Leçon 182.  Recherches sur l'alternative monétaire     

    En 2006, le prix Nobel de la paix 2006 récompense Muhammad Yunus pour son système bancaire de micro-crédits et l’immense service rendu aux plus pauvres en Inde. Signe des temps qu’il est possible de concevoir un fonctionnement de l’argent différent ce que le capitalisme nous a proposé jusqu’à présent. Il est tout à fait concevable que la création de crédit ne soit plus inscrite dans la logique : plus vous être riche et moins cher vous payez  le crédit et plus vous êtes pauvres, plus vous devez vous saigner les veines pour rembourser dans les modalités infernales stipulées dans les contrats. Il est possible d’imaginer un système permettant d’aider les plus pauvres à se construire de meilleures conditions de vie en investissant délibérément dans des projets de petites entreprises locales ou d’artisanat. Bref, de réorienter le système économique pour le mettre au service des hommes et non l’inverse de mettre les hommes au service des intérêts de l’argent.

    Or nous avons vu que la monnaie a une fonction d’intermédiaire entre les biens et les services qu’elle permet d’échanger. Nous avons montré avec Aristote que la corruption de l’échange commençait lorsque le système économique provoquait un renversement par lequel l’accroissement de l’argent, devenant une fin en soi, biens et services se voyaient rétrogradés au rang de simples intermédiaires pour le profit.

    La question est donc de savoir comment il serait possible d’instaurer un système monétaire qui reste au service de l’amélioration des conditions de vie, sans pouvoir être détourné de sa destination. Quels choix faut-il opérer pour édifier un système monétaire au service du bien de tous ?

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A. Le principe de la monnaie locale

    Dans une précédente leçon, nous avons aussi vu que l’État est à la fois trop grand pour gérer les petites choses au niveau local et trop petit pour gérer les grandes, les projets dont la portée embrasse l’humanité et la Terre. Nous avons montré le sens de la formule think global and act local. En économie il y a deux conséquences qui semblent s’imposer : a) nous avons tout intérêt au niveau municipal à adopter le principe des monnaies locales. b) Nous aurions aussi certainement intérêt au niveau global à adopter le principe d’une monnaie mondiale. Nous allons ici concentrer nos investigations sur le premier point pour tenter de mieux en cerner la portée.

    1) Pendant la crise des années 30 eu lieu dans la petite ville du Tyrol autrichien de Worgl une expérience à l’initiative du maire, Michael Unterguggenberger. Voyant se défaire les structures économiques de sa ville et la pénurie se développer en raison des conséquences de la grande dépression, celui-ci décida en 1932, pour relancer l’activité de l’économie, de créer une monnaie locale. La situation n’était pas brillante. Le chômage avait augmenté de 30%. Le gouvernement avait accumulé des dettes de 1,3 million de schillings autrichiens, alors que les réserves en liquidité étaient seulement de 40.000. Michael Unterguggenberger décida de mettre en pratique les théories de Silvio Gesell pour qui l’argent doit être défini de telle manière que ceux qui le possède ait avantage à le dépenser, à le faire circuler et non pas à le thésauriser. On imprima donc 32 000 bons-travail portant un taux d'intérêt négatif de 1% par mois, pouvant être convertis en schillings pour 98% de leur valeur.

