisme scientiste, du « respect de la vie ». 

 

Si l’on ose croiser alors la fuite du bon peuple et la mécanisation de la conscience des croyants modernistes, on en arrive à ceci : le « respect de la vie », c’est tout simplement la mise en œuvre d’une terrible machine de guerre conduisant inéluctablement à la mort mentale dans l’Eglise ! Le « respect de la vie » induisant automatiquement la mort mentale par la mécanisation de l’esprit : on commence à comprendre maintenant d’où venait cet amour soudain, empressé et éperdu pour les « cellules embryonnaires » !

 

Je peux affirmer intuitivement que ce sont des scientifiques pervers et déloyaux qui mènent les choses dans l’Eglise, il n’est pas très difficile de le percevoir lorsque l’on a un petit l’habitude de fréquenter les milieux de la recherche, ce qui fut mon cas dans le cadre d’une grande faculté de médecine durant une quinzaine d’années. Sous prétexte de « respect de la vie » ils ont induit l’Eglise à rendre une sorte d’hommage saugrenu à des théories scientifiques régionales d’origine athée et laïcarde : ce n’est pas peu. L’exemple le plus invraisemblable est celui de la théorie cellulaire, on pourrait dire la même chose à propos de l’embryologie ou de la génétique.

 

Le but ultime n’était certainement pas de réussir ce genre de gageure, mais bien de dégoûter et d’éloigner le peuple d’une Eglise convertie au scientisme, pire : au scientisme moraliste. Pari tenu : les ouvriers, les paysans, la bonne bourgeoisie enracinée ont fui, il ne reste guère dans les églises modernistes que des sortes de demi-bourgeois mondialisés, qui se délectent avec une joie visible de tout ce qui tourne autour du « respect de la vie » : c’est que cela est en parfait accord avec leur activisme moralisateur et hystérique, avec leur égocentrisme monstrueux, avec leur paresse intellectuelle sans fond : c’est une idéologie faite sur mesures par et pour des mécaniques mentales ! Le secret le plus accablant est alors celui-ci : le « respect de la vie », ce n’est absolument rien d’autre (il ne peut en être autrement lorsque l’on ose y penser !) que la libre expression de l’obscur et lamentable autolâtrie d’un groupe acculturé, scientifisé, mécanisé, réifié. Il serait douloureux pour tout le monde de mener plus loin cette psychanalyse du « clone-catholique-mondialiste ».

 

Résultat poignant : le peuple de France a été bouté hors de ses églises par de faux scientifiques, le bon peuple a été tué dans ses églises par des scientistes artificieusement penchés au chevet des cellules embryonnaires. Cellules auxquelles ils ne connaissent évidemment strictement rien (la lecture de quelques articles de véritables chercheurs nous met très vite à l’aise à ce propos), et dont ils se fichent bien sûr complètement ! Le but était de s’approprier, matériellement et « spirituellement » l’Eglise pour qu’on y tienne, à titre très provisoire et très ironique, des assemblées de scientistes éplorés en attendant de très prochaines autres formes d’autolâtrie.

 

Voici maintenant le cœur historique de notre problématique. J’ai posé que l’on pouvait assimiler le « respect de la vie » à une idéologie fabriquée par et pour des mécaniques mentales. Je pense fermement que l’on peut alors approfondir et confirmer cette hypothèse. Tout converge vers la possibilité d’identifier un groupe, une classe comprenant à la fois des pseudo-scientifiques, des affairistes, des beaux-parleurs, des artistes, des administrateurs, ayant chassé le peuple des Eglises par un harcèlement scientiste et s’étant en quelque sorte approprié et réservé les églises modernistes. Le « respect de la vie », c’était un bouclier pseudo-moral fabriqué de toutes pièces par une certaine catégorie de modernistes forts bien avisés et organisés permettant de préparer la place des amis et alliés, que l’on peut supposer fortunés, car la fabrication d’idéologie, c’est coûteux, non point certes en efforts intellectuels, mais bien en temps de persuasion et de martèlement et on sait que tout travail opaque et occulte mérite salaire. J’ajoute seulement qu’il n’est pas certain que leur stratégie ait été entièrement consciente et concertée : c’est bien plutôt un opportunisme scientiste qui s’est tenu durant des dizaines d’année à la traîne, en parasite clandestin, pervers et veule, du monde scientifique. L’idéologie du « respect de la vie » est semi-cohérente, c’est une idéologie scientiste et matérialiste délirante, je l’ai dit, mais mal soudée, formée de bric et de broc : on perçoit que ses initiateurs sont toujours sur la brèche pour colmater les fuites et inoculer des piqûres de rappel aux adorateurs de cellules embryonnaires, culpabilisés, fascinés et drogués à la demi-science.      

