Leçon 86.   Le don et l’échange    

     Le monde postmoderne dans lequel nous vivons est lié à un système économique qui est le capitalisme. L’essence du capitalisme est l’accroissement du capital, c’est-à-dire du profit. Dans l’échange, cela signifie que l’homme postmoderne est l’homme du profit, par essence le profiteur : le consommateur profite des solde, profite des avantages sociaux, tire profit de ses droits au point de devenir procédurier à outrance, tire profit de la société et attend de l’État qu’il satisfasse à ses besoins pour « profiter de la vie » comme il le dit si souvent.

   Or profiter, c’est exactement le contraire de donner. Profiter, c’est extorquer, exploiter, tirer parti de, chercher un avantage, rechercher son seuil intérêt, c’est au fond se comporter en prédateur avide dont le seul objet est la consommation de l’objet de ses désirs, ou la recherche d’un plaisir. Les enseignants se plaignent souvent de voir en face d’eux des élèves qui se comportent devant le savoir comme des consommateurs, qui attendent que tout leur soit mâché, pour profiter au maximum de ce qu’il leur est fourni… tout en se donnant le moins possible eux-mêmes. Donner, c’est tout le contraire de profiter, parce que dans le don, on n’attend pas de retour. La mère donne son affection à son enfant, l’entoure de soins, quand elle aime son enfant, ce n’est pas, pour profiter des sentiments et se faire payer en retour, car l’amour est un don de soi, qui se réjouit du seul fait de donner.

   La question qui se pose à nous est donc de savoir si, par delà le système économique du capitalisme, le don a sa place dans l’échange, ou bien s’il n’en fait pas partie, mais doit être considéré à part. Le don est-il une forme de l’échange ?

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A. Donner pour recevoir

    D’un point de vue du fonctionnement notre économie, il n’est pas évident que le don fasse partie de l’échange. Ce n’est pas sur la base du don que l’homme actuel pense l’échange, mais avec une motivation qui tient dans une formule : « donner pour recevoir ». Donner pour recevoir imprime une intention particulière dans l’échange. Cette intention n’est rien d’autre que celle de l’ego qui cherche à tirer profit de l’échange.

    1) Si, cela ne tient qu’à moi, je veux me faire payer de retour pour ce que j’ai donné ; en sorte que la raison même de l’échange n’est pas dans ce que je donne mais dans ce que, moi, j’attends, donc dans une rétribution sur ce qui peut dès lors s'appeler ma contribution à l’échange. Cette acception de l’échange est très commune, elle se rencontre partout, de la sphère familiale, à la sphère sociale, communautaire et politique. Que dit l’homme vital ? « Moi, je veux bien travailler 45 heures, et donner encore plus de mon temps, mais je veux être payé pour cela et en heures supplémentaires, sinon, ce ne serait pas juste ». Donc, je veux bien « donner », mais  pour être payé en retour de mes services. Je veux bien donner, mais il faut que mon don soit reconnu. J’entre dans l’échange, de manière intéressée par le profit que je pourrai en tirer. Ce qui m’importe par-dessus tout dans l’échange économique, c’est en définitive d'accroître ce qui m’appartient, en avoir toujours plus, recevoir d’avantage, arrondir mes fins de mois, me payer une piscine ou un chalet en montagne, une nouvelle voiture, refaire le carrelage de la salle de bain ou assurer ma retraite. (texte) C’est là que je trouve un intérêt à échanger, en pensant à ce profit que je vais pouvoir en tirer ensuite.