    ---------------Le succès fut immédiat. Les bons circulèrent si rapidement, que seuls 12 000 d'entre eux furent en fait mis en circulation. Le système fut accepté facilement par les entrepreneurs et  la population locale. Les bons permirent de réaliser pour 100 000 schillings autrichiens de projets de travaux incluant construction, réparation de routes, ponts, réservoirs, systèmes de drainage, usines et bâtiments. Cette monnaie fut aussi autorisée pour le paiement des taxes locales. Pendant l'année où la monnaie locale fut mise en service, elle circula 13 fois plus vite que le shilling officiel. Le résultat fut un effet puissant de catalyseur pour l'économie. Les arriérés en impôts locaux se réduisirent de façon significative. Le chômage fut carrément éliminé, alors qu'il demeurait très élevé dans le reste du pays et aucune hausse des prix ne fut observée. Le système sitôt mis en place eut donc immédiatement des résultats. La production de biens et de services était accrue, l’accès au crédit simplifié et l’activité économique stimulée. La caractéristique étrange de cette monnaie locale était de se déprécier tous les mois de 1% (on dit que c’est une « monnaie fondante »). Les  gens étaient incités à le dépenser dans le seul circuit où il avait court, c’est-à-dire au niveau local. En seulement un an, l’économie se redressa de manière spectaculaire et la ville de Worgl devint un centre d’intérêt pour les économistes du monde entier qui suivait l’expérience… jusqu’à ce que la Banque Nationale Autrichienne mette un point d’arrêt à cette tentative par une action en justice !... Pour violation de pouvoir sur la monnaie !! Le système disparut en 1933. Il faut dire qu’à une époque de sacralisation de l’État, il fallait une certaine audace pour attaquer ainsi de front la centralisation étatique. Au bout du compte, l’initiateur du projet avait si bien réussi… qu’on l’avait jeté en prison !

     2) En 1982, un canadien résidant près de Vancouver, Michael Lynton, cette fois sans base théorique et seulement de manière pragmatique, tente une expérience du même genre. Lynton est frappé par le fait qu’autour de lui beaucoup de personnes douées de toutes sortes de savoir-faire et de talents, sont réduites à l’inactivité du simple fait du manque d’argent. C’est une situation bloquée de manière irrationnelle dans la mesure où, s’il y a une richesse humaine capable de s’exprimer dans du travail, il est incompréhensible que ce soit le système monétaire qui congestionne en quelque sorte l’échange. Lynton a donc l’idée d’inventer lui aussi un crédit fondé sur la confiance mutuelle court-circuitant l’intervention d’une banque, le Local Exchange Trading System, ou LETS. L’idée de base, c’est que l’échange se développe à l’intérieur d’un système coopératif, le green dollar, au départ équivalent du dollar canadien. Un comptable devait alors enregistrer les montants échangés et informer chacun des membres participants de leurs soldes respectifs.

    Concrètement cela veut dire quoi ? Partons d’un modèle très simple. Échangeons sur la base 1 heure de travail  = 1 heure de travail. Mettons que A est disponible pour garder des enfants. B s’entend assez bien pour tondre la pelouse et tailler des arbustes. C est bricoleur pour peut réparer un robinet qui fuit ou changer un lavabo usagé. D est une très bonne pâtissière tout à fait apte à préparer des gâteaux d’anniversaire pour tout le monde. E possède un grand jardin qu’il adore entretenir et il peut fournir les légumes de son potager. F fait tous les jours un trajet pour aller au travail et peut fort bien déposer au passage G qui lui n’a pas de voiture, H donne des cours de guitare etc.

    Chacun d’entre eux rend un service qui peut entrer dans l’échange collectif. Les participants évaluent par eux-mêmes les transactions. Le système LETS tient la comptabilité des échanges en termes de « débit » et de « crédit ». (5 heures de repassage, 5 heure de jardinage, de plomberie etc.) Le nom de l’unité de compte importe peu, elle sera baptisée localement. Seules les unités rentrent dans la comptabilité. S’y ajoute ensuite bien sûr à côté les frais que le service entraîne (essence, achat du matériel etc.), réglés entre les personnes.  Le LETS diffuse les offres de service des participants, mais n’est pas responsable de la qualité de ces services. Il faut laisser le maximum d’initiative à la relation directe des personnes. L’état des comptes doit être transparent de sorte que chacun puisse à tout moment le consulter et connaître la situation de tous les comptes. Il est bien sûr entendu que les comptes en crédit et débit ne donnent lieu à aucun intérêt. Le système est très souple, les membres ne sont même pas tenus pour accéder à un service d’avoir un compte positif. La relation humaine étant directe, l’accent est mis sur la convivialité. (texte) Il est tout à fait possible d’avoir son compte en négatif quelques temps. Un comité est prévu pour repérer les comptes dont le débit deviendrait trop élevé afin de chercher avec les participants le moyen de les équilibrer. Si A s’est fait réparer la toiture de sa maison et a bénéficié du jardinage de B avec un grand avantage, A propose dans le mois trois heures de garde d’enfant supplémentaire pour équilibrer son compte. Idem pour B qui a eu un gros rhume pendant trois jours et n’a pas pu travailler mais qui peut ensuite etc. Avec un réseau créateur de lien social et qui ne passe pas par une gestion de type étatique, la confiance joue facilement, tout le monde y trouve son compte et en fait il y a très peu d’abus. Les participants d’un système d’échange local ne se comportent pas comme des « consommateurs », qui ne chercheraient qu’à « profiter ». Ils font la différence entre la coopération au sein d’une association et la consommation régie par la logique du profit producteur/consommateur. Un LETS resserre les liens humains entre voisins. Ce qui nous ramène tout droit vers ce que nous disions plus haut à propos de Marcel Mauss au sujet du lien social qui accompagne toute relation dépassant le cadre de l’échange marchand. Nous disions que dans un échange purement marchand, la relation humaine s’efface. Une fois que le vendeur a réussi à placer sa marchandise, peut lui importe ce qui advient. Il a finit son « travail » et se sent déchargé de la relation. C’est ainsi que dans une société de consommation chacun se retrouve avec son quant à soi, de sorte que l’individualisme prévaut. Dans un LETS, la relation est plus vivante, fondée sur la convivialité et le service mutuel, elle perdure au-delà du service rendu et incline vers une communauté plus solidaire.