 

L’Eglise moderniste pourrait maintenant tout à fait se trouver rongée, grignotée, engloutie par sa fascination, évidemment télécommandée, pour la science scientiste et pour la matière organique ne psalmodiant plus alors que des bribes décousues de manuels de biologie dépassés. L’Eglise moderniste pourrait tout à fait mourir d’une manière fort peu glorieuse : infiltrée et rongée par le scientisme biologique, folle, les derniers « croyants » abusés, hagards, en extase devant des embryons examinés au microscope, sous la férule des docteurs en respect de la vie ! Je brocarde ? Que l’on réfléchisse donc attentivement et je l’on me dise s’il s’est passé quelque chose dans l’Eglise moderniste depuis trente ans hors la sacralisation à la fois ironique, et tartuffarde, et télécommandée, et délirante, et hallucinée, et hystérique des lois biologiques de la reproduction humaine et de la matière protoplasmique !

 

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Je signalais plus haut le repérage de cette pénétration de l’Eglise moderniste par le scientisme matérialiste le plus arriéré par divers chercheurs généralement non-spécialistes des questions religieuses. Des psychanalystes, des psychiatres, des sociologues, des biologistes, des zoologistes, des généticiens, des historiens ont effectivement identifié cette sacralisation maniaque, morbide et désespérée des lois de la micro-biologie par l’Eglise. Généralement ils traitent incidemment de cette problématique dans un cadre théorique plus large. Ils sont d’ailleurs très souvent conscients de l’insertion de cette fixation morbide dans une sorte de déclension historique du symbolisme, du sens du sacré, de la spiritualité. Il est pour le moins dramatique que des laïcs sans doute souvent incroyants soient contraints de venir rappeler à l’Eglise moderniste que la spiritualité ne saurait se confondre avec le « respect » des lois de la matière organique. Volontairement, je n’ai repris ici ni les problématiques, ni les conceptualisations de ces différents chercheurs, mais il serait important et très impressionnant d’en faire une revue raisonnée. Celle-ci ne pourrait que conforter l’impression d’un terrible isolement morbide et téléguidé de l’Eglise dans son étrange et intenable « défense de la vie » cellulaire et embryonnaire. Cette confusion épouvantable entre la vie pathétique et le fonctionnement de la matière organique, le génome par exemple, il faut bien se rendre à l’évidence, l’Eglise moderniste est absolument seule à la perpétuer ! Je n’ai identifié aucun scientifique défendant actuellement une telle position réductionniste et matérialiste.

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Je conclus enfin. Je suis persuadé qu’une conception aberrante, évidemment pseudo-scientifique et atrocement moralisante, de la vie, qui en fait n'est plus la vie, mais sa réduction, sa dissimulation et son oubli, a pénétré l'Eglise après Vatican II et ceci par l’intermédiaire de demi-scientifiques pervers eux-mêmes réifiés. Le culte des saints, les pèlerinages, les processions ont été éradiqués. La notion de respect de la vie est devenue omniprésente. J’exagère à peine si je dis que le culte de la théorie cellulaire (ou plus exactement, et c’est consternant : d’une caricature de la théorie cellulaire) a remplacé celui des saints. Le peuple, les petites gens, les gens sains d’esprit en général ont évidemment très vite quitté l’Eglise.

