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La transformation de la conscience

Norbert C.

   Si la conscience d'exister est vraie, comment s'assurer (ou mesurer la possibilité) de l'existence d'autrui? En effet, seule la conscience de l'appartenance des autres à la réalité est accessible, mais qu'en est-il de la vérité que l'on peut donner à leur état de conscience ?

Philippe D.

   Cette question est très intellectuelle. Je veux dire qu'elle est une question de l'intellect plus que du coeur. qu'est ce qui est vraiment en cause dans cette question? En-deçà de la question intellectuelle? Il serait important de voir qui pose exactement la question.

   Cependant, elle recoupe des constructions mentales complexes qu'il va falloir éclairer. La conscience d'être est vraie et tout ce qui apparaît, apparaît au sein de la conscience d'être. Y compris autrui. Seulement, nous voyons poindre dans la question une inquiétude : je ne suis pas tout seul, il y a les autres. Il y a moi et il y a autrui. C'est une expérience qui est à même l'attitude naturelle. Je me réveille le matin inquiet, je tombe dans un monde oppressant, où il y a des choses qui pressent, où il y a aussi les autres qui me bouscule. Dans la vigilance, j'ai un peu le sentiment d'être jeté dans un monde, comme un papier dans la poubelle. Je suis semble-t-il précipité, je chute dans un monde des choses et des autres. Et puis voilà, je commence depuis un moment à pressentir qu'en fait, ce qui est premier n'est pas les choses ni les autres, mais la conscience dans laquelle ils apparaissent. et comme la plupart de mes problèmes sont liés à la relation avec autrui, je me pose la question de savoir comment situer autrui par rapport à la conscience qu'immédiatement j'identifie comme "moi". Quand je dit "moi", il y a "l'autre". L'un ne va pas sans l'autre! alors je suis coincé, je doit me débrouiller pour donner un statut à l'autre à partir de "ma" conscience, de "moi".

   Au sein de la conscience d'être se produit la Manifestation perpétuelle de la réalité : ma tasse de café sur la table, les cris des enfants dans le jardin, le menton qui me pique parce que je ne suis pas rasé, mon chien qui déboule dans le bureau et renverse mes cahiers. Tout cela est et s'étend de proche en proche à l'infini. Est-il pertinent de parle ici "d'appartenance des autres à la réalité? " C'est assez curieux. Comme si la réalité était une boite dans laquelle je devais ranger des jouets après les avoir étiqueté : un paillasson, un calepin bleu, un ciel d'orage, un "autre".

   Se poser la question de savoir ce que pense quelqu'un d'autre pour se demander ce que vaut son état de conscience est une erreur et une perversion intellectuelle. Quand je suis à un carrefour, je suis les règles du code de la route en ce qui me concerne. Si je commence à me mettre à la place du type qui est à ma gauche en me disant "pour lui la priorité est..." je vais faire des bêtises. Je suis là où je suis et pas dans la tête d'un autre. L'action juste est ici et maintenant, dans la réponse que j'adresse à la situation d'expérience. Il est vain de spéculer sur les états de conscience d'autrui. Encore plus stupide est la reconstruction consistant à se demander ce que l'autre pense de moi et si il a une idée juste de "moi" ou si son état de conscience est fiable. C'est ce genre d'acrobaties qui entretient en permanence une relation conflictuelle avec soi et avec les autres.  Il suffit de prendre le phénomène de l'expérience pour ce qui l'est. Cependant, il est assez remarquable que chacun existe de manière tout à fait indépendante et en quelque sorte l'autre renouvelle mes surprises car il n'est certainement pas là pour faire ce que j'attends de lui.

Norbert C.

   Bien entendu, il n'est pas question ici de se demander ce que l'autre pense de soi mais si l'autre "se pense" ou plus exactement: Ne suis-je pas seul? Et si les autres n'existaient pas?
Dans la vie quotidienne, je rencontre des personnes, mais dans mes rêves, j'interagis également avec des personnes d'une manière aussi crédible. Toutes apparaissent imprévisibles. Autrui appartient tantôt à ce monde que l'on nomme le réel, tantôt à ce que l'on nomme l'imaginaire. Dans chaque cas, je suis le témoin de ses réactions, tout comme autrui doit être le témoin des miennes (sauf si autrui appartient à mon imaginaire et n'a par
conséquent aucune existence extérieure à mon être). Pour avoir la certitude qu'il y a bien symétrie, et qu'autrui est bien le témoin de mes réactions, il faudrait pouvoir s'assurer que j'apparais au sein de sa conscience d'être (ce qui suppose au préalable de s'assurer qu'autrui a conscience d'être).

Philippe D.

   Petit détour : quand on aime, "l'autre" n'existe pas. Cela signifie seulement que l'altérité a pris fin, que la séparation a pris fin et que l'unité prévaut. Dans le conflit, "l'autre" est très présent et évidemment, simultanément il y a "moi". Mais cela signifie seulement fin de la séparation, pas fin de la personne spirituelle. L'amour est à la fois personnel et impersonnel, il s'adresse à une personne quand nous aimons réellement.

   Quand je me lève le matin, je sors d'un état d'unité, celui du sommeil profond. La dualité se met très vite en place, dans la tension de la vigilance ordinaire (bon sang, il faut que je me dépêche, il y a encore cela à faire etc.) Je suis précipité dans le monde de la séparation. La dualité est durcie et je me cogne contre les choses et contre les autres. Ce n'est pas sur la base de la vigilance que je peux rencontrer une expérience où je serais tout seul.

suite 

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