Leçon 118.      L’idée de Dieu     

    La confusion que notre époque entretient au sujet de l’idée de Dieu est telle que la plupart des penseurs de notre temps hésitent à se servir du mot. Le mot Dieu est un mot dont la charge émotionnelle est puissante. Il condense les rivalités et les divisons des religions qui en revendiquent une révélation exclusive. Il est le drapeau que l’on brandit dans toutes les guerres pour justifier des atrocités. Il est le symbole suprême de l’argument d’autorité. D’un côté, on s’en sert pour interdire par avance toute réflexion. De l’autre, on a prêté à Dieu dans la religion tant d’intentions malignes et revanchardes que le bon sens lui-même veut que l’on se détourne d’une idée aussi confuse. Ce qui sous-De la religion à la spiritualitéentend que la saine raison a de toute manière son mot à dire.
    Cependant, dans notre monde postmoderne où l’indifférence à l’égard de la religion est un état de fait, il reste que les mythes culturels qui lui sont rattachés continuent d’alimenter des croyances qui, elles, ont une redoutable efficacité. On ne peut donc pas échapper à l’interrogation sur l’idée de Dieu. La question de Dieu concerne même l’incroyant qui se détourne de la religion car le monde en tant que tel reste gouverné par des principes tirés de la religion. Contre toute attente, nous devons revenir sur l’idée de Dieu, pour l’examiner de plus près, voir ce que la religion en a fait, et nous demander si une bonne part des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas liés intrinsèquement à la représentation de Dieu, représentation qui continue de conduire de manière souterraine nos croyances actuelles
    Peut-il y avoir une représentation rationnelle de Dieu ? Les religions ont-elles le monopole de la réflexion sur Dieu ? Que peut nous apporter un examen sérieux de l’idée de Dieu ?

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A.  Dieu des religions

    On peut supposer, en raisonnant de manière anthropologique, qu’à ses débuts l’humanité ne pouvait conceptualiser directement l’idée de Dieu ; surtout pas de manière rationnelle. La religion primitive ne dépend pas de la révélation. Il y a cependant  un lien entre l’appréhension archaïque de Dieu et sa mise en forme régulière sous la forme des religions. Si on veut résumer ce que l’anthropologie dit des origines primitives de l’idée de dieu, on peut en tirer ceci :

    1) Les hommes ne comprenaient pas les aspects de la vie qui les entouraient. Ils savaient par contre, sans aucun doute, qu’il y avait de la Vie et qu’ils en faisaient partie. Ils étaient d’emblée très spontanément animistes. Cette chose étrange qui les entourait, qu’ils ne comprenaient pas, leur apparaissait sous la forme de la pluie, du vent, du soleil, des plantes, des insectes, des animaux, sous une forme spectaculaire des feux de forêts, des éruptions, du tonnerre et de la foudre. L’homme primitif ne savait rien de tout cela. Il ne savait pas le pourquoi des phénomènes. Pourquoi les hommes mouraient, pourquoi la Nature pouvait se déchaîner dans des orages, des ouragans, des sécheresses qui pouvaient tout détruire. Dans une existence harassante, en butte à de constantes difficultés, où la survie était si difficile, il était naturel de chercher une protection. L’homme primitif ...

    Il fallait qu’il y eu une puissance dans cette manifestation, une puissance qui se produisait dans tout ce qu’ils pouvaient trouver de bien et de mal dans leur vie. Le fait d’être en permanence plongé dans le milieu de la Nature, de voir s’y succéder les cycles de jour et de nuit, les cycles des saisons, de voir les fleurs s’épanouir périodiquement et les feuilles tomber, dû porter spontanément les hommes à déifier la Nature. Il devait y avoir une sorte de force animée, un esprit dans chacun des phénomènes de la Nature. Les hommes imaginèrent donc sans difficulté un dieu de la pluie,  un dieu du soleil, un dieu de l’océan, un dieu du feu, etc. La Nature était peuplée de puissances. Les dieux devaient accomplir toutes choses, et comme on ne comprenait rien à tout cela, il fallait penser que les dieux agissaient selon leurs humeurs et leurs caprices. Les hommes pensèrent qu’il fallait influer sur les humeurs des dieux et leur plaire pour qu’ils deviennent favorables. Il fallait les proprier correctement pour qu’ils exaucent les vœux des hommes. Il fallait un sorcier dans la tribu et une magie pour relier le monde humain aux puissances célestes. Ainsi devaient naître toutes sortes de rituels pour invoquer l’esprit des dieux. Il fallait apaiser les dieux courroucés, il fallait honorer les dieux, il fallait tenter d’amener les dieux à satisfaire les demandes des hommes. Ainsi naquirent et se multiplièrent les rites de fertilité, les rites des saisons, les rites du passage de la mort etc. Ainsi se formèrent ce que maintenant on appelle les « coutumes païennes ». Qu’il y ait une puissance de la Nature n’était certes pas en soi une idée fausse. Par contre, que la puissance de la Nature se comprenne à la manière des colères, des attentes, des besoins, des passions des hommes était tout à fait autre chose. (texte)

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    © Philosophie et spiritualité, 2005, Serge Carfantan.
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