Leçon 57.   Droits de l'homme et droits du citoyen      pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon  

    Le droit du citoyen a d'abord été une règle de proportion juste qui mesure le rapport des échanges. Aristote montre ainsi que le droit est dans les choses, il suppose une rétribution, un équilibre, une répartition juste entre des biens, des honneurs sociaux, entre un délit et sa sanction pénale. L'homme juste, c'est celui qui donne à chacun ce qui lui revient. Il ne donnera pas plus à l'un ni moins à l'autre, pas plus dans un bénéfice que dans une sanction pénale. Le droit défini alors la règle qui sert de référence selon le code de loi.

    Cependant, nous savons aussi que l'administration mécanique de la loi n'est pas vraie justice. Le droit a nécessairement un fondement moral. Le citoyen dans l'État est supposé passer un contrat moral par lesquels ses droits lui imposent en même temps des devoirs. Depuis la déclaration universelle des droits de l'homme, l'idée a fait son chemin, selon laquelle le droit ne peut pas être défini seulement dans une répartition, mais essentiellement dans le souci du respect de la personne humaine et de ses droits fondamentaux. Nous voyons donc que droits du citoyen et droits de l'homme peuvent être distingués, mais faut-il pour autant les séparer? Les droits de l'homme sont-ils différents des droits du citoyen?

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A.    La fondation d'un droit humain

    Devons nous considérer que les droits de l'homme ont une signification avant tout historique? Faut-il dire qu'ils ont toujours existé, ou bien qu'ils ont été posés à un moment particulier de l'Histoire, ayant été ignoré auparavant? 

    Il est possible d'affirmer que c'est à la religion que revient la primeur de la notion de loi, sous la forme de prescription. La loi religieuse semble aussi vieille que l'humanité elle-même. Parmi les textes les plus anciens de l'Inde figurent Les lois de Manu. On pourrait admettre que c'est  la religion qui véhicule d'abord les droits de l'homme, pour autant que c'est en elle que se rencontre d'abord l'idée d'interdit de la Loi sous forme d'injonction. Témoin l'interdit de tuer son prochain. "tu ne tueras point" ordonne le Décalogue à Moïse. (texte)

    Pourtant, les critiques modernes font remarquer qu'aucune religion ...

    Il serait plus juste de dire que la notion de droit de l'homme est apparue à partir du moment où, par delà la diversité des religions, l'humanité a pris conscience du respect dû à chaque homme, (texte) Lévinas  Entre nous. cela veut dire aussi que l'homme s'est reconnu non plus seulement comme une créature du Dieu des religions, mais comme un être autonomelibre digne de respect. C'est cette liberté qui est constamment mis à mal par les régimes politiques dans lequel l'homme vit, c'est cette liberté qui est opprimée, qui est bafouée, reniée dans sa dignité. La notion de droits de l'homme s'est dégagée peu à peu contre l'arbitraire, les actes despotiques et la tyrannie. La reconnaissance de la liberté ne vient que de la raison. Ce n'est pas un hasard si ce sont les philosophes et les philosophes des Lumières qui en ont été les artisans. Voltaire, Locke, Rousseau, Montesquieu sont très méfiants vis-à-vis de la religion et encore plus méfiants vis-à-vis des de l'autorité politique et de son arbitraire. L'homme, tel que le définissent les Lumières, est d'abord et avant tout membre du genre humain et c'est en tant que membre du genre humain qu'il a des droits inaliénables. Nulle autorité, qu'elle soit politique ou religieuse, ne peut contester ses droits. Aussi les Lumières diront-ils que ce n'est pas la clémence divine ou la bonté de la communauté civile qui octroie des droits aux hommes, mais plutôt la Loi naturelle. La loi naturelle transcende toutes les autres lois et s'applique de la même façon à tous. Tous les hommes ont les mêmes droits fondamentaux, le droit d'assumer leur humanité dans leur dignité propre d'être humain et il n'est pas utile d'aller justifier cela auprès d'une religion ou de dire que c'est à la société "d'autoriser des droits" qui seraient les droits de l'homme.