    Le succès des LETS de par le monde est important. En Australie, au Canada, en Grande Bretagne, aux Pays Bas, en Afrique, des LETS se sont développés. L’initiative fleurit un peu partout dans le monde. En situation de crise du système étatique de la monnaie, en contexte de chômage important, de travail intérimaire au rabais, il est normal que le système connaisse une expansion rapide. En Grande Bretagne 20.000 personnes sont regroupés dans pas moins de 300 groupes. Les premiers LETS ont pris naissance dans des quartiers pauvres des zones industrielles, pour ensuite gagner progressivement les campagnes. Une ville du sud de l'Angleterre Lewes bat sa propre monnaie, la livre de Lewes. Les 16.000 habitants de Lewes, capitale de l'East Sussex, près de Brighton, peuvent l'utiliser dans les commerces locaux. 70 sociétés ou magasins locaux acceptent cette devise, valant autant que la livre sterling. Une dizaine de millier de billets d'une livre de Lewes ont été imprimés. Ironie historique, cette initiative a ressuscité la glorieuse époque de 1789 à 1895 où Lewes   battait sa monnaie ! Ce qui est pour nous une invitation à comprendre que l’idée n’est pas si nouvelle, ou plutôt elle n’est originale que par contraste avec le système national que nous utilisons.

     3) Résumons. Les monnaies locales sont apparues historiquement en réponse à des situations de crise larvée dans lesquelles la monnaie nationale ne jouait plus correctement son rôle.  Nous en avons un exemple récent avec la crise économique qui a sévit en Argentine en 2002. Alors que la monnaie nationale s’effondrait, il y eu émission par les gouvernements locaux de certificats provinciaux de dettes en petite coupure, sans prise d'intérêt, adoption qui reprenait avec succès, certaines des caractéristiques des monnaies locales. On aurait donc tort d’y voir une bizarrerie utopique venu de quelques illuminés qui désireraient monter de toutes pièces une sorte de communauté idéale, un phalanstère à la manière de Fourier ou autre. C’est plutôt une réponse pragmatique à une situation désastreuse. Quand l’argent perd toute signification et que les conditions de vie deviennent difficiles, nous cherchons quelles initiatives créatives peuvent nous sortir du pétrin et c’est tout naturellement que l’on va de l’assistance mutuelle vers l’adoption d’un système de monnaie locale.

