Lecon 305.   Médecine intégrale et pandémie       pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon

La santé se dit en sanskrit svasthya, où sva indique le Soi, la racine STHA désigne, comme toutes les racines sanskrites une action, ici celle de « se tenir ». Elle est parente de l’anglais stand, à l’allemand stehen, au français stase. L’ek-stase chez Heidegger, est une tenue de conscience au-dehors, dans l’extériorité. L’opposé est l’enstase, se tenir au-dedans rassemblé dans le Soi, ce que désigne exactement le mot samâdhi. Ces différents éléments ont quelque chose à nous dire pour nous aider à discerner au mieux l’essence de la santé, tant mentale que physique. La santé a visiblement un rapport avec un équilibre en soi-même, tandis que la maladie traduit un état de déséquilibre et c’est vrai, autant au niveau u mental, qu’au niveau du corps.

Ce qui nous conduit à une compréhension du sens de l’art médical dont les incidences sont très profondes. L’art de soigner est médical, mais le médecin soigne à partir de ce qu’il sait et dans le cadre conceptuel qui est le sien. Il a par exemple une grande différence entre le background de la médecine chinoise ou l’Ayur-veda et le de la médecine occidentale conventionnelle. Une différence de point de vue dans la manière de considérer la santé, la maladie et le sujet que l’on dit en bonne santé ou malade. Ken Wilber a proposé de distinguer quatre quadrants majeurs dans lesquels situer les approches thérapeutique, l’ensemble des quatre constituant la médecine intégrale.

Nous allons dans ce qui suit tenter d’appliquer la théorie de Wilber au contexte de la pandémie du corona virus. Les circonstances sont très émotionnelles et nous aurions pu attendre un retour au calme pour proposer ces analyses. Néanmoins, cela vaut la peine de tenter sur le vif d’en parler, quand bien même nous serions en présence d’éléments très sensibles dans le contexte présent. Le but ici est seulement d’ouvrir notre perspective sur la crise actuelle. La question qui sera traitée ici est : que nous dirait une médecine intégrale sur la pandémie ?

 

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A. Le point de vue objectif sur la pandémie, le quadrant SD

Wilber souligne que « la médecine est probablement le domaine où l’application des quadrants est la plus immédiate », en effet, comme nous allons le voir, nous pouvons facilement situer nos perspectives dans chacun d’eux, ce qui nous permettrait de bien comprendre dans quel cadre opère la médecine conventionnelle qui monopolise toute notre attention aujourd’hui.

Individuel

Intérieur « Je »

Sentier de gauche

SUBJECTIF

Véracité

Intégrité

Crédibilité

Extérieur « cela »

Sentiers de droite

OBJECTIF

Vérité

Représentation

Propositionnel

collectif

« Nous »

Légitimité

Adéquation culturelle

Compréhension mutuelle

Justesse

INTERSUBJECTIF

 

« Tout cela »

Adéquation fonctionnelle

Toile de la théorie des systèmes

Entrelacement des systèmes sociaux

INTEROBJECTIF

 

1)     Commençons par un bref rappel. Le tableau suivant donne une vue d’ensemble. « La médecine conventionnelle, ou « orthodoxe », est une approche caractéristique du quadrant supérieur droit (SD). Elle traite essentiellement l’organisme physique, au moyen d’interventions physique : chirurgie, médicaments, et modifications comportementales. La médecine conventionnelle croit principalement en des maladies physiques ayant des causes physiques, c’est pourquoi elle prescrit essentiellement des interventions physiques ». Il faut insister sur le mot « croit », car effectivement il s’agit d’une croyance de base qui sert de fondement à tout le système médical conventionnel.

Or, c’est là une difficulté majeure car une croyance de base peut difficilement être vue en tant que croyance, car, comme toutes croyance de base, elle est identifiée à la vérité et non comprise comme un point de vue sur la vérité. Toutefois, l’apport de la théorie des quadrants a cet avantage de nous apprendre à nous déprendre des prises de positions rigides, à mieux resituer nos croyances à l’intérieur de leur système conceptuel qui le supporte. Elle montre en tout cas qu’elles dépendent entièrement d’une perspective particulière et qu’il en existe trois autres différente et qui sont complémentaires. Donc, pour faire simple, le quadrant supérieur droit « représente à proprement parler un quart de l’équation » de l’art médical.

