Questions et réponses pendant le cours
Mythe, science et philosophie


Blanche Konrad
Q. Un mythe, cela permet de justifier les choses telle qu'elles ont toujours eu cours, et c'est tout non?

R. Oui, c'est une fonction courante du mythe. Le mythe permet de fonder dans la représentation religieuse la coutume, en vertu du sacro-saint principe : "Cela s'est fait depuis, l'Origine, comme nos pères l'on fait, alors, cela doit se répéter". La mentalité mythique est conservatrice, elle se perpétue dans le rituel qui est une chose que l'on répète.

Hélène Joie
Q. Dans le mythe de la Genèse, n'est pas assez égocentrique de vouloir de la part de Dieu de vouloir garder les hommes dans l'ignorance en gardant la connaissance pour lui?

R Vous pouvez le voir comme cela, comme penser qu'Adam et Eve vivaient dans l'innocence, sans connaissance du bien et du mal. En goûtant du fruit interdit, la dualité du bien/mal est apparue. Dieu préserve le genre humain de la dualité, comme c'est le cas pour l'animal qui vit sans notion bien/mal. Mais le Malin tente Eve en invitant à goûter à la puissance de la Connaissance dans la dualité, et voilà la Faute commise. Le châtiment tombe : expulsion hors du paradis. Dieu à contrecœur accepte ce pari de laisser libre un être qui a la connaissance du bien et du mal, ce qui veut dire qu'il fait don de la liberté à l'homme qui doit maintenant se prendre en charge, car il sera capable de toutes les dualités le  pire/meilleur, haine/amour, tristesse/joie etc.

Max Arbieu
Q. Ne peut-on pas tout de même parler d'amour, au sens où Dieu jette hors du paradis l'homme et la femme, mais il prend soin de les vêtir avant d'un pagne?

R. Oui. Pris dans un sens religieux, l'homme a beau être marqué par la Faute, il a tout de même la couverture de protection de Dieu. Mais il est tout de même maudis et avec lui l'est aussi toute la Nature !

Blanche Konrad
Q. Le mythe de la Genèse au fond sanctifie le pouvoir de domination des hommes sur les femmes non?

R. Oui en un sens comme punition du Péché Originel ! Puisque tu t'est laissé tenté par le serpent, tu seras condamnée à être dominée par l'homme ! textuel. 

Blanche Konrad
Q. N'y a-t-il pas une contradiction dans ce texte de la Genèse? On dit d'un côté que la femme est celle qui commis la faute du péché originel, mais plus bas on dit d'Ève qu'elle est la Mère de tous les vivants. 

R. Oui, ce n'est pas souvent que la dimension féminine du Divin apparaît dans ce contexte. Dieu en occident est très macho, très masculin. dans ce passage, il est parlé de la Mère de tous les vivants. Cela fait immanquablement  penser à la Mère Divine dans d'autres traditions.

Blanche Konrad
Q. Dans les mythes tirés du Rig Veda, que signifie cette idée de dieu intérieur?

R. Le premier hymne que nous avons étudié est dédié au Soi suprème, parâtman, qui est décrit comme l'Absolu non-manifesté d'où sont sorti les dieux et la création, dans l'espace-temps. Or dans le second hymne, nous venons de vois qu'il est bien dit que ce Principe, le Soi d'où les dieux eux-mêmes sont sorti est "au-dedans de vous", seulement, le texte ajoute, les homme ont les yeux recouverts d'un voile de neige. Ironiquement, il termine en disant, alors ils vont prier des dieux extérieurs à eux en leur adressant des invocations. Ce n'est pas du tout un dieu personnel dont il est question. C'est le Principe d'unité de la Manifestation, en d'autre termes, si on préfère un dieu cosmique impersonnel. Le mot Dieu en occident est tellement marqué qu'il est inapplicable ici. On se figure en Dieu un barbu sur des nuages, jetant aux uns des malédictions aux autres des bénédiction. Dans le Rig Veda, ce n'est pas du tout un dieu moral dont il est question. 

Hélène Joie
Q. C'est curieux dans ce texte il y a le doute et l'interrogation.

R. Et l'étonnement aussi. surtout vers la fin. Cela a été remarqué par les premiers lecteurs occidentaux. Il y a du pathétique dans ce texte. L'homme est en présence d'une puissance infinie qu'il ne peut saisir par la pensée. Les questions philosophiques jaillissent spontanément. songez que ce texte date au moins de 3000 ans avant J.C. Il est stupéfiant de penser que des hommes ait pu avoir de telles intuitions. On nous a tellement dit qu'avant les grecs, VIè siècle avant J.C. il n'y a que barbarie qu'un texte pareil est tout à fait renversant d'audace spéculative. Ces gens n'étaient sûrement pas des arriérés mentaux ou des barbares  pour écrire des textes pareils ! et puis c'est très poétiquement écrit. Qui a dit que la philosophie commençait avec Socrate et qu'avant il n'y avait que mythologie confuse? Ceux qui ont inventé de toutes pièce le mythe du miracle grec !

