Fiches cinéma et philosophie   

L'homme bicentenaire      Chris Columbus


 Notion : Le vivant, la conscience

  Sur la distinction entre la machine à l'humain

    Une machine peut-elle parvenir à un degré de conscience analogue à celle de l'homme? Si la technologie actuelle venait à être prolongée, verrait apparaître des robots doués de conscience? 

    Dans le film, le robot ménager livré à la famille dès le début a été programmé pour servir les intérêts humains et répondre aux demandes qu'on lui adresse. C'est une sorte de larbin efficace. Il cause dès le début une gène car sa forme générale est déjà analogue à celle d'un humain : des bras, des jambes, un tronc, une tête fuselé à l'image d'un homme, mais avec un aspect qui reste métallique (genre Robocop). Plusieurs événements vont pourtant se produire qui vont faire que ce robot va manifester une certaine créativité, à l'image de l'homme. Il se demande ce que veut dire l'humour (l'humour est dit-on le propre de l'homme) et devient capable d'en produire et d'être très drôle. Il casse sans le vouloir le jouet en bois de la petite fille. Du coup, sur la plage, il ramasse du bois et consulte ensuit un manuel d'ébéniste, pour faire un petit cheval de bois. C'est la première surprise. Il semble posséder une sorte de sens artistique. Cela étonne le père de famille qui va demander si ce genre de prise de décision est déjà arrivé dans la génération de robots auquel il appartient. Non. Par la suite, il se lance dans la fabrication d'horloges, toutes plus originales les unes que les autres, jusqu'à finalement se doter d'une sorte d'autonomie financière dans la revente de ses oeuvres. Le père décide de demander d'ouvrir un compte en banque pour lui. Un compte en banque, cela revient à un humain, pas à un robot. Refus. Le père décide de lui faire lire toutes sortes de livres et d'affiner son éducation en lui donnant des cours particuliers sur ce qui n'était pas au début sa spécialisation ménagère. Ainsi, il semble qu'il soit en train de prendre conscience de lui-même en tant qu'individu. Ensuite, toute le film met en place des processus d'individuation qui convergent vers l'homme : il demande à un inventeur à le douer d'une sensibilité de type humain. Il demande d'avoir droit à son caractère propre. Enfin, il demande à un moment de jouer pleinement avec son libre-arbitre.

    Une fois la sensibilité acquise, il entrera dans les tourments des sentiments, connaîtra l'amour et choisira de suivre dans le trépas la femme humaine qu'il a aimé (la fille de la première "petite fille").

    Ce qui est remarquable, c'est que ce cheminement va l'amener à rencontrer ce qui est humain par excellence, la conscience de la mort, alors qu'au départ, il aurait pu être immortel. Mais, ce qu'il a demandé tout le long, c'est à être reconnu. Ayant reçu un sang humain qui se dégrade peu à peu dans son organisme, comme un être humain à part entière, il meurt au moment même où le gouvernement mondial décrète qu'il est maintenant l'homme le plus vieux de la terre. 

   La leçon du film est de tenter de récapituler les thèses actuelles sur la conscience et sa structuration, dans une genèse progressive. La psycho-génése est reproduite ici avec des moyens artificiels. Et le résultat semble plus qu'humain que l'humain ordinaire. Le problème, c'est que cette conscience, qu'il est facile d'imaginer dans la machine, il n'est pas évident qu'elle puisse apparaître. Ce n'est pas parce que nous fantasmons sur la machine en y projetant une forme de conscience analogue à la nôtre (ce que nous faisons d'ailleurs avec tout objet, cf. les animaux dans les dessins animés), que nous sommes capables de franchir le pas entre la machine et l'humain. Un être humain est doué d'un système nerveux très complexe, beaucoup plus complexe que nos meilleurs ordinateurs. Or nos machines en restent à une pensée calculatrice très rapide, capable d'intégré une énorme masse de données. Une machine calcule, elle ne sent pas, elle n'a même pas de capacité proprement intuitive et encore moins d'initiatives. Une machine n'a pas d'âme, pas d'esprit, or c'est l'esprit qui vit dans la durée créatrice. Le Nouveau dans le temps de la création suppose la conscience de soi. L'expression de la conscience suppose le système nerveux qui permet de la refléter. Ce que peut produire la machine est très en dessous des merveilles que la vie est capable de produire. 

    Il est très tentant de projeter toute la richesse humaine sur la machine, mais à quelle fin? Si c'est au fond pour évoquer l'éveil de la conscience dans l'humain, autant en rester au principal sujet, l'homme, sans ce détour inutile par le robot.

© Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.

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