Leçon 73.   Histoire et évolution     

    Histoire et évolution sont des notions apparentées. En effet, à la fois l’histoire et l’évolution ont principalement rapport au passé, même si nous parlons aussi de l’histoire du futur et de l’évolution à venir. Ainsi la « futurologie » consiste essentiellement en des spéculations sur ce que sera le futur proche ou lointain, ou l’analyse des événements contemporains que nous estimons devant faire date dans le futur - ainsi parfois nous avons tendance à parler de notre époque comme si elle faisait déjà partie de l’histoire : combien d’évènements récents ne sont pas qualifiés « d’historiques », par les présentateurs du journal télévisé alors qu’ils viennent tout juste d’avoir lieu ? De même les économistes tracent les courbes hypothétiques de l’évolution future des cotes boursières, des prix, du chômage, et les biologistes spéculent quant à l’évolution par exemple d’une espèce de virus.

    Toutefois ces spéculations restent incertaines et sont souvent démenties par le « vrai » futur, lorsque celui-ci arrive. Ainsi on parle beaucoup en ce moment des erreurs commises par les analystes financiers de 2001 qui n’ont pas prévu la récession de l’économie américaine ou des aberrations des sondages qui, parce qu’ils ont prévu avec une confiance inébranlable la victoire au premier tour des élections 2002 de Chirac et de Jospin, ont en fait abouti à la victoire du Front National. C’est-à-dire que le futur est quelque chose que nous créons maintenant et tout ce que nous faisons, spéculations incluses, y contribue. De même des évènements qui peuvent nous paraître historiques aujourd’hui, se révèleront peut-être des évènements mineurs aux yeux des historiens du futur, et vice versa, des choses qui nous paraissent sans importance aujourd’hui seront considérées capitales dans l’interprétation future de notre époque. Par exemple le mouvement anarchiste au début du siècle a fait peur à beaucoup de monde et un grand cas était fait de leurs attentats et surtout attentats avortés, alors qu’aujourd’hui nous voyons que ces groupuscules n’ont eu aucune influence durable et ne présentaient pas un grand danger pour la société.

    Dans cette leçon nous considérerons d'abord les notions d'Histoire et d'évolution dans leur rapport au passé humain et laisserons les spéculations sur le futur pour la fin. Qu’est- ce qui apparente les notions d’Histoire et d’évolution ? Qu’est-ce qui distingue l’évolution de l’Histoire ? L’Histoire et l’évolution suivent-elles leurs chemins indépendamment l’une de l’autre, ou au contraire l’histoire est-elle influencée par l’évolution ? L’Histoire peut-elle changer le cours de l’évolution?

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A. Temps de l’Histoire, Durée de l’évolution

    Nous avons souvent tendance à confondre les notions d'Histoire et d'évolution. Ainsi nous parlons à tort d'histoire naturelle", révélant par là que nous concevons le passé de la nature - des forêts, des animaux, des roches - de la même manière que celle des humains. Nous évoquons également « l'évolution du cinéma » ou de la mode, disant que tel film a fait évoluer le septième art ou telle coupe marque un pas en avant dans « l'évolution de la mode », alors que il serait plus exact de parler d'évènements marquants ...

    1) En effet les notions d'Histoire et d'évolution ont des registres tout à fait différents: ils ne concernent ni le même domaine, ni le même ordre de phénomènes. Deux caractéristiques principales les opposent: Premièrement l'évolution est continue alors que l'histoire est discontinue. Deuxièmement l'évolution est inconsciente alors que l'histoire est consciente.

    Ouvrons n'importe quel livre d'histoire et nous verrons que le récit historique est composé d'éléments épars dont la seule unité est celle que leur confère l'historien. Ainsi l'histoire de la Révolution française commencera par une date - par exemple la nuit du 4 août 1789 - puis énoncera divers évènements - prise de la Bastille, fuite du roi à Varennes, exécution de Danton etc. - auxquels l'interprétation de l'historien donnera une unité. Tel évènement sera considéré comme découlant de tel autre, comme aboutissant à un troisième et le lecteur aura l'impression d'une continuité qui en fait est illusoire puisque ces évènements avaient pu être rapportés les uns aux autres de manière différente, certains avaient pu être laissés de côté, d'autres, passés sous silence par un historien, seront primordiaux aux yeux d'un autre. Pour un historien marxiste par exemple, le peuple aura joué un rôle capital dans le déclenchement de la Révolution, alors que pour un autre historien, le peuple n'a été qu'une marionnette de la bourgeoisie ascendante. Ce qu'il faut retenir c'est que l'unité et la continuité de l'Histoire ne font pas partie des évènements historiques eux-mêmes: ceux-ci sont singuliers et le contexte auquel les rattache l'historien n'est fourni qu'après coup. (texte)

