Remarques pédagogiques sur l’enseignement de la philosophie

 Conseils en vrac adressés aux collègues et à l’attention des nouveaux enseignants


 

Sur la notation

Il y a toujours un blocage sur la notation et l’enthousiasme du meilleur élève peut s’effondrer devant une note décevante.

Une astuce consiste à ne pas fournir de note au début, pour ne la donner qu’à la fin du trimestre.

Remise des devoirs et correction

Pour être certain qu’un corrigé sera utile, sera lu de près par tous les élèves, taper le corrigé et le remettre avant les devoirs eux mêmes, tout en faisant des remarques (en lisant vos copies, j’ai noté que vous avez oublié ceci ou cela), dans l’anxiété de la remise du devoir, ils liront le corrigé et il n’y aura pas de surprise sur les notes, car le terrain aura été préparé. Ils auront vu ce qui manquait à leur copie, si ils ont fait du hors sujet etc.

Exercices philosophiques

A la première heure de la semaine, surtout en TL, on peut sur un quart d’heure faire un exercice simple, donné le vendredi précédent : chercher des expressions commune sur une notion dans un dictionnaire analytique, trouver des exemples sur une question précise, faire le réseau conceptuel autour d’une notion etc. Noter coefficient 1 à l’oral, ou à l’écrit.

Exercices écrits sur table en 30 mn

Pour exemple, dans le livre de Jean Grenier, Entretiens sur le bon usage de la liberté, il y a deux anecdotes qui sont racontées. Un exercice consiste à demander aux élèves d’analyser ces deux anecdotes à partir des concepts du cours (doute et liberté d’indifférence, liberté en situation).

Pour commencer une nouvelle notion

La première heure, établir avec les élèves le réseau conceptuel autour d’une notion. Voir les confusion et mettre sur le papier des définitions précises qui seront ensuite explicitées dans le cours. Exemple : sur le désir, réseau reliant désir et inconscient, volonté, souhait etc. Recherche de la différence entre désir, souhaiter et vouloir. La clé de ce travail, c’est de mettre la classe dans une recherche, d’expliquer qu’ensemble nous allons faire une recherche partant du concept.

Relecture des copies en cours

Il est extrêmement utile de lire des extraits de copie en cours. Cela permet à l élève de prendre conscience de ce qu’il écrit : il y a des sottises qui ne sautent aux yeux que quand on les formule devant tous. Le regard des autres est intéressant ici, car souvent, les fumistes se démasquent, comme les cyniques. A l’inverse aussi, un élève qui fait une bonne  devant introduction, mais qui d’habitude ne réussit pas sera content de voir son travail apprécié devant tous. Relever l’intelligence de certaines formulations est important, il ne faut jamais laisser penser que seul le prof « sait », il y a dans les copies souvent beaucoup de pertinence, il suffit de bien lire. Ce qui revient au prof, c’est de prolonger ce qui a été compris, mais peu développé.

Faire une conclusion dans un cours

Cela n’a l’air de rien, mais les élèves apprécient énormément une conclusion bien faite, qui résume les analyses du cours. Il vaut mieux abréger un cours que de ne pas faire de conclusion.

En fin de leçon, des questions

.Il est intéressant, pour savoir si le cours est assimilé, de poser des questions de compréhension, une fois le cours fini. Il ne faut pas que les questions soient difficiles, mais qu’il suffise d’avoir compris ce qui a été montré pour y répondre. Cela assure l’assimilation. Cela permet de saisir comment on pourrait continuer l’enquête à partir du cours.

Présenter la philosophie comme recherche

Il est très fructueux de présenter la démarche du cours comme une recherche permanente, le philosophe étant un chercheur de vérité, avec ce que cela comporte : des investigation, un inachèvement la passion de l’approfondissement, de l’interrogation, sans qu’il n’y ait là qu’une exercice rhétorique consistant à désemparer constamment l’élève.

Usage des questions d’élèves

Il est très très important. Une règle : ne jamais renfoncer la question posée dans la gorge de celui qui l’a posé. Toute question mérite réponse, surtout si elle est sincère. S’avancer tout seul devant une classe sous le regard des autres est déjà pour beaucoup assez difficile, si c’est pour se faire ensuite ridiculiser non et non. Rebondir sur les questions tout le temps. Suggérer les questions en interpellant la classe. Il est parfaitement possible de mener tout un cours (par exemple en TSTT) à travers question/réponses.

Approche des textes classiques

Éviter la lecture directe des textes, sauf pour des auteurs contemporains très limpides. Mener une analyse partant d’un exemple, posant un problème, pour retomber sur un texte classique, presque comme par miracle : « et bien, ce que nous venons de voir, c’est exactement la position de Spinoza ». Tout a été expliqué avant, le texte peut maintenant être lu sans effroi (style rebutant qui ne l’est plus). Avec cette méthode, même les textes les plus ardus peuvent être rendu lisibles. Il faut jouer le texte, comme si c’était une drame au théâtre, sans en parler d’abord, pour tomber dessus en fin de prestation théâtrale.

Sortir des sentiers battus

Bien sûr, nous voulons transmettre notre amour des grands textes, notre enthousiasme pour des oeuvres de génie, mais pour cela, il faut parfois accepter de suivre une itinéraire patient, un détour par des textes très contemporains. Un exemple, il me semble que pour comprendre le stoïcisme de manière vivante, rien ne vaut le détour par quelques textes remarquables de S. Prajanapad dans L'Art de voir  (éditions l'originel). Il y a des pages cinglantes de Krishnamurti dans Première et dernière liberté, qui permettent de renouveler entièrement des questions qui resterait poussiéreuses, si on les affrontait de manière trop universitaires. Je pense aussi à Amin Maalouf  Les Identités meurtrières pour la problématique de la diversité culturelle. Les élèves vous sauront gréé de sortir de la liste canonique des philosophes du programme... pour la retrouver de manière surprenante. Un modèle de pédagogie socratique pour professeur de philosophie: les conférences de Krishnamurti, voir la mise en cause de l'opinion, le sens du questionnement, le refus de l'argument d'autorité. La lecture de ses textes en cours a un effet choc qui est très stimulant. Voir par exemple le texte sur l'amour utilisé dans le cours sur les formes de la relation.

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