    ... droit de l'humain a donc été philosophique, avant de pouvoir entrer dans les faits. Elle a été une exigence morale, avant de pourvoir être reconnue comme ayant une valeur légale. Il ne faut donc pas s'étonner du décalage, qui a pu exister et qui existe encore, entre les principes élevés des droits de l'homme et les faits. Le principe d'égalité est inscrit formellement dans la déclaration d'indépendance des U.S.A. en 1776.

     Si la révolution française a porté partout la devise "liberté égalité fraternité", (texte) elle n'en a par fait profité les femmes qui n'ont été pendant longtemps que dans le statut de mineures à vie, sans droit de vote et sans les attributs attachés à la citoyenneté. La colonisation d'immenses territoires en Afrique et en Asie a soumis des populations a une tutelle en contradiction flagrante avec les droits qualifiés d'inaliénables par les Lumières.

    Comment expliquer de telles contradictions?  Il y a une première raison qui tient à la définition de l'homme. Comment a-t-on donc définit cet homme des droits de l'homme? Il a été d'abord pensé comme identique à un modèle culturel de l'homme occidental. "L'homme" c'est l'individu mâle, blanc, catholique et d'origine européenne. On y a même ajouté un moment l'idée pseudo-scientifique qui voit dans l'homme blanc un être supérieur ayant forcément des droits plus élevés. De l'humanité se trouvent donc exclus tous les peuples non-européens, tous ceux dont le patrimoine est placé en dehors du modèle de civilisation occidental. Aussi, ce sont ces peuples colonisés eux-mêmes, qui aujourd’hui rappellent à l'occident les principes des droits de l'homme en réclamant leur indépendance. Ce sont les pays du tiers-monde qui rappellent à l'occident que l'humanité se conjugue au pluriel et que ...

    Seconde raison : pendant des siècles, il a été considéré comme tabou de remettre en cause la souveraineté en droit d'un État sur ses propres citoyens. Le concept de droit a été défini seulement dans le cadre d'un État, un État possédant le monopole de la législation sur son territoire. Il a fallu deux guerres mondiales pour que soit remis en cause l'idée d'un droit d'État supérieur à tout autre et que soit admis l'idée d'un droit international. Surtout, il a fallu ces terribles conflits pour que l'humanité proclame les principe moraux du respect dû à tout être humain sur la Terre. A l'issue de la seconde guerre mondiale les vainqueurs, Grande Bretagne, États Unis, France et Union soviétique, pour la première fois, mettent sur pied une court de justice pour juger vingt deux dirigeants de l'Allemagne nazie coupables de génocide, pour qu'ils soient inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notion toute nouvelle dans l'histoire juridique de l'Occident. Le procès de Nuremberg de novembre 1945 ne se contente pas de condamner les acolytes d'Hitler, il affirme pour la première fois à la face du monde qu'attenter massivement à la vie humaine est un crime et le crime le pire que l'on puisse concevoir et projeter. Le 10 décembre 1948 l'ONU adopte alors une formulation renouvelée de la déclaration universelle des droits de l'homme qui sert aujourd'hui de référence à des organisations non-gouvernementales comme Amnesty international ou la Ligue des droits de l'homme.

   

 

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Vos commentaires

Questions :

1.  Peut-on dire que par nature l’idée de droit suppose un État ?

2.  La notion de droits de l’homme peut-elle être objective ?

3. Qu’est-ce qui distingue le droit positif des droits de l’homme?. 

4.  Si le droit classique s’occupe de justice objective, au sens de « à chacun selon ce qui lui revient », comment peut-il prendre en compte les droits de l’homme ?

5.  Sans un régime démocratique, dans un pays peut-on espérer un progrès des droits de l’homme ?

6.. Qu’est ce qui distingue le droit naturel des juristes du XVIIIe des droits de l’homme ?

7.  Que faut-il répondre à ceux qui prétendent que les droits de l’homme c’est une ingérence occidentale dans les traditions des peuples non-occidentaux ?

 

 

      © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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