Leçon 281.   L'aventure      

    Si rien n’advenait dit Saint Augustin, (texte) il n’y aurait pas d’avenir, de même, si rien ne passait, il n’y aurait pas de passé. Toutefois, le passé n’est plus, il n’était réel et vivant qu’au moment où il était le présent et donc pas du passé, en soi il n’est donc rien, il a disparu dans les limbes du temps. De manière identique, le futur n’est pas encore, il ne deviendra réel qu’en devenant présent et pas comme du futur, il n’est donc rien. Non-être d’un côté, non-être de l’autre. A l’inverse, le présent jouit de toutes les prérogatives du réel, il nous offre ce qui est ici et maintenant. La plénitude de la Vie est ici et maintenant et nulle part ailleurs.

    Mais encore faut-il que cette vie ne soit pas endormie et végétative ! Sinon, nous aurions tout juste la sensation d’exister comme un légume et pas le sentiment de vivre.  Il y a comme un frémissement, une excitation capable d’électriser le présent en lui donnant une direction presque magique, une tension source de désirs : c’est l’aventure ! Le mot est d’emblée marqué dans le rapport au futur, l’aventure c’est ce que nous imaginons qui doit advenir. Avec un zeste de prémonition, d’attentes, d’énergie et de passion. Le mot invite au voyage, évoque le navire, la traversée des mers, les aléas, les difficultés et les rencontres. Un changement qui mûrit et transforme. Mais un changement qui comporte des risques. Que la déesse Tyché nous inspire la fortune si nous partons en voyage, qu’elle protège les aventuriers ! Qu’elle nous préserve des coups du sort ! 

    Nous sommes donc avertis. Il y existe un rapport subtil entre l’extase vitale, la conquête du temps et l’aventure. Mais est-ce à dire que pour nous sentir vivre vraiment, nous devions nous embarquer et partir ? Comme Ulysse dans l’Odyssée ? L’aventure consiste-t-elle à provoquer par avance toutes sortes de changements en prenant la route ? Vers l’inconnu, comme dans Au cœur des ténèbres de Conrad ? Est-elle par essence extérieure ? Ou bien n’avons-nous pas quelques raisons de penser qu’elle se situe surtout dans le rapport à soi ? la vie, pour être pleinement vécue, doit-elle être vécue comme une aventure ?

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A. Sortir des cadres conventionnels

 

    Assurément, il ne saurait y avoir d’aventure pour qui cherche à tout prix à se maintenir dans un espace de conformisme bourgeois, en ne quittant jamais ses pantoufles. Métaphysiquement, nous pouvons dire que l’existence humaine est dans l’état de veille est supporté par trois piliers : celui du temps, de l’espace et de la causalité. Or, si pour l’homme un peu timide ou pour le bourgeois, ce cadre doit rester normal, ce que nous allons voir, c’est que justement l’aventure chamboule les repères, provoquant un effet de dépaysement dans tous les sens du terme. Mais est-ce bien ce que recherche l’aventurier ?

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  © Philosophie et spiritualité, 2017, Serge Carfantan,
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