    Il n’est pas surprenant, en partant du fait social de l’échange, que même les études sociologiques sur le don, n’y voient pas un geste unilatéral, mais le conçoive dans la perspective d’un retour, le don appelant alors une contrepartie, ce que Marcel Mauss appelle le contre-don. Le don n’est alors que la moitié d’un échange, moitié qui n’existerait pas sans sa contrepartie. Selon Mauss en effet, le don crée une obligation pour chacun des partenaires, l’obligation de recevoir et aussi l’obligation de rendre. Il est très difficile de refuser un cadeau d’un ami, sans se sentir dans l’avenir obligé de lui rendre la pareille. Tout don créant une dette, institue moralement un échange qui pose la promesse d’un retour du service rendu. La différence avec l’échange marchand est cependant assez claire : dans l’échange marchand, le prix est fixé, on peut négocier et la démarche s’appuie surtout sur une demande. Dans le don, on ne négocie pas, il n’y a pas de prix fixé et la démarche relève de l’offre et non de la demande. L’échange marchand fonctionne à la manière d’un contrat légal.... Le don implique un contrat moral dans la dette qu’il instaure, il implique un service en retour. Les conquérants de l’Amérique emportaient des verroteries pour les donner aux indigènes, espérant par là en retour d’être traité de manière amicale, voire d’obtenir une aide de leur part. Celui qui accepte le don, accepte donc un engagement. Si je refuse un cadeau qui m’est fait en le retournant à celui qui me l’a donné, je refuse de me sentir engagé à son égard. Je peux de la sorte maintenir la permanence de l’hostilité... Si mon intention est seulement l’inimitié ou la violence, je vois dans le don qui m’est fait un piège et une dépendance que je refuse. Pour ne pas avoir à rendre, je ne dois pas accepter de ne pas recevoir. Mais je supprime par là tout échange et je renie la relation. (document) Accepter un don n’est pas neutre. Un parlementaire qui accepte les cadeaux d’un propriétaire de casino se compromet. En ce sens, le don fait bel et bien partie de l’échange et des règles économiques. (texte)

   --------------- Ce que Mauss tire, dans son Essai sur le don, de l’analyse des formes du don, c’est l’idée que la réciprocité est un a priori fondamental de toute relation humaine, autant dans l’échange marchand que dans le don. Où est alors la différence entre l’échange marchand et le don ? D’un côté, on peut observer que la principale caractéristique de l’échange marchand c’est son caractère objectif. Il en reste à la passation objective. Ce que Mauss en retient, c’est qu’une fois la prestation effectuée, les partenaires se libèrent de toute obligation. Le salarié repart le soir, il a fait son travail. Cela s’arrête là, il s’est libéré de l’obligation envers son employeur... Le vendeur assure ses prestations dans le cadre du contrat. Un point c’est tout. Ce qui se passe après, cela regarde ne le regarde pas. Si le client casse l’aspirateur ou se coupe avec la tondeuse, ce n’est plus son affaire. Une fois que l’objet est payé, le client et le vendeur sont quittes. ..A l’inverse, dans le don, non seulement la relation est plus subjective, mais et le don crée une obligation mutuelle qui maintient durablement la relation. Dans une transaction marchande, parce que la transaction est objective, les partenaires n’ont même pas à s’occuper des intentions de l’un et de l’autre, seuls comptent les éléments mesurables de la transaction. Ils sont quittes une fois que la transaction est faite. Dans le don, l’intention subsiste comme un lien invisible..: « J’ai une dette envers Pierre, un jour il m’a sorti du pétrin et je lui doit quelque chose ! Sorti du fossé, je lui ai dit ‘je te revaudrai cela’ ». « Ce qu’il a fait pour moi, je dois le faire pour lui ». Le don laisse derrière lui une relation privilégiée entre deux personnes, voire entre une personne et une communauté. La dette corrélative au don se différencie donc de la dette marchande. La dette marchande, celle du ménage surendetté, est une dette négative et objective qui symbolise un manque. La dette du don est une dette positive qui symbolise une relation particulière de confiance entre personnes. Pour Mauss, le don fait partie de l’échange ; il favorise l’échange, mais dans un esprit opposé à l’esprit du commerce. Selon Mauss, le don est avant tout fondé sur des valeurs immatérielles telles que le prestige, la popularité, la fidélité loyauté ou l’amitié. Il crée des valeurs de lien, tandis que l’échange marchand ne crée que des valeurs utilitaires. Mauss interprète ...