    ---------------Au contraire l'évolution est semblable au fleuve d'Héraclite. On ne sait jamais comment une évolution a lieu, ses articulations ne sont pas perceptibles; elle ne nous est accessible que dans son résultat à un moment donné. Ainsi lorsque nous parlons de l'évolution de la mode ou des mentalités, (ne faudrait-il pas parler plutôt de changement ?), nous comparons en fait deux évènements entre eux, un avant et un après, et pour expliquer la disparition de l'un et l'apparition de l'autre, nous disons qu'il y a eu évolution. L'évolution n'est pas un rapiéçage d'éléments épars, mais une fine transition d'un état à un autre dont les diverses étapes sont des reconstructions de notre intellect. Elles sont artificielles puisque il n'existe à vrai dire que cette transition continue, ce flux incessant que nous essayons de capter en lui imposant des moments figés alors que l'évolution est toujours en mouvement et n'admet pas de pause. On peut la comparer à une bobine de film: nous voyons une synthèse d'images défiler sur l'écran, mais nous ne voyons pas les prises individuelles qui constituent ce film. Lorsque nous parlons d'évolution celle-ci a déjà eu lieu, et

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    ... l'histoire est consciente alors que l'évolution est inconsciente. L'histoire est faite de ce dont on se souvient, des évènements marquants qui résistent à l'érosion du temps. Ainsi les évènements historiques sont les évènements mémorables, soit par l’impact qu’ils ont pour leurs contemporains - par exemple le 11 septembre 2001 - soit par l’importance qu’ils se révèlent avoir par la suite - par exemple l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 avait pu être un fait divers n’eût-il pas joué un rôle dans le déclenchement de la première guerre mondiale. Au contraire le suicide de Rodolphe à Mayerling en 1889 ou l’accident de la princesse de Galles en 1997 n’ont pas eu des conséquences de cette ampleur et ne sont donc pas à proprement parler des faits historiques, mais des faits divers.

    Pour les Anciens, les faits humains étant sans consistance - contrairement aux faits naturels qui reviennent en cycles réguliers - il faut la mémoire de l'historien pour les fixer. C'est à dire que les évènements naturels - les saisons, la propagation des espèces, le lever du soleil, sont ancrés dans la mémoire de la nature; celle-ci cependant oublie tout des évènements importants pour nous - les guerres, les crises économiques, les fêtes etc...  et seule la mémoire de l'homme peut y remédier. L'histoire a donc pour fonction pour Thucydide par exemple de permettre à la mémoire humaine de combler un manque dans la nature. Dans Le Concept d'Histoire Hannah Arendt analyse cette idée de l'histoire, comme ce qui veut doter l'éphémère et futile vie humaine de quelque permanence. Commençons par Hérodote... la mère de toutes les autres muses.

    L'histoire est donc tissée de ce dont on se souvient et qu'on ne veut pas voir disparaître. Une personne qui perd sa mémoire, perd son histoire et il en va de même pour les civilisations. L'histoire de l'Egypte par exemple, c'est ce qui reste de l'Egypte: les fresques à hiéroglyphes, les tombes royales, les statues etc. Ces choses ne sont pas apparues par elles-mêmes; elles sont oeuvres conscientes des hommes. Les évènements historiques ne sont pas les tendances dues à telle ou telle direction dans l'évolution mais ceux qui ont engagé les hommes et marqué leur mémoire, et ceci ne peut se produire que dans le registre du conscient. On ne peut parler d'une histoire inconsciente; si quelque chose est inconscient cela ne fera pas partie de l'histoire. Ainsi des facteurs qui ont pu jouer un rôle dans tel ou tel évènement historique mais qui ne sont découverts que plus tard ne font leur entrée dans l'histoire qu'à partir de cette découverte.