 

                                 

Depuis la vie, dans L’Eglise, c’est devenu tout sauf la réalité de la Création dans sa totalité et dans sa réalité naturelle et historique. La vie, c’est devenu tout sauf la vie évangélique !

 

Or, tout nous montre que la Vie que vient apporter Jésus aux hommes c'est la divinisation, ou plutôt la "redivinisation" suite à la chute, de la vie réelle, pathétique, la vie dans le monde réel, avec les bourgades, les moissons, les pécheurs, le bétail, et ainsi de suite. C'est en ce sens et en ce sens seulement que l'Evangile a une signification permanente et universelle. Y compris d’ailleurs pour les non croyants qui sont très souvent intrigués et fascinés précisément par cette conception extraordinaire de la vie, qui cette fois est « la Vie ». Il semble précisément que les Evangiles nous préviennent à tout instant contre la confusion entre la vie et les disciplines figées ou formelles qui pourraient l’emprisonner, l’interrompre ou la réduire et donc, entre autres, contre la confusion entre la vie et son réductionnisme scientiste.

 

On se souvient de ces distinctions indispensables :

-la vie pathétique                                                                                                             -la loi naturelle,                                                                                                               -les lois découvertes historiquement par l’investigation scientifique (la vie-lois),                                                                                                       -l’expression contingente de ces lois.

Et l’on a compris que la distorsion, le clinamen moderniste-scientiste consiste habituellement en :

1-la réduction de la vie pathétique à un état donné, contingent et partiel des connaissances biologique, de la vie-lois

2-le rabattement alors concomitant et quasi inévitable de la loi naturelle sur cette même perception fantasmatique et pseudo-scientifique de la vie-lois, parfois même sur l’expression spéciale et instantanée de la vie-lois !

Le schéma total est plus complexe encore, je l’esquisse rapidement.

On saisit que le mouvement mental et pseudo-moral consistant à exiger, depuis la position nécessaire de vivant pathétique et phénoménologique, le « respect de la vie » est très exactement inverse du mouvement consistant à accepter le processus de divinisation proposé aux créatures par le Rédempteur ! Dans le premier cas, on réduit inconsciemment et grotesquement la vie-pathétique à la vie-lois, dans le second cas on accepte de participer à la transformation de la vie-pathétique en vie spiritualisée. Dans le premier cas, la vie pathétique sombre dans l’adulation de la vie non-intentionnée et de l’absence à soi-même, dans le second cas la vie pathétique se place sous la motion de Celui qui est la Vie. Dans le premier cas, on s’enlise dans l’adulation de la matière la plus aveugle en suivant les très étranges exhortations de scientifiques autoproclamés, dans le second cas, on s’abandonne à la divine Providence, on reconnaît que l’exercice de la vraie liberté consiste à accepter de placer sa volonté sous motion divine. 

Il faudra évidemment préciser et nuancer cette esquisse un peu dense.

 

On avait cru comprendre que le christianisme était la religion de la divinisation de l’homme lors de son retour à Dieu, après la chute, par la médiation de Jésus Christ et à travers les acquis de l’expérience mystique. On ne distingue alors aucune concession à faire aux conceptions scientifiques de la vie qui ne serviraient pas la Vie. En tous cas, dans les Evangiles, on ne trouve aucun cas de respect figé et stuporeux de la matière, fut-elle organique, cellulaire et                « potentiellement humaine », mais une histoire pathocentrée, qui permet précisément de dépasser toutes les hypocrisies et finasseries, et qui se passe entre des êtres vivants et souffrants et leur Créateur. On peut alors penser qu’il est préférable d’avancer sur la voie mystique que de se confier à des scientistes méchants et ampoulés pour aimer comme il convient les diverses créatures de Dieu.

 

                                                                     Jacques-Yves Rossignol

                                                                                           

                                                                                          Avril 2013