Dialogues et commentaires sur la leçon:
Conscience et connaissance de soi


Malvina Echaas-Tourne
Quelle différence peut on faire entre le tempérament et le caractère?

R. Le tempérament est la nature de chacun au sens physique. Dans l'Ayur veda, on parle ainsi de constitution physique, il y en a 7 principales. La constitution est héréditaire, elle est stable dans la durée de la vie. Selon l'Ayur veda, une personne de constitution kapha aura toujours une constitution forte, une tendance à prendre du poids. Une personne vata au contraire toute sa vie restera mince et aura des difficultés à prendre du poids. Cela illustre assez bien le concept de tempérament. Le caractère par contre implique un profil psychologique : le sentimental, le sanguin, etc. Là par contre, il est difficile de parler de nature inné et de différencier ce qui vient de l'expérience, de ce qui est dans la nature psychologique d'une personne. Voyez la leçon L'identité personnelle. Début.

Denise Gilbert
Bonjour, Pourquoi n'avons-nous pas de réponse à la question " qui suis-je ? " Si nous admettons que nous ne sommes pas le corps, ni les pensées, que sommes-nous avant la construction de l'embryon, des cellules ?....... Pourquoi ceux qui ont la réponse ne nous la donne-t-il pas ? Pourquoi garde-t-il cela secret, alors, que c'est la chose qui puisse nous rendre heureux, lorsque nous découvrons enfin notre véritable nature ? Merci, pour votre aide et tous renseignements à ce sujet .

Patrick Cresson
      Certains auteurs comme G. Vallin (cf. aussi la description de la voie du yoga que fait le philosophe J. Maritain) conçoivent la possibilité d’une conscience sans objet. Une possibilité semble-t-il non reconnue par la philosophie occidentale en général. En effet, le fil directeur dans la philosophie occidentale à propos de la conscience est son l’intentionnalité : ‘toute conscience est conscience de quelque chose’ et aussi que ‘toute conscience est conscience de soi’. L’intentionnalité est comme au cœur de la conscience. La conscience est intentionnalité. Le phénoménologue Husserl dit que ’c’est l’intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort’. Dans son livre ‘’voie de gnose et voie d’amour’’ p 127-128 Georges VALLIN met en cause cette définition exclusive de la conscience comme intentionnalité, il dit : ‘’Le passage de l’extériorité à l’intériorité implique le dépouillement progressif de la conscience de soi de tout ce qui n’est pas le pur Sujet, le Témoin,…,la conscience du monde présuppose la conscience du moi. Mais cette intériorité implique encore une relativité. Aussi l’intériorisation poussée jusqu’à son terme débouche sur une intériorité vidée pour ainsi de toute relation…il s’agit là d’une conscience qui échappe à la loi qui paraît devoir s’appliquer à toute conscience en général et suivant laquelle toute conscience est conscience de quelque chose’’. Et G. VALLIN de préciser les implications les plus essentielles de cette perspective (non duelle) qui consistent dans deux axiomes : a/ toute conscience n’est pas conscience de quelque chose b/ il y a une conscience qui n’est pas conscience de soi.

      R. Je vois que nous avons les mêmes lectures. Tout à fait exact, c'est tout particulièrement Husserl qui est l'aboutissement très net de cette thèse, l'intentionnalité résumée dans la formule "toute conscience est conscience de quelques chose". Il a réussi à développer tout un pan de connaissance à partir de là. L'idée est parfaitement juste et adaptée pour décrire la structure de jagrat,  l'état de veille, la vigilance. Là où le Vedânta est très précis, c'est que la thèse est relative. Elle est encore valide dans svaptna, l'état de rêve où s'exercer encore une intentionnalité, la relation sujet vers l'image. Elle est fausse dans le sushupti, sommeil profond, car il n'y a plus d'objet. La conscience est alors résorbée en elle-même, dans le Soi, mais demeure enveloppée de torpeur. Ce que soutient le Vedânta, c'est que la Conscience pure est sans objet, elle est pure illumination du Sujet, âtman, le Soi mais seulement dans turiya, le quatrième état, et là il n'y a pas d'intentionnalité active. Cela est appelée sâmadhi dans le yoga. Dans le développement de la conscience au-delà de la vigilance, se développe la Présence, c'est un peu comme si turiya devenait permanent, en même temps que les trois états relatifs de conscience. Voyez le cas de Ma Ananda Moyi. C'est très fortement attesté dans la littérature yogique. La conscience devient toujours sâkshin, Témoin, sans se perdre dans l'objet. C'est pourquoi on parle d'un cinquième état de conscience. Ramana Maharshi vivait cela en permanence. Vous voyez très nettement pourquoi on ne peut pas dire que toute conscience est conscience de quelque chose et pourquoi la conscience de soi est toujours présente, bien que voilée dans l'ignorance.

Patrick Cresson
    
Dans le néo-advaïta on parle aussi souvent de conscience sans objet. Qu’est-ce qu’une conscience sans objet ? Un absolu !? Toute conscience est conscience de quelque chose, si elle n’est pas conscience de quelque chose elle est sans contenu, il n’y a donc plus conscience (ex : l’évanouissement). Cette formulation n’est-elle pas maladroite (même si l’intuition est bonne)? La structure de la conscience dans l’état de veille et dans celui du rêve est son intentionnalité (La conscience est toujours ‘dirigée vers’). Dans le cas de la conscience réfléchie, cet objet est la conscience elle-même. Car le propre de la conscience est d’être conscience d’autre chose qu’elle-même, c’est son intentionnalité. Autrement dit il n’y a de conscience qu’avec objet. Alors que veut dire à l’état de veille une conscience sans objet ? Peut-être, c’est vouloir exprimer qu’au fondement de toute conscience, il y a un principe d’être qui n’est pas objectivable et qui n’est pas conscience de soi ou de quelque objet que ce soit et qui sous tend la conscience objective. Cette formulation semble mieux convenir, car elle ne met pas en opposition les deux traditions évoquées, occidentale et orientale (Indienne). Qu’en pensez-vous ?

R. La conscience sans objet est la Conscience pure, le quatrième état, turiya qui sous-tend les trois états relatifs que sont la veille, le rêve et le sommeil profond. Le Soi cohère avec lui-même indéfiniment et c'est pourquoi existe une puissance remarque dans le sentiment Je suis. Dans l'évanouissement la conscience se retire brutalement de l'expérience du monde de la veille, elle est en suspension, elle n'est plus consciente d'un objet effectivement, comme dans le sommeil profond, mais elle est plongée dans la torpeur. Effectivement dans la conscience réfléchie, l'accent se déplace vers la conscience comme objet de pensée. Il y a encore un objet, comme dans la perception, l'imagination la mémoire. La réflexion n'a rien de "spirituel", mais elle est indispensable pour éliminer l'erreur, l'ignorance. On ne peut pas atteindre le sujet par la réflexion car celle-ci ne porte que sur l'objet. Le Soi n'est d'aucune manière objectivable, mais il est conscient de lui-même comme être pur, je suis. Infiniment. Sans qu'il soit possible de qualifier cela. Vous pouvez dire ce que vous n'êtes pas, vous ne pouvez pas dire ce que vous êtes. La présence est inconceptualisable.

 

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Avec la participation de Malvina Echaas-Tourne, Denise Gilbert.


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