Leçon 167.  La sphère de la finance     

    Pour la plupart d’entre nous, le domaine de la finance est très nébuleux. C’est devenu un tel imbroglio qu’il vaut mieux dire franchement que nous n’y comprenons rien. L’admettre, c’est au moins commencer à se poser des questions. Autant aborder le problème avec une certaine naïveté, comme Socrate, pour exiger ensuite des éclaircissements satisfaisants.  

    Qu’est-ce qui fait que la question est si confuse ? La finance repose sur la monnaie. Or déjà la notion de monnaie n’est pas claire. D’un côté en effet, ce que nous utilisons dans nos billets de banque est étrangement abstrait. Un billet, c’est du papier. Une page de magazine de mode, vaut en général plus cher à l’impression qu’un billet de banque. Nous savons tous que le billet ne vaut que parce qu’il représente une certaine somme d’argent. On se sécurisait autrefois en pensant que la liasse peut être convertie en lingots d’or. Mais en fait l’idée est archaïque. L’or n’est pas un référent absolu.  (R) Il est lui-même évalué. Dans la sphère de la finance aujourd’hui les mécanismes de régulation de la monnaie sont complètement opaques. Il est très difficile de répondre à la question de savoir ce que « vaut » un billet.

    D’un autre côté, pour la plupart des gens, l’argent c’est très concret. Pour dire tout haut ce beaucoup pensent tout bas : « l’argent, c’est la valeur suprême, le moteur qui mène le monde. Il y a ceux qui ont réussi, qui ont beaucoup d’argent et qui peuvent se payer une vie de luxe, de facilité. Et puis, il y a le loser, celui qui n’a pas d’argent et qui vit dans la misère. Bref, avec l’argent, on peut tout avoir et sans argent on n’est rien ». (!) Là, on est plus dans l’abstraction. Comment en effet, la valeur la plus matérielle pourrait-elle être une abstraction ?

    La question deviendrait nettement plus claire si nous disions que l’argent n’est qu’un intermédiaire de l’échange entre des biens et des services équivalents. Comme le troc est malcommode, il est plus facile de déterminer le rapport entre la paire de sandales et la cagette de salades par un chiffre et d’utiliser une monnaie pour faire la transaction. C’est de bon sens. Mais c’est justement raisonner en éliminant la sphère de la finance telle qu’elle opère dans le monde, se placer dans l’idéal et pas dans les faits. Ce qui ne nous aide toujours pas à comprendre. Il faut donc reprendre le problème à neuf. Quelle est la place de la sphère de la finance dans l’échange ?   

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A. Le concept de monnaie

    Commençons pas clarifier l’idée de monnaie. Si les hommes utilisent de la monnaie, c’est parce qu’ils échangent entre eux. La monnaie sans échange n’a aucun sens. Elle est là pour faciliter l’échange en permettant de transformer la valeur qualitative d’un objet, d’un service, en une valeur quantitative ; de sorte que deux individus puissent échanger de manière plus rationnelle des objets de nature différente ce que chacun d’entre eux est capable de produire ou de créer.

     1) La première idée de monnaie a un rapport étroit avec la fluidité de l’échange, nous pourrions même dire : la circulation de la Vie. La seconde idée est indépendante : elle introduit le concept d’un calcul de l’intellect pour établir un rapport. Nous ne pouvons pas accuser ici l’argent d’être un facteur de corruption. Même dans le troc l’échange peut être très injuste, s’il y a une très grande disproportion entre ce qui est échangé, ce qui reviendrait à une escroquerie manifeste. Non, on ne peut pas dire une salade = une paire de sandale ! Ce n’est pas juste ! La proportion n’est pas respectée (texte). Notons, comme l’avait bien compris les grecs, que le premier concept de justice se situe bien dans les choses et est associé avec l’égalité proportionnelle. La troisième idée, c’est qu’il faut faire correspondre un nombre à chaque élément de l’échange, ce qui évitera le flottement du qualitatif et fera passer l’échange dans le domaine économique. De cette manière, l’idée de proportionnalité devient plus précise. La quatrième idée, c’est qu’il devient nécessaire d’admettre au sein de la conscience collective, la convention par laquelle les hommes accepteront l’usage d’une monnaie qui matérialisera l’évaluation mathématique. La reconnaissance de la valeur de la monnaie est purement conventionnelle. On peut parler de contrat implicite en un sens. Nous avons vu précédemment pourquoi la société humaine était conventionnelle, ce qui voulait dire qu’elle n’est pas naturelle, mais fondée sur le langage.  (texte) Nous pouvons dire dans le même sens que l’argent est conventionnel et donc artificiel. On peut utiliser n’importe quel support à cette fin. Si le rapport entre la paire de sandale et la salade est de 150, donnons à l’artisan 150 coquillages, ou 150 grains de sel ou 150 rondelles de cuivre, ou des rectangles de papier avec marqué « 100 », « 50 ». C’est une question de convention passée entre nous. Il est même possible de conserver en externe les rectangles de papier appelés « billets » et en interne (au village) de garder les grains de sel pour les services mutuels que se rendent les gens. Pas de problème. Ce sera aussi fonctionnel. Notons le langage : on parle de monnaie fiduciaire, (du latin fides, la confiance). En anglais, on dit fiat money, « monnaie décrétée ». L’ancien assignat n’a que la valeur qu’on lui assigne. (document) Aristote faisait dériver nomisma, la monnaie, de nomos, la loi.