    2) Seulement, le problème c’est que pour notre part, nous fonctionnons sur l’échange des valeurs matérielles. Si les hommes acceptent de vivre en société, sur le fondement des exigences de l’ego, c’est avant tout pour des raisons utilitaires. Dans un système économique strictement utilitariste, tel que le nôtre ; fondé sur une interprétation de la valeur en terme d’argent, nous sommes par avance conditionnés à nous représenter l’échange comme échange marchand. En poursuivant de manière systématique la recherche de leurs satisfactions privées, les hommes ont inventé, ce qui s’avère être la forme la plus efficace de l’échange, l’échange marchand. Celui-ci s’est implanté dans le système du travail, le salariat, le tout encadré par le commerce et la monnaie. Dans l’échange marchand, le capitalisme moderne ne fait que généraliser le souci exclusif de l’intérêt privé. Le concept de l’échange marchand s’insinue partout, là même où il y avait autrefois une gratuité, une disponibilité pour tous. Difficile de se promener librement dans les grandes villes. Tout est privé. Rares sont les espaces publics, même loin des zones urbaines. Il faut payer pour mettre les pieds sur la plage, payer pour longer une rivière, aller aux toilettes, regarder un paysage, ou s’asseoir sur un banc ! Acquisition de bien, loisir, travail, repos, naissance et mort, il semble que toute activité humaine devient de fait soumise aux lois d’un marché. De sorte que, dans le monde postmoderne, l’échange marchand ne laisse plus vraiment de place à la relation du don. D’ailleurs, ni la réciprocité morale, ni les valeurs immatérielles n’y jouent un rôle vraiment significatif, car ce qui en détermine la logique, c’est d’abord le profit. L’objectivation de l’échange. En conséquence, le don n’occupe dans nos sociétés qu’une place marginale, à côté de l’échange marchand devenu la seule forme réelle de l’échange. Et c’est bien de cette façon que communément nous l’entendons. Pour la plupart d’entre nous en effet, l’opinion qui semble aller de soi, c’est l’équation : échange=échange marchand. Est-ce seulement pour nous dédouaner de notre mauvaise conscience que nous disons,qu’heureusement, il y a toujours à côté de l’échange marchand, des actes de bonne volonté ? Est-ce parce que nos échanges sont avant tout marqués par l’avidité et l’égoïsme frénétique, que nous avons gardons un certain respect devant l’altruisme ? Devant la générosité ? Je vais au supermarché pour remplir mon caddie, mais je donne une pièce à la sortie pour une œuvre caritative. Je consomme passivement de la télévision, mais je téléphone pendant le Téléthon. Je fais les magasins de luxe, mais je porte des vêtements et des chaussures, des médicaments aux organisations humanitaires. Il n’y a pas pour de confusion dans mon esprit, ce n’est pas sur le même plan, les motivations ne sont pas les mêmes.

    De même, la distinction entre le don, le vol et le prêt est très nette. Donner n’est pas prêter, ce qui m’a été prêté ne m’appartient pas. J’ai le devoir de le rendre et je n’ai par le droit de le conserver comme s’il s’agissait d’un don. Ce serait trahir le contrat moral de confiance qui me lie avec une autre personne, contrat qui n’a rien à voir avec le sentiment d’obligation de la dette. Si je garde le livre que Pierre m’a prêté, je le vole, je nie la propriété d’une autre pour en faire la mienne. C’est une faute morale. (texte) Le prêt peut-être marchand. On me prête une voiture de remplacement en cas d’accident, en attendant que ma voiture soit réparée. Il peut aussi être non marchand : mon voisin me prête son taille-haie électrique pour couper les sapinettes. Le prêt, comme le don, est inscrit dans la relation humaine de réciprocité. Cependant, il suppose fondamentalement comme sujet la conscience de l’ego et son sens de l’appartenance. Comme chaque moi se différencie d’un autre moi, ...

B. Échanger et distribuer

    Il est vrai que l’ego lui-même, en tant qu'individualité sociale, est pris dans un système de relations économique qui a aussi sa logique. Celle du marché. Or le marché, tel que le définit le capitalisme, a une vocation essentielle, l'accroissement du capital sous la forme du profit. Si on en restait seulement au concept de profit, la relation avec la conscience serait très simple. - Profiter est un terme qui appartient au registre de l’avidité de l’ego -. Cependant, le marché, dans sa logique interne, n’est pas seulement gouverné par l’échange entre les personnes. Il forme un système et un pouvoir.