    Il s’agit donc de rendre l’échange plus fluide et de le rationaliser. Or ce sont exactement les mêmes mots que nous avons employés précédemment pour désigner la fonction première de la monnaie selon Aristote. Aristote distinguait, nous l’avons vu, l’art d’acquérir naturel et l’art d’acquérir non-naturel qui forçait l’échange et entraînait sa perversion. Or que constatons-nous avec l’introduction de la monnaie locale ? Elle a tendance à circuler beaucoup plus rapidement que la monnaie nationale. Une même quantité de monnaie en circulation est employée davantage et entraîne de ce fait une activité économique plus importante. Un peu comme si le sang se mettait à circuler plus vite dans le corps, revigorant la totalité des organes. Or cette plus grande vélocité de la monnaie est aussi liée à un taux d'intérêt négatif qui incite les gens à dépenser la monnaie plus rapidement au lieu de chercher à thésauriser. L’incitation est aussi d’utiliser mieux les ressources locales existantes. La monnaie locale est un instrument privilégié de relocalisation de l’économie. Elle permet de libérer la force de travail qui reste sous-employée, d’où un effet dynamique sur toute l’économie locale. L’idée juste, c’est que, par manque de pouvoir d’achat local, la communauté n’utilise pas pleinement ses capacités productives. La monnaie locale permet d’établir une relation vivante entre les besoins et le travail. Comme elle fonctionne à un niveau municipal, elle est intégrée au sein de la communauté et elle sert directement l’achat de biens et l’usage de services produits au niveau local. La production de biens et de service est le sens premier de la richesse, le résultat est donc que globalement, la monnaie locale contribue directement à la prospérité d’une communauté et du même coup, on revient directement vers qu’Aristote appelait la richesse concrète.

    Enfin, il est très significatif que la monnaie locale contribue directement à l’amélioration des infrastructures des routes, des ponts, des ports, de l’habitat etc. Le concept de « politique des grands travaux » est d’ordinaire placé sous le patronage de l’État. Mais qui sait mieux qu’une municipalité ce qui pourrait être fait pour améliorer les conditions de vie pour tous ? Qui sait mieux qu’une municipalité mobiliser les ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

B. La monnaie, la dette et le capital

    Dans les études actuelles, la monnaie locale est appelée de manière caractéristique « monnaie complémentaire », ce qui suggère qu’elle serait une solution possible à-côté de la monnaie principale. Manière de dire aussi qu’elle ne saurait la remplacer, ou de sous-entendre qu’elle ne peut résoudre tous les problèmes. Mais est-ce bien vrai ?

     1) Nous savons en pratique, qu’à la monnaie sont rattachées plusieurs fonctions. a) Elle permet en fixant un prix de rendre l’échange numéraire. b) Elle simplifie la transaction, puisqu’elle en est précisément l’instrument et le médiateur principal. c) Elle est aussi perçue comme une réserve de valeur.

    Que la monnaie principale soit d’ordinaire comme une « réserve de valeur » est une formule très ambiguë. On croit que l’argent dans nos billets possède une «objectivité» indépendamment de ce qu’il permet d’échanger et donc qu’être riche, c’est avoir beaucoup d’argent. Nous ne nous rendons pas compte qu’ainsi défini, l’argent se situe dans une pure abstraction. L’illusion est tenace, parce qu’elle correspond à un fétichisme collectivement entretenu et en permanence réassuré. Le pouvoir du fétiche tient à la croyance magique qu’on lui prête. Ce que nous ne voyons pas, c’est que le fétichisme de la monnaie est enraciné dans une croyance, il repose sur une représentation collective et un acte fondamental de confiance. Que la représentation symbolique perde son sens et la monnaie à nos yeux n’est plus rien. Que la confiance disparaisse et tout le système fondé sur l’argent s’effondre. Inversement, tant que l’hallucination d’une valeur « capitalisable » de l’argent est maintenue, sous la forme de la recherche frénétique du profit, le capitalisme perdure et prolifère jusque dans ses formes spéculatives les plus délirantes… Jusqu’au moment où il se casse la figure. (texte)