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    Dans ces conditions, l’argent peut devenir un instrument de pouvoir, puisqu’il représente une relation d’obligation entre individus. Historiquement, le pouvoir politique s’est très vite arrogé le droit de battre la monnaie. La symbolique du pouvoir s’est retrouvée sur l’effigie des pièces de monnaie : celle du roi, de l’empereur etc. Cependant, la crédibilité de la monnaie ne peut pas venir de l’argument d’autorité. Il faut qu’elle soit garantie. D’où l’idée simple d’une correspondance avec un équivalent de métal précieux. La contrepartie or. Historiquement, seules les banques reçurent le privilège d’émettre des billets. La Banque centrale sous Napoléon devait posséder pour chacun des billets émis la garantie or correspondante. Nous avons vu que par définition l’État possède le monopole de la législation sur son territoire. L’État apportait sa caution d’autorité à la monnaie. Or à partir du moment où l’État possédait le monopole du contrôle de l’argent, il devenait possible de se passer de la garantie or, ce qui permettait aux États d’émettre plus de monnaie que ne l'autorisait la contrepartie physique en métaux précieux déposée dans les banques centrales. Seulement, dans le contexte actuel, il faut bien comprendre que dans les pays développés, les États sont en fait dépossédés du pouvoir monétaire ! Ce sont les banques centrales qui se chargent de la régulation de la monnaie. Nous allons devoir suivre cette piste plus loin.

     2) Les distinctions fondamentales ne datent pas de la période moderne, elles apparaissent très tôt dans la pensée économique chez Aristote. Aristote explique en effet que la monnaie n’est pas la condition de l’échange, car celui-ci existe avant la monnaie dans le troc. Pourtant c’est « par nécessité » que les hommes sont passés du troc à la monnaie. Elle est en effet un méson, un milieu intermédiaire pour l’échange. Le lien avec son caractère conventionnel est facile à repérer. Aristote appelle symbole le signe linguistique. Or, justement, le symbolon, était à l’origine une pièce de monnaie cassée en deux, que se partageaient deux amis, ce qui permettait d’avoir un moyen de reconnaissance pour ne pas avoir affaire à un étranger. Le signe linguistique est conventionnel. La monnaie l’est aussi. Elle est un simple moyen de convertir dans l’échange une chose en une autre. Ainsi, le langage, comme la monnaie, ont une fonction de lien permettant d’orchestrer l’échange de différences, dans le contexte qui leur est propre. Mais ce qui est plus spécifique de la monnaie, c’est d’être aussi métron, une mesure. Elle permet d’exprimer le rapport réciproque de produits, sur le plan des choses. D’un point de vue qualitatif, il existe une hétérogénéité complète dans le réel, ce qui rend les choses incomparables les unes aux autres, ou encore, incommensurables. L’évaluation économique suspend l’hétérogénéité, et elle applique une proportion arithmétique ; ce qui fait qu’en définitive, une chose devient exprimable dans une autre. « Appelons par exemple une maison A, dix mines B, un lit L. Alors A est moitié de B si la maison vaut cinq mines, autrement dit est égale à cinq mines, et le lit est la dixième partie de B : on voit tout de suite combien de lits équivalent à une maison, à savoir cinq ». La monnaie permet de transformer la qualité en quantité et ainsi de la rendre numéraire. Toutefois, il faut se garder de tout fétichisme de la monnaie. De même que le nombre n’est pas les choses qu’il permet de compter, la monnaie n’est pas la valeur de ce qu’elle évalue, elle n’en n’est que l’expression. En bref, la monnaie n’a pas de valeur en elle-même. Elle ne fait que représenter la valeur. On peut dire que la monnaie est mesure de toutes choses, mais à condition de ne pas se laisser abuser par la représentation : à condition de ne jamais oublier que cette mesure, elle ne fait que la recevoir et la redéployer dans l’échange.

