Questions et réponses sur la leçon:
Le bien et le mal


Nolwen Le Serrec
Est-ce que l'on peut dire que la morale peut exister sans la religion, mais qu'il n'y a pas de religion sans morale? 

R. Très juste. Toute religion contient des prescriptions et des interdits, ou du moins des conseils d'art de vivre (cf. le cas particulier du bouddhisme), toute religion enveloppe une morale et c'est d'ailleurs de cette manière que la religion est comprise le plus souvent, comme une morale particulière - ce qui est assez réducteur. Inversement, nous voyons bien avec la désacralisation de l'éthique depuis la modernité, qu'il n'est pas nécessaire de fonder la morale sur une autorité religieuse pour lui donner tout son sens. Le respect de la personne humaine suffit à la morale civique, à la morale implicite dans la déclaration des droits de l'homme. 

Coralie Larché
Q. Peut-on dire que le bien, c'est ce qui supporte la vie et le mal, ce qui engendre la souffrance? 

R. Un acte juste, un acte qui par son rayonnement supporte la vie, l'accroît, engendre d'avantage de bonheur et de paix est sûrement un acte bon. Un acte qui par ses conséquences sème la souffrance, le malheur, engendre la guerre, la division et la haine est certainement mauvais. Cependant, il faut bien remarquer que cette appréciation du rayonnement d'un acte à partir de son auteur est très difficile. Personne ne peut humainement mesurer le bien ou le mal dans le cours de l'action. 

Nolwen Le Serrec
Q. Les critères du bien et du mal ne sont-ils pas des préjugés sociaux? 

R. Toute société repose sur des règles et les règles sociales sont éminemment relative au temps, comme au lieu. D'époque en époque, les moeurs, les mentalités changent. Ils existe aussi de grandes différences entre les coutumes qui régissent les conduites d'une culture à une autre. Si nous appelons opinion commune cette référence à la pensée collective, nous pouvons effectivement penser qu'il peut y avoir du préjugé dans l'appréciation commune du bien et du mal. Cependant, attention, il faut aussi se méfier du rejet des moeurs tels qu'ils existent. Ils sont tout de même une indication du bien et du mal. Ce n'est pas en prenant le contre-pied des moeurs de notre pays que nous aurons une quelconque assurance de faire ce qui est le mieux. C'est s'autoriser de faire n'importe quoi sous le seul prétexte que notre mentalité commune est incapable de nous guider dans l'appréciation du bien et du mal.

Vincent Genny
bonjour je voudrais savoir si vous êtes d'accord avec mon raisonnement. je pense qu'il n'y a pas d'absolu il y a que des degrés et une fois qu'on a vraiment réaliser ça (et j'insiste!) on es en mesure de crée notre propre échelle des valeurs et fonctionner dans cette marge et faire des actions sans culpabilité car la vertu, la droiture ou peut importe, est paralysante elle empêche l'action et des fois je me dis que seul le mal peut combattre le mal.

R. La culpabilité n'est pas un critère. Le bien et le mal sont relatifs et n'existent pas de manière absolue, indépendamment d'une mesure qui est la nôtre. La droiture a deux sens : ou bien la conformité rigide à des règles que l'on s'impose à l'avance, ou bien la nécessité intérieure qui demande de faire ce qui est juste au moment juste. Au fond, la vraie question est de savoir quelle est l'intention? Que ferait l'amour en pareil cas? Et s'il y a une situation d'expérience où je me trouve dans laquelle je suis soumis à une violence despotique, n'est-il pas nécessaire de combattre le despotisme? Parfois il faut faire ce que nous ne sommes pas vraiment pour mieux montrer qui nous sommes.

François Augustin
La vie m'appris qu'il n'y a pas de mal dont il ne puisse sortir un bien au bout de plusieurs années, trois ans pour les sages Japonais.
Le mal c'est ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse.
Le bien, c'est ce que les autres voudraient qu'on leur fasse.
Etes-vous d'accord avec cette opinion? L'avez-vous vérifiée par votre expérience?
Bien le bonjour de Versailles!

Sven Meenhorst
Bonjour, moi je pense que on ne fait pas de bien sans mal, et que le bien que l'on fait a toujours des conséquences néfastes à la longue. Surtout lorsque l'on aide quelqu'un, on lui ôte sa force à se développer par lui-même. Les conseils c'est la seule chose que l'on peut parfois faire sans avoir constamment des conséquences néfastes, encore faut-il arriver à nuancer ces derniers.

