Leçon 54.   Le bien et le mal      pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon  

    Pour l’homme-vital qui ne cherche que la satisfaction du plaisir immédiat, les mots bien et mal ont une consonance gênante. Il aimerait pouvoir profiter de l’existence, sans qu’on lui dise que ceci ou cela est mal, en étant libéré des hésitations et des remises en causes morales. Mais est-il possible à un être humain de vivre sans se poser la question du bien et du mal ? N’est-ce pas se tromper soi-même que d’essayer de se maintenir dans l’inconscience ?

    Or très souvent, l’inconscience nous rend complice d’actes qui sont destructeurs. Nous devons constamment faire des choix et prendre des décisions. Pour cela il faut délibérer. L’homme vital est en nous, mais il est soumis à l’homme-mental. Il ne peut pas nier sa propre conscience et sa pensée. Et cet homme qui pense a besoin de repères du bien et du mal, de principes sûrs de ce qui est bien ou de ce qui est mal. En d’autres termes, pour juger, il nous faut des critères. Mais où les trouver ? Sur quels critères nous appuyer pour distinguer le bien et du mal ?

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A. Morale et tradition

    Partons de la conscience commune et de la manière dont elle envisage la question du bien et du mal. La morale est présente dans la conscience commune dans les mœurs, les comportements mesurés par des normes morales, tels qu’on les considère à l’intérieur d’une culture donnée. Les mœurs ne sont pas une morale. Ils supposent pourtant des règles de ce qui est « bien» ou de ce qui est « mal ». (texte)

    a) ... auprès de la tradition qu’il faut aller chercher refuge. Ou encore, nous nous rapportons aux mœurs tels qu’ils existent en les considérant comme des normes. On se fie d’abord à « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas ». Il y a des comportements socialement admissibles et ils indiquent le « bien » et des comportement inadmissibles qui indiquent le "mal". Nous nous servons en cela du jugement commun, du jugement des autres pour décider du bien et du mal. Le souci du « qu'en dira-t-on » nous porte au conformisme et le conformisme nous ramène vers l’ordre établi. Dans la société traditionnelle, la comparaison était plus fine. Dans un cas difficile on allait vers les hommes du passé. On consultait les anciens du village pour leur demander conseil. (texte) Il est en effet important que subsiste un lien et même un courant de sagesse entre la génération ancienne et la génération nouvelle. La génération la plus âgée fait figure d’autorité en matière de morale et il est normal d’aller lui demander conseil. Parce que les hommes qui ont beaucoup vécu ont davantage d’expérience, ils peuvent éduquer les générations nouvelles. Leur jugement possède une maturité, la génération nouvelle est beaucoup plus à la merci de l’actuel. Or dans notre monde postmoderne, les traditions ont perdu leur autorité. Sous les feux de l’actuel, nous sommes étourdis, nous n’avons pas le recul ni le jugement nécessaire. Consulter la tradition pourrait nous aider, mais qui a vraiment foi dans la tradition ? Consulter la tradition, c’est se référer à des valeurs qui possèdent l’avantage de la durée, à des valeurs qui ne sont pas éphémères. Mais ce que nous privilégions, c’est le conformisme de l'immédiat. Seulement, faire comme toute le monde, est-ce forcément bien faire ? Le conformisme ...

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    c) Ce qui constitue encore par excellence une référence traditionnelle sur le plan des critères du bien et du mal pour la conscience commune, c’est la religion. Le fidèle d’une confession religieuse voit la loi morale comme une loi sacrée. Antigone, dans la pièce de Sophocle, revendique le caractère sacré de la loi morale, contre les impératifs posés par Créon, l’autorité politique. Créon avait interdit d’ensevelir le frère d’Antigone, parce qu’il était traître à sa patrie. Antigone vient mettre de la terre sur son corps par devoir moral. Les lois éternelles des dieux veulent que l’on respecte les morts. L’autorité en matière de bien et de mal vient de la religion et la moralité conduit Antigone à violer la loi de l’État. Toute religion pose pour ses fidèles des interdits et des prescriptions. La conscience religieuse voit dans l’immoralité le péché (texte) et dans l’accomplissement du devoir l’obéissance à un commandement divin. La conscience religieuse interprète la question morale en terme d’exigence religieuse pour le salut de l’âme. Pour le fidèle, l’autorité des Écritures est un critère suprême. Il possède grâce à elle des repères. Consulter les préceptes de sa religion, c’est disposer de critères du bien et du mal. Vivre en homme religieux, c’est aussi essayer d’appliquer des principes à sa vie, ceux du christianisme, de l’islam, du judaïsme etc. La religion est le plus souvent perçue comme une morale concrète ou sa garantie (texte).

    L'inconvénient, c'est que le caractère sacré du devoir et la référence religieuse sont pour la plupart d'entre nous peu convaincants. La modernité de nos sociétés s'est bâtie en cherchant à émanciper la morale de la religion. Notre morale est d'abord laïque, même si elle peut aussi recevoir l'appui d'une autorité religieuse. Avec les religions, nous sommes placés devant des autorités relatives. Il y a beaucoup de doctrines religieuses différentes et d’une religion à l’autre les critères du bien et du mal, les justifications fondamentales ne sont pas les mêmes. Il ne nous semble plus du tout évident aujourd'hui, comme cela pouvait l'être au XVIII ème, qu'en dehors de la religion, il n'y a pas de morale ; au contraire, nous admettons que la morale dans son essence transcende les croyances religieuses. La modernité a rejeté la nécessité du lien entre morale et religion.

    d) Que reste-t-il quand la tradition a perdu sa place, quand l’influence des grands hommes ne parle plus à la conscience commune, quand la religion a cessé de revêtir le caractère d’une autorité ? Que reste-t-il quand les hommes n’ont même plus conscience de ce que représente la morale ? Il reste au moins la référence à la loi ! Posons la question aux adolescents d’aujourd’hui : Comment distinguer le bien et le mal ? Nous ne pouvons pas être vraiment surpris d'entendre : « le bien c’est ce qui est permis, le mal ce qui est défendu » ; sous-entendu : « c’est la loi qui dit ce qui est bien ou ce qui est mal et la loi, et la loi nous est imposée par la société ». La morale est vue comme une contrainte nécessaire à laquelle il faut se plier, comme on doit se plier aux contraintes imposées par la loi. Certes, voir dans la loi une indication du bien et du mal n’est pas inexact. La loi s’appuie effectivement sur une morale, la morale civique. Rester en accord avec la loi du pays dans lequel on vit est un minimum que nous puissions faire pour tout de même rester intègre. En général, rester en accord avec la loi, est déjà un degré de moralité, mais c'est une indication du bien et du mal qui reste très vague. Mais là encore, la difficulté revient. N’y a-t-il pas une différence entre ce qui est légal et ce qui est moral ?

B. Le bien comme utilité sociale

   

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Vos commentaires

Questions:

1.  Est-ce de manière accidentelle que le conformisme peut être immoral?

2. Dans quelle mesure la tradition est-elle un appui pour le jugement moral?

3. Pourquoi la confusion entretenue entre « légal » et « moral » est-elle inquiétante?

4. Cette idée de Durkheim de la conscience morale comme « voix de la société en nous » a-t-elle un réel contenu intuitif ou bien est-ce une simple théorie pour expliquer la notion de devoir?

5. Le drame de notre monde contemporain, n’est-ce pas le sentiment qu’il n’y a plus de règles?

6.. Le bien et le mal peuvent-ils se mesurer à ce que subjectivement je trouve bien ou mal?

7. Pourquoi n’y a-t-il pas d’évidence en matière de morale?

 

      © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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