    Il faut rester les pieds dans le réel. Dans l’échange, les choses, les œuvres, les marchandises, ne s’évaporent pas pour se transformer en monnaie. Pour en exprimer la raison dans un couple de concepts aristotélicien, on dit que la chose n’est qu’en puissance (R) dans son prix. Elle n’existe en acte qu’en elle-même de par sa nature propre. Le prix c’est du virtuel, pas du réel. Le réel, c’est la nature de la chose dans sa donation qualitative. Aussi pouvons-nous apprécier infiniment la richesse du monde sensible qui nous est offert, tout en gardant conscience que sur le plan sensible et vivant, les choses n’ont pas de prix. Il y a même des cas où la nature véritable d’une chose ne peut pas être virtualisée sous la forme d’un prix. L’exemple que donne Aristote est celui de la Connaissance. « Science et richesse n’ont pas de commune mesure ». La Connaissance a une si haute valeur qu’elle n’a pas de prix. Souvenons-nous de la différence d’attitude entre Socrate et les sophistes sur la question de faire payer l’éducation. En ce qui concerne l’Enseignement, un prix payé, n’importe lequel, serait de toutes façons injuste, puisque les termes échangés seraient de très loin incommensurables. C’est pourquoi il est nécessaire, pour comprendre ce type d’échange, de quitter le terrain strictement économique pour se placer sur celui du don. Le don est la seule manière de rendre justice à une valeur au sens le plus élevé du terme.

    Aristote donc ne condamne pas la monnaie, il en justifie la nécessité, de même, il ne condamne pas non plus le commerce dont il justifie aussi la nécessité. Ce sur quoi il insiste, c’est le fait que la valeur réside avant tout dans l’œuvre. Le commerçant qui prend le risque d’acheminer par mer une cargaison de blé de Sicile vers le Pirée doit être considéré comme producteur d’une œuvre, ergon, au même titre que le maçon et le cordonnier, pris comme exemples dans les textes. Notons aussi que le terme d’ergon, œuvre, ne désigne pas ici seulement une chose, la sandale ou la maison, mais aussi un service. Ainsi le médecin qui contribue à la santé produit une œuvre (on dirait aujourd'hui de la valeur). Il est même dans une position idéale dans l’échange social, (cf. Ethique à Nicomaque texte) car nous pouvons tout à fait parler d’échange de services entre médecin et paysan. De même, nous ne saurions concevoir dans un monde ouvert un isolement complet des Cités et Aristote, tout en gardant à l'esprit l'idéal de l'autarcie, admet aussi clairement l’importance du commerce extérieur.

    Où la position d’Aristote devient critique, c’est précisément sur la possibilité que naisse dans l’échange une forme d’activité qui ne soit plus une œuvre, qui ne produise rien et n’offre pas non plus de réel service, mais se contente d’acheter bon marché et de revendre plus cher. A côté du commerce sain, fondé sur le plan des choses, qui distribue de la prospérité, il y a une forme de commerce suspecte exclusivement fondée sur l’argent.

B. De l’art d’acquérir

    Continuons avec Aristote. Nous venons de voir que la monnaie a une nécessité ainsi que le commerce et par là, que l’économie a sa justification. Si l’argent fait difficulté, ce n’est pas parce que la monnaie pervertit l’économie, ni, comme le dit Baudelaire, que le commerce est mauvais, (texte) mais parce qu’il existe un certain usage de la monnaie qui s’éloigne dangereusement de ce pourquoi elle a été inventée. Dans ce qui suit, nous allons reprendre les analyses de Gilbert Romeyer-Derbey dans Les Choses-mêmes.

 Le terme de chrèmastikè est employé par Aristote pour désigner l’art d’acquérir. Celui-ci a deux aspects : a) l’art d’acquérir naturel et b) l’art d’acquérir anti-naturel. On a dit aussi bonne chrématistique/mauvaise chrématistique. Il faut avouer que les commentateurs chrétiens d’Aristote, dont St Thomas d’Aquin, ne se sont pas privés de moraliser la question de l’argent et en particulier de condamner l’usure. Nous avons vu que les Évangiles contiennent des sentences très sévères contre l’argent. Cependant, pour les besoins de la compréhension, il vaut mieux éviter d’introduire une dualité moralisante et plutôt examiner les faits dans leur complexité, en conservant une neutralité.