    Au contraire l'évolution est toujours inconsciente. Comme nous ne pouvons pas isoler un moment de l'évolution, nous ne sommes pas à même de la percevoir car nous ne sommes pas équipés pour percevoir le mouvement continu, mais seulement des sommes d'instants. La notion d’évolution signifie un processus. Nous parlons de l’évolution en biologie (l’évolution d’une espèce - le singe des arbres évolue en singe bipède - ou d’une maladie par exemple) mais aussi de l’évolution des mœurs, de la mode, des idées. Elle se produit d’elle-même par delà la conscience que nous pouvons en avoir. Ainsi nous nous rendons compte soudainement que nous avons changé - progressé, vieilli, mûri - mais nous ne savons pas comment cela s'est produit. De même il est quasi impossible de cerner tous les moments d’un processus de transformation économique ou intellectuelle. Nous pouvons constater des changements, isoler les moments les plus remarquables, mais le processus dans sa totalité est impossible à retracer car, contrairement à l’histoire qui est faite de discontinu, l’évolution n'est pas un amas de faits singuliers, mais quelque chose de fluide. Ainsi lorsque nous parlons de l’évolution des mœurs des années 1950 aux années 1990 nous constatons des lois votées, des manifestations, des articles de presse, livres et programmes de télévision sur par exemple l’émancipation de la femme ou la reconnaissance des droits de l’enfant, mais nous serions incapables de restituer tout le processus et tous les mouvements infimes et donc imperceptibles qui le constituent. L'évolution a toujours lieu de manière latente. Alors que l'histoire est par essence manifeste, l'évolution est toujours cachée.

    2) Ceci nous mène droit à la différence essentielle de l'histoire et de l'évolution, et qui est que l'histoire a lieu dans le temps, alors que l'évolution a lieu dans la durée. L'histoire est faite de découpages artificiels dans la vie qui est durée afin d'immobiliser certains instants comme si ceux-ci étaient de pierre. L'histoire, c'est l'évolution vue par l'intelligence et non vécue par l'intuition. Bergson analyse la différence entre l'intuition et l'intelligence, entre le temps et la durée. Le temps est un outil de l'intelligence. Le temps de la mécanique et du scientifique est le temps linéaire puisque il est fondé sur la représentation du temps - dont l'intelligence ne peut avoir aucune intuition puisque justement elle n'est pas intuition - par une ligne divisée en segments pour représenter son passage. Ainsi nous voyageons dans le temps comme le long d'un chemin dont nous remarquons de temps en temps une borne ou autre et que nous appelons t1, t2 etc. ou encore 14h, 15h etc. Les évènements de l'histoire sont justement de tels jalons. Ainsi en Occident nous parlons de l'année (supposée) de la naissance de Jésus de Nazareth comme d'un tel évènement-jalon, mais tous les évènements que relate l'histoire sont des jalons qui permettent à notre intelligence de se repérer dans ce qui pour elle est le temps. (texte)

    ... l'évolution est durée, et d'ailleurs on peut dire que ces deux termes sont synonymes puisque il n'y a pas d'évolution sans durée, mais la durée sans l'évolution est immobilité ou éternité. L'évolution dure, elle s'écoule, imperceptible et continue, altérant progressivement la matière qu'elle traverse et son action ne peut-être représentée par des jalons car l'évolution est justement ce qui relie ces jalons. En outre l'évolution contient dans son présent tout son passé: l'évolution n'aboutit jamais à un état absolument neuf, elle contient toujours la totalité de la chose qu'elle a altéré, mais sans que cette chose - ou être - en ait conscience. Ainsi j'existe de manière ininterrompue depuis le jour de ma conception, et l'enfant de trois ans que j'étais une fois est inclus dans l'adulte que je suis maintenant, mais je n'en ai aucune perception, je ne vois rien de cet enfant dans le moi actuel.

    ... l'histoire et l'évolution du mythe. En effet comme nous venons de le voir, l'Histoire et l'Evolution sont toutes les deux des notions ayant rapport au temps alors que le mythe est a-temporel. C'est ce qui distingue le récit historique du récit mythique qui est atemporel. Ce que raconte le mythe, par exemple le conflit entre Héra et Zeus ou la descente de Déméter chez Hadès tous les hivers, sont des évènements qui ont toujours lieu, car ils sont non des évènements mais des explications de la nature des choses, et donc toujours vrais. La naissance de Vénus par exemple ou la résurrection du Christ (note) ne sont pas des évènements qui ont eu lieu,  ni ne désignent-ils une quelconque évolution, mais symbolisent l'érotisme et l'immortalité de l'homme. Mircea Eliade, dans Aspects du Mythe,  analyse le rapport au temps des mythes; le mythe permet de comprendre pourquoi c'est toujours comme cela, par exemple pourquoi il y des saisons ou pourquoi l'homme est mortel. Ainsi la Genèse est un mythe alors que l'exode est un récit historique (mêlé il est vrai de mythique puisqu'il explique le lien entre Dieu et Israël). Autrement dit, le mythe raconte comment, grâce aux exploits des Êtres Surnaturels, une réalité est venue à l'existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement un fragment: une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution. C'est donc toujours le récit d'une "création": on rapporte comment quelque chose a été produit, a commencé à être". C'est à dire que le mythe se situe d'emblée avant le début du temps chronologique, alors que l'histoire et l'évolution se déroulent dans ce temps chronologique, même si leur rapport au temps est très différent.

