Leçon 295.    Réflexion sur la spirale dynamique   (2)

      Nous supposerons dans ce qui suit que le lecteur a lu la première partie de ces réflexions sur la spirale dynamique. Nous ne revenons donc pas sur la caractérisation des huit niveaux d’existence de Graves tels que nous l’avons abordé. Nous allons plutôt prolonger les investigations. Notre point d’appui cette fois-ci sera l’argumentation contenue dans La spirale dynamique de Fabien et Patricia Chabreuil.

     Faut-il revenir à une terminologie plus neutre en associant aux couleurs des abréviations ? Non. Il est plus simple de conserver les termes Même Vert, Bleu, Orange, etc. quitte à compléter avec une formule brève comme « la pensée primale », associée au beige, « la pensée animiste » associée au Violet etc. Il est inutile de se perdre dans les associations culturelles des couleurs à certaines idées. C’est juste une convention.

     Maintenant, ce qu’il importe d’approfondir, c’est la portée de la théorie. La question que nous avons en ligne de mire ici est celle-ci : La théorie de la spirale dynamique est-elle une formulation adéquate pour tenter de comprendre les transformations de la conscience collective ?  Car c’est bien là le problème. Il est clair que son usage basique, quoiqu’en disent les vulgarisateurs sera d’abord celui d’une typologie. Même si ce n’est pas l’intention de départ. Dans l’état actuel de la théorie – qui est reflété parfaitement dans le livre de P. et F. Chabreuil – la compréhension de la conscience reste très limitée, très pauvre en vérité. Or, faute de comprendre ce qu’est la conscience, on en restera à des considérations psychologiques abstraites qui sont parfaitement incapables de saisir une dynamique de fond. Un processus de prise de conscience capable d’opérer un changement radical. Ce que les auteurs ignorent c’est le moteur interne de la lucidité qui est l’élément clé et ce sur quoi elle porte, à savoir l’étage des croyances et la mise en lumière de la structure de l’égo.

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     A. Mentalités, valeurs et morale

     Le mental, c’est la faculté de penser, prise au sens psychologique du terme. Le mental, c’est la pensée, pour autant qu’elle gouverne notre vie ordinaire, c’est le tourbillon des pensées que nous agitons. L’homme est un être chez qui le mental est prédominant, contrairement à l’animal chez qui le vital est prédominant. En mettant le mot au pluriel, sous la forme des mentalités, nous attirons l’attention sur une pensée qui, cette fois, est collective. Parler de « la mentalité de l’homme moderne », en comparaison de la « mentalité grecque », ou de « la mentalité traditionnelle », c’est souligner le fait qu’il existe une pensée collective qui possède des caractéristiques définies à un moment spécifique de l’Histoire. On dit que les mentalités « évoluent », mais c’est une tromperie, les mentalités changent parce que le facteur Temps est incontournable dans le Devenir humain. Elles n’évoluent vraiment que lorsqu’il se produit une élévation du niveau de conscience. Ce qui n’a rien de mécanique, d’obligatoire. Le changement peut très bien aller vers le pire et la destruction s’il n’est pas portée par un haut niveau de conscience. Ce n’est pas en apportant une théorie en spirale que l’on va justifier l’évolution, la clé de l’évolution est dans la conscience, pas dans la théorie. La théorie est juste une vue sur, une carte comme dit Wilber.

     1) L’époque historique dans laquelle nous vivons a adéquatement été décrite comme postmodernité par les sociologues, notamment Gilles Lipovetsky. Ce mot désigne un certain nombre de tendances dominantes, ou encore de courants de pensée écrasants dont nous commençons à peine à sortir vers une nouvelle ère que certains ont appelé la cosmodernité. La postmodernité est fortement impactée par le conformisme consumériste du Même Orange dont le succès sur la planète a été remarquable, balayant de fait toute forme d’universalité intellectuelle, idéologique ou politique au profit… du profit, de la consommation de masse et de l’image de marque et de tout ce qui s’y rattache. Il faut bien comprendre une bonne fois pour toutes que les masses sont globalement postmodernes et cela de manière irréfléchie dans un identité basique qui est celle du consommateur. La grande conquête du libéralisme économique est d’être parvenu à assoir cette identité de consommateur sur toute la planète avec un taux de réussite qui dépasse de loin tout ce que le christianisme avait pu produire en conversion ou ce que des idéologies comme le communisme avait pu instaurer. Une forme d’identité qui a induit comme jamais dans l’Histoire une célébration narcissique de l’ego inouïe et un degré d’inconscience inégalé.

         C’est dans cette mélasse mentale que nous vivons et dont il faudrait collectivement nous dépêtrer pour passer à un niveau de conscience plus élevé. Je dis bien « nous », pas du tout pour l’assimiler aux Etats-Unis et à l’Europe, mais parce que l’empire de la mondialisation est tel que la séduction du mode de vie à l’Occidentale, avec sa légèreté, son confort et son tape-à-l’œil fascine massivement les pays en voie de développement et les pays dit sous-développés. Il ne faut pas se tromper là-dessus. Le Même Orange est très puissant. Ce n’est pas la propagande pour la sauvegarde des cultures traditionnelle qui va endiguer un tel phénomène. Le consumérisme du Même Orange est un rouleau compresseur qui lamine les traditions partout où il s’installe. Et il est omniprésent. Et ceci n’est pas une thèse arrogante, c’est juste un constat désespéré. A cet égard, on peut toujours dire que localement le même Violet est encore présent (en Afrique), que certaines nations demeurent dans le même Rouge où que le côté absolutiste du Même Bleu est agressif (au Moyen-Orient). C’est vrai. Mais c’est vrai bloqué sur un mode réactif. La défaite de Daesh au moyen Orient est très symptomatique à cet égard. L’humanité n’a pas envie de revenir aux empires féodaux, à une religiosité rigide du Même Bleu. Cela ne marche pas. Elle aspire à autre chose. Sa jeunesse aspire à autre chose. C’est du vieux monde qui s’écroule déjà en face de la séduction légère d’une liberté adolescente d’un consumérisme débridé - qui est un cul de sac évolutif en réalité- que comprend très bien le Même Vert.

2) Passons donc maintenant aux trois strates de valeurs de Graves en restons bien focalisé sur l’actuel et non sur le passé.

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     © Philosophie et spiritualité, 2019, Serge Carfantan,
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