Leçon 292.    Métaphysique des apparences      

    Nous partageons dans l’opinion la croyance selon laquelle c’est le corps qui perçoit. La perception serait une réceptivité passive, une table rase où vient s’inscrire via les sens un ensemble de données venant du monde extérieur. La perception va alors de l’objet vers le sujet. Il suffirait d’ouvrir les yeux pour voir la « réalité ». Les intentions, les conditionnements, les croyances viendraient seulement après. A la limite, elles comptent pour du beurre. L’esprit est négligeable. A l’appui de cette croyance, il y a bien sûr l’ex

plication tirée du paradigme mécaniste qui réduit la perception à une fonction du cerveau. On en vient même à dire, quand il y a erreur, que c’est le cerveau qui nous trompe !

   Mais justement, la plupart des gens confondent à tort le cerveau avec l’esprit. C’est l’esprit qui voit, observe ou regarde. Le corps n’est que son instrument. Dans l‘univers est un hologramme, Michael Talbot raconte une expérience dans laquelle un homme hypnotisé est suggestionné pour ne pas voir sa propre fille dans la salle au moment où il sortira de la transe, alors qu’elle se trouve en face de lui dans le public. Au réveil en effet, on le voit qui cherche partout du regard sans la voir, alors qu’elle est juste devant lui. L’expérience est limite certes, mais elle pointe vers une idée profonde : c’est l’esprit qui perçoit, qui pointe vers ce qu’il voit avec ses intentions, ses conditionnements et ses croyances. La perception va du sujet vers l’objet et non l’inverse. Et c’est la condition ordinaire dans l’état de conscience habituel de l’état de veille. Si vraiment la perception résultait d’une réceptivité passive, elle aurait dû s’imposer à notre homme, ce qui n’est pas le cas.

   Il y a clairement contradiction entre ces deux points de vue. Et même si on les mettait ensemble, on ne voit pas par quel mystère les relier. Rigoureusement parlant, il n’y a qu’une seule manière de considérer la perception qui ait un sens, c’est l’approche phénoménologique, car elle seule est à même de respecter l’expérience vécue de la perception.  C’est manquer de discernement de ne pas voir à quel point le mental est actif au sein de la perception, de ne pas remarquer que notre perception est d’ordinaire une projection du connu sur le perçu. Rien de plus habituel que notre propension à surimposer au domaine de l’objet les formes qui sont dans notre esprit.

   Or la surimposition est par excellence, le mécanisme de l’illusion, d’où il ressort que dans l’état de conscience dit normal, nous ne percevons que des apparences qui peuvent être très éloignées de la réalité. Ce qui soulève une question délicate : En quel sens peut-on dire que la perception est illusoire ?

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     © Philosophie et spiritualité, 2019, Serge Carfantan,
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