Leçon 284.   La philosophie de l'amour             

    Très peu d’auteurs ont marqué la différence entre l’amour et le désir, entre l’amour et l’amitié, l’amour et la passion amoureuse, l’amour et l’attachement, entre l’amour et l’émotionnel romantique. Le sens commun confond tout : aimer et coucher avec quelqu’un, l’amour comme sentiment avec le désir prédateur et possessif etc. Mais tout de même, il faut être aveugle pour ne pas voir qu’il est tout à fait possible qu’il y ait désir sans amour. C’est exactement ce qui se produit dans l’hypersexualité postmoderne. Comment peut-on ne pas comprendre que quand nous disons : « j’aime ma patrie » ou « j’aime le chocolat », « j’aime cette émission de télévision » ou « j’aime ma femme », il y a des différences énormes, de sorte que si nous étions un tant soit peu lucides nous verrions que le plus souvent ce que nous appelons « amour » n’a pas grand-chose à voir avec l’amour, mais à tout à voir avec autre chose : un repli identitaire exclusif, un désir en forme de compensation, un avis plus ou moins vague aligné sur l’opinion, ou encore, un attachement exclusif. Mais pas d’amour.

Le minimum que nous puissions faire donc, c’est de marquer des distinctions pour remettre chaque chose à sa place, non pas pour moraliser les sentiments, mais pour les resituer exactement là où ils sont. L’occasion nous est fournie à travers l’étude d’un texte très célèbre, le Banquet de Platon. Il se trouve que, par un dispositif assez ingénieux, Platon a distribué les points de vue sur l’amour dans plusieurs discours. À dire vrai, on peut facilement y reconnaître quelques unes des opinions les plus courantes. Pour aborder l’analyse du Banquet, nous devrons surtout nous arrêter sur le derniers discours, celui de Socrate. Mais il est clair que les cinq autres discours contiennent aussi une grande part de vérité, ne serait-ce parce qu’ils expriment au moins les partis pris de l’opinion.

Quelle est donc la nature de l'Amour ? Une étude de l'Amour se divise naturellement en deux parties : on déterminera d'abord sa nature, on dira ensuite quels sont ses effets : c’est le plan proposé par Agathon. Toutefois, il ne suffit pas d'affirmer la nécessité de le définir, pour aussitôt après, se borner à louer les mérites de ce qu'on devait définir1. Il y a dans l’amour des degrés, de sorte qu’il ne peut être complètement rendu qu’en imaginant une sorte d’échelle, avec des étapes. D’où l’importance du discours de Diotime.

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A. La nature de l’amour selon Platon

I

l faut tout d'abord envisager la question de la nature de l'Amour d'une manière tout à fait générale, comme nous le ferions avec n’importe quel concept. Nous dirons alors : L'amour est-il l’amour de quelque chose, ou non ? Et amour de quoi ? En parler de cette manière c’est partir du principe de Husserl de l’intentionnalité de la conscience qui dit que toute conscience est conscience de quelque chose, c’est-à-dire a un objet. Quand je perçois, je perçois quelque chose, là devant moi, quand j’imagine, j’imagine quelque chose, comme un fantasme, quand je me souviens, je me souviens de quelque chose etc.

 

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  © Philosophie et spiritualité, 2018, Serge Carfantan,
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