B. Le phénomène humain et le singe de l’homme

    Le statut de l’évolution est plus problématique : l’évolution est-elle nécessaire ou contingente ? La conception occidentale de l’évolution, largement tributaire de Darwin et défendue par des biologistes tel Stephen Gould, François Jacob et Richard Dawkins, est une conception mécaniste de l’évolution où celle-ci procède par mutations contingentes et imprévisibles, sans direction, ni propos. Nous parlons de paradigme darwiniste. Un gène selon les darwinistes subit une mutation au hasard qui peut-être bénéfique, mauvaise ou neutre et passant inaperçue. Si la mutation est bénéfique, l’individu sera mieux adapté à son entourage et sa descendance aura de meilleures chances de survie ; si elle est mauvaise ce sera le contraire. Ainsi une espèce ou une lignée peut disparaître ou au contraire proliférer à cause d’une mutation au hasard. Selon les darwinistes, les fossiles que nous avons d’espèces éteintes témoignent de mauvaises mutations qui ont rendu l’espèce inadaptée à son milieu ou alors de mutations qui, pour ainsi dire, auraient été nécessaires pour adapter l’espèce à des conditions naturelles changeantes - apparition d’un nouveau prédateur, conditions climatiques différentes par exemple- et qui n’ont pas eu lieu. Ainsi certains oiseaux de la Nouvelle Zélande ont été exterminés par l’arrivée des animaux domestiques européens pour lesquels ils n’étaient pas préparés. L’évolution selon les darwinistes est donc absolument contingente. Elle se produit au hasard et, non seulement elle aurait pu être autre, mais elle aurait pu être à peu près n’importe quoi. (texte).

    Toutefois le paradigme mécaniste de la Nature est contestable. Nous constatons, non pas des mutations au hasard dans les espèces, mais des espèces stables dotées d’un haut degré d’organisation et qui, si on les transplante par exemple d’un continent à un autre ou d’un climat à un autre, ont tendance à s’adapter très vite et toujours en fonction de ce milieu. Ainsi un papillon nocturne avait au 19e siècle des ailes sombres et claires imitant l’aspect du tronc d’un bouleau afin d’échapper à la vision de ses prédateurs. Toutefois la pollution industrielle ayant noirci les troncs des arbres, ces ailes sombres et claires ne camouflaient plus ces papillons dès les années 1850. Le papillon a alors muté en une espèce aux ailes sombres. L’interprétation darwiniste de ce phénomène est que seuls les papillons aux ailes sombres ont survécu pour se reproduire. L’interrogation que cela suscite est la suivante : d’où sort soudainement ce papillon aux ailes sombres capable de survivre aux prédateurs alors que tous avaient des ailes bicolores ? En outre, si on admet l’existence de quelques spécimens originaux aux ailes sombres - comment firent-ils pour survivre avant les effets de la pollution ? - cela voudrait dire que tous les papillons actuels descendent de quelques rares ancêtres, les autres papillons n’ayant pu se reproduire. Cette interprétation s’accorde mal avec un phénomène observé : les ailes de tous les papillons ont soudainement, en l’espace de quelques générations, changé de couleur. Cet exemple est un parmi d’innombrables autres démontrant, ou du moins montrant (puisque la nature ne démontre pas, elle ne fait que montrer) l’intelligence dans la nature. La série télévisée britannique - montrée sur la chaîne Planète et intitulée La Vie Privée des Plantes - abonde en exemples de la créativité et l’intelligence dans la nature : telle plante se déguise en la femelle de l’insecte qui aide à la dispersion de ses spores pour attirer cet insecte. Telle autre imite l’odeur de charogne pour attirer les mouches dont elle se nourrit. Il semble donc au contraire que l’évolution n’est pas au hasard, mais intelligente et dirigée vers une fin précise. Lorsqu’elle a lieu, l’évolution apparaît comme le moyen de résoudre un problème qui se pose à un individu ou une espèce, et elle ...