Nos représentations dans le quadrant SD sont l’héritage du paradigme mécaniste de la  Modernité, elles sont modelées sur une manière de concevoir le monde matériel issue de la physique classique, physique qui sous-tend toute l’entreprise de la biologie orthodoxe, le paradigme dominant de la science normale, pour parler comme Thomas Kuhn. Dans ce paradigme, on admet une séparation nette du sujet et de l’objet, on pense dans la dualité et dans une causalité linéaire. Toute l’attention est focalisée sur de domaine de l’objectif et le subjectif est mis entre parenthèses ou plus ou moins considéré comme négligeable. Une maladie doit dans le principe être causée par un objet externe, l’agent infectieux qui en est porteur et elle affecte un autre objet global qui est le corps du malade dont la machinerie interne désorganisée devient au stade pathologique. A charge au corps médical de le guérir. Le virus est l’agent qui, contracté de l’extérieur, attaque le système immunitaire de l’organisme ; son empire provoque la maladie, sa victoire peut conduire jusqu’à à la mort ou provoquer de graves séquelles. L’analyse biologique SD devra donc, en suivant des protocoles rigoureux, isoler l’agent infectieux, expliquer son mode d’action, ce qui ouvre la voie à un traitement pour le combattre et l’éliminer. - Notons bien ce vocabulaire guerrier typique de la relation conflictuelle de la dualité.

On distinguera alors le traitement par l’utilisation de molécules chimiques efficaces dans un médicament, du vaccin qui consiste à tromper l’organisme en lui administrant une version affaiblie du virus capable toutefois de solliciter la production d’anticorps qui vont faire en sorte que l’organisme du patient acquiert des défenses solides et ne soit pas atteint. C’est de nécessité, et dans cette guerre, le traitement est dans l’urgence le remède la plus important, le vaccin demande beaucoup plus de temps, souvent des années de préparation. Il est possible que lorsque le vaccin est enfin disponible, l’épidémie elle soit déjà passée.

Il est inutile de développer, nous sommes tous très au fait de cette manière de penser. Il est très facile de comprendre l’approche du quadrant SD, nous baignons dedans depuis l’enfance, comme un poisson dans l’eau. Toutes les analyses de la biologie et tous les commentaires journalistiques mainstream sur la pandémie sont inscrits massivement dans quadrant SD. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes ignorants à cet égard, personne ne l’est, nous serions plutôt surinformés dans cette seule optique.

En découle néanmoins logiquement les mesures SD prises par le corps médical et les mesures politiques. Si en effet, la pandémie est comprise comme causée par un agent venu de  l’extérieur (de Chine) un virus particulièrement agressif et contagieux, la réponse objective est de contrer l’envahisseur et d’éviter sa propagation. Dans ce modèle, le sujet humain est fondamentalement passif et impuissant, c’est juste un « patient » parmi d’autres qui ne fait que subir une agression dont il faut le protéger. La solution qui s’impose est donc de l’isoler pour éviter tout contamination. D’où le recours à des masques, des tenues de protection, à la désinfection systématique etc.

2) D’où le concept de confinement. Notons que le terme de confinement appartient à un registre de vocabulaire policier où la dualité intérieur/extérieur est renforcée. Il s’agit de réduite l’espace de liberté face à une extériorité dangereuse, les confins des limites finies pour des individus que l’on met dans un enclot dont ils ne doivent pas sortir car il y a menace. Pas de confinement sans contrainte, que celle-ci soit imposée par la force ou librement acceptée. Lors de la traite des noirs dans le commerce triangulaire, les esclaves étaient confinés dans des espaces clos dans des conditions d’hygiène épouvantables dans (des forts qui existent toujours en Afrique) avant d’être embarqués sur des navires vers l’Amérique. La rafle du Vel d’hiv était une mesure de confinement des Juifs. En prison, les détenus jugés très dangereux sont confinés dans des quartiers de haute sécurité.

Dans le domaine de la santé navale, en raison de la présence à bord d’un navire d’une maladie infectieuse, on impose la quarantaine, ce qui implique le confinement de tout l’équipage et des passagers sur quarante jours pour empêcher que la maladie se répande. On réduit donc le mouvement des porteurs potentiels de maladie en les obligeant à rester à bord, le temps, qu’après des mesures sanitaires, on soit bien certain qu’il n’y a plus de risque à les laisser débarquer. Ce qui peut inclure éventuellement des mesures violentes des autorités portuaires, (même contre le capitaine Haddock dans Tintin !). Mais les passagers peuvent accepter la contrainte, ce qui réduit la nécessité de l’imposer par force. Notons cependant que si nous étions en présence d’une épidémie affectant l’animal, il n’y aurait pas autant de diplomatie. Le confinement imposera d’abord des clôtures pour empêcher par exemple que les sangliers porteurs d’une maladie infectieuse ne risquent de contaminer un élevage. Quand la contamination se produit, l’étape suivante est l’abattage préventif. Nous en avons plusieurs exemples dans si loin de notre actualité comme la grippe aviaire H5N8 et l’abattage massif de canards d’élevage dans le Sud-Ouest en 2016. Entre confinement et abattage, il n’y a pas de césure, c’est une suite logique.

B. Le point de vue interobjectif sur la pandémie, le quadrant ID

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