Byndoo Zen
some actions can be very right but not very good... certaines actions peuvent être vraiment bonnes (morales, justes, vraies) mais pas vraiment bonnes/bien (respectables, sages, prudentes). Je trouve un sens a cette question si je la retourne, et en prenant toute les définitions que peuvent prendre les right and good, et en me disant donc qu'un acte peut être respectable mais pas forcement moral, comme pour nourrir ses enfants par exemple en ayant recours au vol, mais dans l'autre sens, j'avoue avoir énormément de mal. Un acte moral est forcement respectable, sinon, il met en jeu la dualité de l'homme, qui se dirait que son acte est moral par rapport a certains facteurs, de société par exemple, mais pas respectable en soi parce que cet acte implique une prise de conscience de quelque chose de mauvais. Pouvez vous m'éclairer sur cette question en me donnant votre point de vue. Je pense être limite sur ce sujet car il me manque des outils philosophiques pour la traiter.. j'essaie de chercher en moi, mais la aussi je suis limite car l'expérience du vécu me manque, certainement. Car n'est-il pas vrai que les premiers philosophes nommes comme tels n'avaient pour outil que leur constat de vécu et une réflexion personnelle approfondie ?

Basile Gonet
Bonjour. Vous faites ressortir, me semble-t-il, le conflit entre les principes moraux sur lesquels s'établit une société donnée, et le conformisme, qui est le fait des hommes qui la composent. Si l'on exclut une impulsion divine, providentielle, la société est l'auteur de la morale, qu'elle pose comme une valeur intangible, transcendante, éternelle, sacrée. La Société est Dieu, et ne saurait donc être ramenée à la simple composante de ses membres, qui n'existent que dans une période donnée. Elle serait donc dotée d'une conscience propre, inscrite hors de la durée. Mais comme, le bien et le mal demeurent relatifs malgré tout, vous les subordonnez à une instance supérieure, le principe de vie. C'est donc ce principe-là qui serait transcendant. J'observe que les religions prétendent souvent à l'universalité, c'est dire qu'elles se réfèrent à ce principe de Vie, si vague et diffus soit-il, et non aux cultures qu'elles engendrent, qui n'en sont que des conséquences, des interprétations -quoiqu'elles se posent elle-mêmes comme référence suprême.

Ghislain Héliot
Tout d'abord je voudrais faire une remarque à Byndoo Zen, qui dit qu'un acte peut être respectable mais pas forcément moral, comme nourrir ses enfants en ayant recours au vol. Pour la morale chrétienne, en cas de nécessité, le vol est autorisé. Cela signifie qu'une mère qui n'a pas assez d'argent pour nourrir ses enfants peut moralement avoir recours au vol. En effet, sans remettre en cause le droit à la propriété, la doctrine sociale de l'Eglise considère qu'il n'est pas un droit absolu mais qu'il est soumis au fait que la propriété profite à tous, car les biens de la Terre sont destinés à tous les hommes.

     Cette remarque faite, je voudrais aborder le contenu de la leçon. Je trouve dans la troisième partie : "Le bien et le mal sont des termes relatifs. [...]Leur appréciation dépend du point de vue que nous adoptons". Je suis choqué par ce relativisme. Pour moi, le bien et le mal existent indépendamment d'une personne particulière. Si le bien et le mal sont relatifs à chaque personne, alors on peut justifier n'importe quel acte par le fait qu'on était sincère quand on l'a fait, qu'on pense que c'est bien. Selon moi, le bien existe indépendamment de l'homme, et le Bien souverain, c'est Dieu, et le mal existe aussi de façon absolue, c'est le diable, dont l'une des plus grandes ruses est de nous faire croire qu'il n'existe pas. Je voudrais maintenant revenir au début de la leçon, où il est dit : "la conscience religieuse interprète la question morale en termes d'exigence religieuse pour le salut de l'âme". Pour la religion chrétienne, c'est faux, c'est la foi qui sauve. Je vous invite à lire l'épître aux Romains, ch. 3, 21-31, où il est écrit entre autres : "Nous estimons en effet que l'homme est justifié par la foi, indépendamment des oeuvres de la loi". Pour clore ma contribution, je voudrais développer un peu la morale chrétienne. Elle est éclairée par le dialogue avec le jeune homme riche, dans Matthieu, ch.19, 16-30. Le jeune homme demande à Jésus : "Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?" Je ne vais pas analyser le dialogue comme le fait Jean-Paul II dans l'encyclique Veritatis Spendor, mais je voudrais seulement attirer votre esprit sur la réponse finale que Jésus donne au jeune homme : "Puis viens, suis-moi!" L'accomplissement chrétien de la morale ne se fait pas dans l'obéissance à la morale naturelle déposée dans le coeur de l'homme ou dans l'obéissance aux Dix Comandements, mais consiste à suivre Jésus, qui est "le chemin, la vérité et la vie". Il s'agit donc d'imiter Jésus, notre Maître, de se laisser conduire par son Esprit, et non plus de suivre des principes, si louables soient-ils. Cela dépasse l'aporie sur laquelle peut déboucher toute confrontation entre des principes et la complexité d'une situation particulière.

Avec la participation de Coralie Larché, Nolwen Le Serrec, Vincent Genny, François Augustin, Sven Meenhorst, Byndoo Zen, Basile Gonet. Ghislain Héliot.

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