    Nous sommes désormais parvenus à un seuil critique où la crédibilité de l’argent est sévèrement mise en cause. Si dans les pays riches, la production industrielle a connu pendant près de 40 ans une énorme augmentation, nous savons aussi que simultanément se sont développés une part croissante de pauvreté, de chômage et un fossé abyssal entre la fortune de quelques uns et la misère du plus grand nombre. Tant que le discours ambiant relayait la croyance dans la valeur du capital et serinait la leçon de la croissance, le peuple des laissés pour compte devait y croire et se contenter des miettes que lui accordait la logique du profit. Mais l’accumulation des scandales, le krach financier et les sommes démentielles injectées pour le résoudre ont mis à mal la confiance dans la puissance de l’argent. Il est devenu évident que le capitalisme à lui seul est un système parfaitement incapable de redistribuer la richesse. Nous avons vu que la logique du profit vampirise la valeur créatrice du travail pour l’évaporer en Bourse. La logique du profit est portée par une telle obsession de la compétitivité, que son application conduit au régime sec du bas salaire pour les plus faibles ; à l’écrasement social d’une main d’œuvre docile vouée à l’inculture, autant qu’au pillage des matières premières au mépris de tout équilibre naturel. Et puis, à l’heure où nous prenons conscience de notre responsabilité à l’égard de la Terre, qu’est-ce qui peut bien être plus salle et plus polluant que le bras armé industriel du capitalisme conquérant ?

    ---------------Comment pourrions faire confiance dans un système dans lequel 95% de l’argent en circulation est consacré à la spéculation virtuelle tandis que seulement 5% correspond à des échanges au sein de l’économie réelle ? Quels services peut-on attendre de la monnaie, si elle n’a d’autre fin que la thésaurisation en dehors de la sphère de la vie ? N’est-ce pas un gigantesque contresens que d’empêcher l’argent de circuler au sein de l’économie réelle?

       2) Nous avons vu précédemment avec Aristote que dans l’échange naturel l’argent est dépensé, tandis que dans l’échange anti-naturel, l’argent est seulement avancé. L’usage de la monnaie suppose par définition un crédit qui porte la dette de quelqu’un d’autre, dette qui se résout dans l’échange quand l’argent, dépensé, est en permanence converti en biens et en services. Nous venons de montrer que la monnaie locale revient vers l’échange naturel. L’ingéniosité consiste même, en empêchant l’intérêt sur l’argent, à faire en sorte que dans l’échange le capital disparaisse. « Je suis votre débiteur !» disait-on autrefois en s’inclinant à celui à qui on devait rendre un service. Et c’est le véritable sens qui ne veut pas dire : « je vous dois de l’argent ».

    Maintenant, examinons la différence entre l’argent qui est seulement avancé et non dépensé. Il peut y avoir deux sens  du mot « avancé »:

    a) ou bien on entend par là que quelqu’un avance de l’argent à quelqu’un d’autre, dans l’intention de l’aider à entreprendre, à développer son activité. L’argent sera investi dans du matériel pour, par exemple fabriquer du tissu, du parquet, des meubles d’intérieur, du yaourt etc.  Notez que dans ce cas de figure, on retrouverait la Grameen Bank de Muhammad Yunus qui propose des micros crédits destinés aux pauvres. Dans ce cas de figure, l’échange part du principe que l’homme est un être multidimensionnel et qu’il est important de l’aider à développer ses talents.

    b) ou bien on entend par là que quelqu’un, un banquier, qui avance de l’argent à quelqu’un d’autre, dans l’intention de faire directement du profit à travers l’intérêt qui vient s’ajouter à la somme avancée et qui devra être remboursée par le débiteur. Dans cette vision, l’échange part du principe que l’homme est un être unidimensionnel  parce que l’échange a pour seule finalité l’accroissement du profit.