    ---------------Maintenant, peut-on alors parler d’une évolution humaine ? En quel sens ? Et quel rapport entretient-elle avec l’histoire ? L’évolution humaine, c’est tout d’abord l’évolution du singe anthropoïde en homo sapiens. En ce sens elle se confond avec l’évolution naturelle en général. Ainsi nous pouvons conjecturer que le singe a évolué en humain pour mieux se défendre contre les agressions de son milieu. Toutefois une question se pose alors : imaginons le petit primate dans l’arbre feuillu qui le cache et le nourrit : pourquoi descendre de cet arbre alors que justement il protège l’animal par sa hauteur du sol et par son feuillage ? Pourquoi ne pas évoluer par un pelage vert bien camouflé par ces feuilles au lieu de quitter l’arbre protecteur ? Pourquoi perdre l’aptitude à grimper, griffes et dents pourtant si utiles dans la jungle, et pourquoi ne pas développer des griffes plus tranchantes et des dents plus fortes ? Loin de favoriser la survie de ce primate dans la jungle préhistorique, l’évolution en humain a d’abord mis cette espèce en danger. Les paléontologues estiment avoir trouvé les fossiles de diverses lignées humaines ou humanoïdes qui n’ont pas survécu aux pressions du milieu préhistorique. Ainsi on dirait que la nature a essayé d’engendrer l’homme à plusieurs reprises, a raté et cependant, contredisant tout darwinisme qui soutient la promotion et la sélection naturelle des espèces les mieux adaptées à survivre et se reproduire dans la nature, a recommencé l’engendrement de cet être inadapté à la jungle jusqu’à réussir. Si Darwin a

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    En effet, alors que cela ne pourrait être plus désavantageux dans les conditions de vie primitives qui caractérisent l’état « naturel », l’évolution humaine va dans le sens de l’intelligence et de la conscience. Au fur et à mesure que le singe anthropoïde devient homme, son cerveau croît au détriment des autres organes. Le cerveau humain est, de tous les cerveaux mammifères, le plus grand consommateur de glucose, denrée rare dans la nature. Tout se passe comme si les muscles rétrécissaient afin de permettre à l’organe cérébral de croître puisque, ce qui distingue l’homme des grands singes c’est que le rapport de poids muscle-cerveau s’inverse et, mis à part les mains, le corps devient moins capable de bouger, se défendre, maintenir l’équilibre thermique alors que la capacité de réflexion abstraite, sa créativité et son imagination croissent, le rendant de moins en moins adapté aux conditions naturelles effectives et de plus en plus obligé à changer son milieu afin de l’adapter à lui et non pas le contraire. L’homme est une créature on ne pourrait plus anti-darwinienne. Nous pouvons donc spéculer que l’évolution n’est pas seulement une réponse aux conditions naturelles primitives mais qu’elle a un but autre que d’adapter l’espèce humaine à la nature. Au contraire, ...

    L’homme ne trouve pas devant lui ce dont il a besoin pour subsister mais est obligé de le fabriquer. Alors que les autres créatures sont achevées dès l’âge adulte - le lion ou le chien n’évoluent plus une fois sortis de leur enfance - l’homme évolue toute sa vie car il n’a jamais fini d’adapter le milieu à ses besoins et cette activité incessante le transforme. La science nous enseigne parfois que l’histoire commence lorsque s’arrête l’évolution. Le singe, nous apprend-on, a évolué dans la forêt pré-historique, et ensuite, lorsque l’homo sapiens est apparu, l’évolution est terminée et l’histoire débute. Elle est caractérisée par l’invention d’outils - pierre, fer, bronze - qui marquent les étapes d’un apprentissage, mais non d’une évolution. L’homme, nous dit-on, ne change plus ; il ne fait qu’apprendre des nouvelles techniques. Ainsi il n’y aurait aucune différence entre l’homme des cavernes de Lascaux et l’homme moderne ; ce dernier a seulement un peu plus d’expérience et un peu plus d’éducation.

    Toutefois l’évolution des connaissances ne témoignent-t-elle pas d’une évolution des capacités de connaître ? Peut-on sans se contredire affirmer à la fois que les mathématiques, par exemple, font partie de la structure même de l’intelligence de l’homme et que cependant il a mis quelques millions d’années à s’en apercevoir ? Peut-on vraiment penser que des êtres qui avaient une capacité de vision picturale égale à celle des peintres de la Renaissance se soient bornés cependant aux dessins que nous voyons dans les cavernes de Lascaux ? Les étapes de la civilisation, c’est à dire les étapes de l’histoire, ne sont-elles pas aussi des étapes de l’évolution humaine ?

    Ceci signi

 

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      © Philosophie et spiritualité, 2002, Catarina Lamm,
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