Leçon 283.    La libération spirituelle      

    L’image de la Caverne montée vers la lumière a certainement été inspirée à Platon par un récit fameux d’expérience de NDE qui avait à l’époque fait le tour de la Grèce. Si on met de côté la dimension initiatique et mystique en effet on perd beaucoup du sens de la libération des prisonniers. Nous savons que le prisonnier symbolise l’esprit et l’obscurité l’ignorance dans laquelle il est plongé dans le monde relatif, le monde sensible (la Caverne). Dans le relatif n’existe que des phénomènes déroulés dans l’espace, le temps et la causalité. Dans l’ignorance, l’esprit est tourné vers la matière (le mur du fond, la Χώρα), sa tête est maintenue (les fers au cou) dans la direction des objets des sens dont il n’a qu’une connaissance illusoire (la vision irréelle). Il en reste donc aux apparences (les ombres). Il n’a de connaissance que par ouï-dire dans l’opinion (la δόξα, la conversation des prisonniers entre eux derrière le mur) et non par expérience directe et de lui-même. Il n’est visiblement pas libre, (les fers aux pieds), il est attaché de par les conditionnements liés au corps.

    Or, voici que descend dans la Caverne le maître éclairé (libéré, il a vu le monde intelligible) qui s’adresse à lui. Comme le faisait Socrate, il va lui poser des questions l’invitant à se libérer de l’opinion, la δόξα, de ses propres conditionnements, le sens de la μαιευτική, la maïeutique. Quand le disciple commence à voir par lui-même, les fers au cou, les fers aux pieds tombent. L’invitation du maître est alors de parcourir seul le chemin de la lucidité (la montée « rude et escarpée »), car il va devoir remettre en cause tout ce qu’il croyait jusque-là. Le maître donne juste la direction, le disciple doit faire le chemin par lui-même. Ainsi se comprend le travail de l’éducation qui commence très tôt par la maîtrise du corps (la gymnastique) le raffinement de la sensibilité (la musique), la maîtrise de l’intellect (les sciences) jusqu’à l’éveil de l’intuition (au moyen de la dialectique). L’intuition seule permet l’éveil de l’intelligence dans la Connaissance (la clarté du monde intelligible au-delà de la Caverne).

    Il faut rendre à Platon sa dimension initiatique. Platon était très au fait de l’orphisme qui offrait aux aspirant des techniques de purification, un travail sur le corps et sur l’énergie (prâna en sanskrit). Maintenant comparons ce qui vient d’être dit avec un texte très synthétique de S. Aurobindo : « La purification de l’être mental et du prâna psychique prépare le terrain de la libération spirituelle… Shuddi est la condition de mukti. Toute purification est une libération, une délivrance, car c’est rejeter les imperfections et les confusions qui obscurcissent, lient, limitent : la purification du désir apporte la liberté du prâna psychique ; la purification des émotions fausses et des réactions troublantes apporte la liberté du cœur ; la purification de la pensée du mental sensoriel limité et obscurcissant apporte la liberté de l’intelligence ; la purification de l’intellectualité proprement dite donne la liberté de la gnose. Mais tout ceci représente seulement une libération des instruments. La liberté de l’âme, mukti, est d’une nature plus vaste et plus essentielle3 ». Nous allons sur la lancer aborder cette question Que faut-il entendre par libération spirituelle?

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     © Philosophie et spiritualité, 2018, Serge Carfantan,
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