Blanche Konrad
Q. Cette théorie des trois états d'auguste Comte, cela relègue toute le passé de l'humanité dans le primitif non?

R. En un sens oui et Comte parle bien d'enfance de l'humanité et d'age adulte, donc, la représentation mythique passe bien pour infantile. Ce qui est intéressant dans cette analyse, ce n'est pas le scientisme confus. C'est l'idée que toute discipline comporte des strates différentes. Par exemple, il n'y a pas d'astronomie sans l'astrologie. Pas de chimie sans alchimie etc. Ce qui est erroné, c'est de croire que la succession est historique parce qu'en réalité, ce sont des state verticale, intemporelles. Il y simultanément une explication scientifique et  une interprétation mythique.

Max Arbieu
 Ceux qui s'intéresse à l'astrologie dirons aussi qu'elle a un caractère scientifique. Il y a des calculs précis et complexes. Il y a bel et bien une théorie.

R. C'est un point très intéressant de Jyotish,  l'astrologie indienne. Il y a une théorie mathématique précise. Mieux, une rigueur. Un thème astrologique ne doit donner lieu qu'à une seule interprétation. Si il y a des interprétations différentes, c'est qu'il y a une erreur du jyotishi. Curieusement ici on a une discipline qui suppose l'impartialité, même si l'approche ne semble pas objective comme dans l'astronomie. Cet exemple tend à montrer que la séparation stricte entre explication scientifique et interprétation mythique n'est pas si évidente que le croit Comte. 

Adam Maiga
Dire que la science ne retient que le comment et laisse tomber le pourquoi, n'est ce pas renier toute interrogation humaine?

R. C'est vrai. aucun scientifique aujourd'hui ne souscrirait strictement aux thèses de Comte. Quand on cherche la connaissance, on cherche le pourquoi. On ne peut se contenter du comment. Il y a cependant une différence entre l'approche objective de la science et l'approche subjective des traditions qui donnent naissance aux mythes. C'est ce que dit très bien le texte de François Jacob. 

Kevin Petit
Rousseau nous dit : “j’ose presque assurer que l’état de réflexion est un état contre-nature, et que l’homme qui médite est un animal dépravé”. Si nous allons dans ce sens, ne pourrait-on pas considérer que la philosophie intervient lorsque le sens profond des mythes a été perdu ? Lorsqu’un mauvais usage de ces derniers, par exemple une utilisation abusive consistant à les employer pour sauvegarder un ordre établi plutôt que pour expliquer le Sens du monde et de la Vie, les a fait dévier de leur but initial ? La philosophie permettrait alors de retrouver le sens profond du mythe et de permettre la ré-expression de “ce qui semble aller au-delà de la raison raisonnante, quand il s’agit d’évoquer ce qui touche au supra-rationnel ». En d’autres termes, la philosophie aurait pour but de retrouver un sain rapport au Soi, rapport perdu dans nos constructions intellectuelles intérieures et extérieures. (l’extérieur étant toujours le reflet de l’intérieur). Des mythes “originaux” "bien compris, intégrés" et non pervertis permettraient alors d’avoir, pour reprendre Socrate, une connaissance claire de ce que nous sommes et de ce que sont l’univers et les dieux. Ne seraient-ils pas alors cette méta-poésie chère à Jourdain ? Une "vraie" philosophie (pas une spéculation intellectuelle) au sens d'une inscription juste dans ce qui est ? A propos de mythes et puisque vous citez celui de la genèse, il est intéressant de lire Annick de Souzenelle qui a retrouvé dans la bible des normes ontologiques que nous avons oublié car totalement absentes des traductions qui nous sont parvenues. Par exemple, pour cette auteure, Eve n’a jamais été tirée de la côte d’Adam. Elle est en fait “Ishah”, un côté d’Adam (Il faut entendre ici le terme Adam comme l'humanité entière (hommes et femmes) et non pas comme l'homme). Ishah est le pôle inaccompli de l’Homme, son inconscient qu’il doit travailler afin d’atteindre à la Ressemblance. Vous pourrez en découvrir plus en suivant ce lien : http://regard-positif.xooit.com/t960-ANNICK-DE-SOUZENELLE-LA-FECONDITE-INTERIEURE.htm

 

Avec la participation d'Hélène Joie, de Blanche Konrad, Max Arbieu, Adam Maiga.


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