    1) Ce pouvoir règne sur la consommation et sur le travail. La logique du marché financier, en visant à accroître la valeur actionnariale, dicte sa loi au marché du travail. Qu'importe s'il faut licencier des milliers de personnes, quand il faut redresser la valeur d'une action en bourse, en se débarrassant de secteurs d'entreprises jugés peu rentable ! Et le profit n’est même pas fait pour une traduction sous la forme de consommation individuelle d’objets de luxe. Il reste dans l’abstraction. Les capitaux en bourse. En déroulant jusqu’au bout cette logique, on parvient à un point où la loi du marché ne consiste même pas à dégager du profit, mais à surtout viser l'accroissement du profit. Cet accroissement n’a d’autre référence que lui-même en tant que système. Il ne concerne pas la sphère de la Vie. Profiter veut dire accroître sa part du gâteau. Du fait même de l’introduction du système économique capitaliste, il y a une déconnexion entre la sphère financière qui centre son activité sur la bourse et la sphère réelle de la vie, celle des besoins humains, de l'échange des services, de la prospérité collective, du vécu de chaque homme en ce monde. Dans un système économique capitaliste, le marché devient son propre objet et met l’économie au service de son propre empire sous la forme de la spéculation, en faisant tourner en rond la valeur, indépendamment de la vie qui l’a produite.

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    Pourtant, même quand nous ne faisons qu'aller chercher une baguette chez le boulanger, nous échangeons toujours au-delà de l’échange marchand. Nous échangeons quelques mots, un sourire, une connivence parfois. L'acte de l’achat déborde le seul intérêt économique. Il ne reste plus rien de cette relation au supermarché, qui réalise davantage l'essence de l'objectivation du capitalisme. Le contact humain est simplifié, limité au strict minimum : pas le temps de parler avec la caissière (quand il y en a une !). Le vendeur est débordé, il ne s'occupe que de questions techniques, ne voit face à lui que le client. Il est obnubilé par le chiffre d'affaire de son rayon. L'essentiel de la relation tient dans la sollicitation d'achat et sa traduction chez le client par un caddie bien plein, chez le chez de rayon par une chiffre d’affaire en hausse. La relation humaine a été objectivée et l’échange sur le fond est devenu marchand. Dans le monde postmoderne dans lequel nous vivons, la sphère du non-marchand s'est réduite comme une peau de chagrin. « Tout s'achète, tout se vend, l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi » écrit F. Beigbeder au début de 99F. Tout est consommable et consommé, tout est denrée périssable, on dit d’ailleurs « des consommables » pour certains produits. Y compris l'éducation ! L'élève va en classe en consommateur. Il exige un bon rapport qualité-prix : qu'on lui serve de quoi avoir son bac, sinon il va se plaindre ! Il se comporte comme un consommateur et voit dans le professeur un distributeur de savoir, comme il y a des distributeurs de boisson ! Il ne voit pas la personne qui donne souvent son cœur à la tâche, qui donne son temps et son travail ; de même que le consommateur ne voit pas la caissière, pas la femme au travail, elle qui donne de sa vie pour recevoir un si maigre salaire. On râle contre la caissière et le mauvais service après vente en oubliant la vie subjective, pour ne regarder que l’argent et son investissement. Comme on râle contre les professeurs ! Ce « on » a été bien dressé, il est le sous-produit de la société de consommation, le dernier avatar du capitalisme, l’ultime triomphe de la culture de la production de masse. Celui qui correspond à une vitalité frustre, à une subjectivité avide. Michel Henry dans Du Communisme au Capitalisme a des mots durs à cet égard : Cette « subjectivité vide de l’Occident est une subjectivité avide : elle ne tient pas en place. A la manière des poissons dont elle a pris le regard, elle se jette sur tout ce qui bouge, sur les miettes qu’on lui jette, sur tous les leurres. Car on lui a appris à ne désirer que des leurres et des leurres seuls peuvent la combler, - à condition qu’il y en ait toujours d’autres ». L’Occident reproduit la figure de ce que Shri Aurobindo appelle le barbare vital qui a pour dernière idéologie le commercialisme. Aurobindo en donne ce portrait dans Le Cycle humain : « le barbare vital et économique fait sa règle et son but de la satisfaction des besoins et des désirs et de l’accumulation des biens matériels. Son homme idéal n’est pas l’homme cultivé, ni noble, ni réfléchi, ni moral, ni religieux, mais l’homme qui réussit. Arriver, réussir, produire, accumuler, posséder, telle est son existence. Accumuler des richesses et toujours plus de richesses, ajouter des possessions aux possessions, l’opulence, l’étalage, le plaisir, un luxe encombrant et sans art, une pléthore de commodités, une vie dénuée de beauté et de noblesse, une religion vulgarisée ou froidement conventionnelle, la politique et le gouvernement changés en commerce et en profession, les jouissances devenues une affaire, tel est le commercialisme. »