    Et la malice de cette seconde logique, c’est qu’il est possible d’inventer des systèmes très astucieux par lesquels l’argent fait travailler l’argent et cela complètement en dehors de toute activité humaine. Dans notre système actuel, dès l’instant où une personne vient à la rencontre d’un banquier et contracte un crédit, il y a ipso facto une création de monnaie, celle de la monnaie scripturale. (texte) Comme nous l’avons vu, ce n’est donc pas comme si le banquier disposait d’un gros coffre-fort dont il sortirait pour son client une pièce d’or sonnante et trébuchante qu’il possèderait déjà. Il n’a pas besoin de puiser ou de se limiter à ses fonds propres. Il peut prêter bien plus d’argent qu’il n’en possède, parce que le fait même de créer une dette chez quelqu’un d’autre est déjà une création de monnaie. (texte) Le contrat signé par le client auprès de la banque fait exister de l’argent sous la forme d’un capital de dette. Ensuite, le contrat de crédit du client est simplement converti par un jeu d’écritures dans une somme, sous la forme du chèque libellé par la banque. Le chèque est alors déposé dans une autre banque qui fonctionne de manière identique. Toutes les banques forment entre elles un circuit fermé,  un réseau de crédit/débit qui se nourrit des intérêts ajoutés. En fait, c’est la dette des uns par rapport aux autres qui met en mouvement tout le système et donc celui-ci ne peut certainement pas être décomposé en unités fragmentaires. De plus, la banque crée le capital qu’elle prête, mais attention, elle ne crée par les intérêts qu’elle réclame ! Il faudra les chercher ailleurs. En clair, si j’emprunte 20.000 euros pour acheter une nouvelle voiture, la banque va créditer 20.000 euros sur mon compte, mais les 8000 euros d’intérêts doivent être par mes soins sortis de la masse monétaire existante. (texte) Or cette masse monétaire est fondée à 92% sur la création de monnaie scripturale, donc en définitive sur les sommes vertigineuses de dette accumulée. En tant que consommateur de crédit, nous ne faisons donc en permanence qu’augmenter la charge de la dette (texte). En fait, même si nous n’en avons pas conscience, nous sommes collectivement et individuellement conduit à nous endetter massivement pour rembourser des intérêts aux banques pour de l’argent créé ex nihilo (texte) à partir de nos propres emprunts !  C’est tout à fait sidérant. Mais vrai. C’est Maurice Allais (prix Nobel d’économie) qui disait : « la création de monnaie par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux-monnayeurs. Dans les faits, elle se traduit par les mêmes conséquences. La différence c’est qu’elle ne profite pas aux mêmes personnes » ! Ainsi s’explique le harcèlement des crédits auquel nous sommes en permanence soumis qui se déversent dans nos boîtes aux lettres. Crédit auto. Crédit vacances. Crédit étude. On peut même proposer du crédit immobilier sur 50 ans !! On peut toujours prétendre qu’il s’agit de relancer la consommation ou la construction. C’est la justification de façade. En réalité, l’afflux continu de crédit est surtout destiné à alimenter la spéculation, ce qui permet aux banques de « faire de l’argent » sans créer de richesse concrète et sans distribuer de prospérité.

    Pourquoi les particuliers que nous sommes, pourquoi les États croulent-ils sous les dettes ? Faut-il incriminer une « mauvaise gestion » ? Bien sûr, il y a des erreurs qui mènent à des situations épouvantables, telles que celle des paysans indiens endettés jusqu’à la moelle, avec l’épidémie de suicides qui s’en est suivi. Il est exact que le niveau d’endettement des États dans  le monde est gigantesque. Il est très commode de mettre en cause une « mauvaise gestion », cela produit collectivement une résignation qui paralyse toute réforme et entretient une culpabilité maladive chez tous ceux qui voudraient être aidés. Seulement il faut aussi regarder les choses en face et comprendre que, dans son état actuel, le capitalisme est un système qui bloque entièrement l’économie sur la position de l’endettement. La raison fondamentale est simple : le contrôle de l’argent a depuis des années été laissé au système financier lui-même qui a, on vient de le voir, tout avantage à ce qu’il continue de fonctionner sur la base de la dette. Les États qui ont  perdu tout contrôle sur la monnaie sont devenus

   

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Vos commentaires

Questions:

1.  Quelles différences y a-t-il entre un système d'échange local et le travail au noir?

2.  Pourquoi cette idée de déprécier tous les mois de 1% la monnaie locale?

3.  Y a-t-il conflit entre monnaie locale et monnaie d'État ?

4.  Quels avantages y a-t-il à ce que le pouvoir politique récupère le contrôle de l'argent?

5.  Quelle relation y a-t-il entre le développement de la dette et la spéculation financière?

6.  Que veut dire : "l'homme est un être multidimensionnel?

7.  Le capitalisme fait dans la publicité et l'image sa propre propagande, son dépassement n'implique-t-il pas de notre part en contrepartie un énorme travail d'éducation?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2009 Serge Carfantan.
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