    ---------------Si encore ce genre de mentalité incluait le souci de l’humanité, ce serait au moins une bonne chose, car on ne laisserait crever de faim les deux tiers de l’humanité. Au minimum, on ne laisserait pas dans la misère la plus totale le marginal qui dort sur des cartons, devant des boutiques de luxe. Mais si le capitalisme est parvenu récupérer tout espace vital pour en faire une espace marchand, celui qui n'a pas d'argent, n'a plus d'espace vital. Il ne peut plus rien en ce monde, ni consommer des leurres, ni avoir de quoi vivre, ni même à la limite même avoir le droit de dormir et de s'asseoir. Il est exclu de la satisfaction des besoins et des commodités de la vie, parce qu'il ne participe plus du système de l'échange fondé sur l'argent et le profitLe capitalisme produit nécessairement l’exclusion et non pas de manière accidentelle, mais bien de manière nécessaire. Car il transforme la relation humaine en échange marchand ; or quand vous n’avez plus rien pour payer un service, vous ne pouvez même plus entrer dans l’échange humain. Vous êtes en décalage avec la société. Vous ne pouvez plus que traîner dans les marges et tenter de grignoter les miettes que le système voudra bien vous laisser. Il faut un salaire pour exister ! Avec un salaire on paye, on est un bon consommateur, ce qui est la première identité de l’homme postmoderne. Si je n’ai pas d’autre identité que se passe-t-il ? Si je ne peux même pas consommer, je ne suis plus rien ! Je n’existe plus dans aucun rôle qui me permettrait une élémentaire reconnaissance. ...

    2) Toutefois, pour une société,produire des exclus reste moralement insupportable. Le visage de la misère est toujours une insulte au regard du profit démesuré et du luxe tapageur. Et il appelle son contraire. Même dans le contexte du profit, on voit que le don persiste et même il persiste  à une grande échelle. Est-ce, par une sorte de mouvement de retour d’un balancier, que notre avidité appelle le don ? Il existe des formes contemporaines du don dans le monde de l’industrie ; mieux, on est très porté à le dire, un marché caritatif (encore c’est invasion de la représentation de l’échange comme exclusivement marchand). Les grandes firmes industrielles ont souvent leur fondation caritative. Les sociologues ont noté que depuis les années 1990, les jeunes managers qui réussissent dans l’industrie électroniques de Californie se sont découvert une passion à travers pour la protection de l’environnement, la lutte contre la pauvreté, l’aide aux communautés ethniques en voie de disparition où les initiatives de communautés locales. Il est assez incompréhensible de voir que l’on puisse ainsi combiner le souci du profit, de la consommation de luxe avec une éthique communautaire. Ce n’est pas seulement une visée d’intérêt bien compris, la philanthropie est un moyen de s’aider soi-même. Ce serait heureux, si le "soi" en question s’étendait à toute l’humanité. Le monde est ma famille en un sens, et aider les autres, c’est s’aider soi-même.

    Ou bien est-ce que la motivation première du don est de payer en quelque sorte sa dette envers la société, comme on l’a parfois avancé ? En effet s’enrichir crée une dette envers la communauté dont on est issu, mais alors on ne donne pas vraiment, on ne fait que s’acquitter d’une dette. C’est un peu comme si on n’était jamais tout à fait quitte de ses dettes, envers ceux qui ont permis que l’on devienne riche et envers tous ceux qui n’ont pas cette chance de la fortune acquise au gréé du marché.

   

 

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       © Philosophie et spiritualité, 2003, Serge Carfantan.
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