    1) Qu’est-ce que l’art d’acquérir naturel ? Acquérir, c’est acheter quelque chose, nous parlons d’un « bien acquis » par exemple, pour un appartement au bord de la mer. Nous avons vu que la monnaie mesure tout, mais qu’elle ne fait transporter (texte) une valeur qui n’est pas la sienne. Qu’est-ce donc que la valeur sous-jacente à l’échange ? La réponse est claire : celle qui est inscrite dans les besoins. La circulation de la monnaie cache et recouvre les besoins dont elle est le représentant. Ce sont les besoins qui réunissent les hommes dans la Cité et ce sont aussi les besoins qui sont à l’origine de la division du travail. Je ne peux pas tout faire moi-même. Ce qu’un homme réalise avec excellence, il peut le partager avec ce qu’un autre réalise aussi avec excellence. Quoi de plus enrichissant que l’échange de compétences ? Le boulanger échange avec le coiffeur, le plombier, l’éducateur, etc. chacun apporte satisfaction à un besoin, ce qui contribue à la cohésion de la société et devient source de richesse. Aristote explique très nettement qu’un être qui pourrait se soustraire à la contrainte des besoins, sortirait de la société et quitterait le circuit économique. C’est le cas des dieux. Les dieux symbolisent la plénitude des puissances de la Nature. Les dieux n’ont pas à former de société, car ils n’ont pas de besoins. Aristote ironise en disant qu’il serait ridicule d’imaginer les dieux passant des contrats et disposant de monnaie ! A l’inverse, les hommes ne sont pas à l’abri du besoin et ils s’en préservent justement en s’épaulant les uns les autres dans l’échange. C’est ce qui rend compte de leur dépendance réciproque en société. Une culture peut à la limite tolérer que certains de ses membres se dégagent du lien social. C’est par exemple le cas en Inde des sannyasis, les ascètes errants. On admet qu’après une vie sociale bien remplie, un homme puisse se retirer pour se consacrer à une vie religieuse. Il n’en reste pas moins que le lien social ne disparaît jamais, c’est encore la société qui doit nourrir les ascètes, mais aussi les pauvres et les mendiants. Aucun humain ne peut quitter l’humanité.

    ---------------Maintenant, il y a un point clé que nous devons assimiler, puisque le besoin est au fondement de l’échange, il suffit d’une modification dans la sphère des besoins pour qu’il y ait automatiquement un changement dans la sphère de l’échange.  Si nous prenions le parti d’adopter la simplicité volontaire dans notre manière de vivre, il s’ensuivrait aussitôt une réorganisation complète des échanges. Dans ce qui précède, nous pourrions être tentés d’identifier le système des besoins à la loi de l’offre et de la demande. Mais c’est une erreur. Il ne faut pas confondre besoin et demande. La demande sur le marché est dans son contenu indéterminée. En gros, elle peut être demande de n’importe quoi. A l’inverse, le besoin lui est limité parce qu’il se rattache à la nature. Pour autant qu’il se rattache à une existence inscrite dans la nature humaine, le besoin est spécifique et il peut même servir de norme et de mesure. Et c’est là que nous commençons à comprendre la formule : « art d’acquérir naturel ». Aristote estime que le marché doit être orienté dans la direction d’un besoin social qui reste naturel. Sans cela, le risque encouru, c’est que ce ne soit plus le besoin qui soit un référent, mais le désir. Le désir, dans le langage d’Aristote, c’est le flottement de l’indéfini, là où il n’y a plus ni mesure ni limite. L’homme des désirs, c’est un homme qui perd le sens de la mesure et le sens des limites, c’est l’homme vital, c’est Calliclès. C’est celui dont Platon dit qu’il est comme un tonneau percé, que l’on ne peut jamais remplir, car il reste à jamais inassouvi. (texte) Dans sa rage forcenée d’avoir plus, de toujours plus consommer, il ne voit pas qu’il est en quête de l’illusion d’une satisfaction possible dans le futur. A l’inverse, les besoins se reconnaissent dans le présent, ils ont une limite naturelle et une mesure. D’où l’importance chez Épicure, du fait de ne pas perdre de vue le corps. D’autre part, si l’usage de la monnaie est né des besoins, il doit rester lié au besoin et s’achever en lui : l’argent est fait pour être dépensé en biens réels et, comme nous le disions plus haut dans les leçons, la richesse est de ce fait concrète. L’homme riche est celui qui sait s’entourer de beauté et qui a le sens du raffinement.

     2) Que veut donc dire l’expression art d’acquérir anti-naturel ? L’accent mis sur les besoins implique que l’acquisition naturelle privilégie la valeur d’usage des choses sur la valeur d’échange. C’est l’exemple de la sandale acquise pour la marche, du fromage acheté pour être dégusté avec du pain de seigle. Cependant, nous savons que le fait même de vendre et d’acheter, fait apparaître une valeur d’échange. Il est possible de ne chercher dans la transaction que l’accroissement de la valeur d’échange au point de négliger la valeur d’usage. (texte) Si la valeur d’usage respecte la chose pour ce qu’elle est et se traduit par une idée concrète de la richesse, la valeur d’échange, elle, fait de la chose une simple marchandise, dont l’utilité est seconde par rapport à sa valeur sur le marché. Ce déplacement subtil produit un nouveau concept de richesse qui  consiste à identifier la richesse à la monnaie elle-même. Bref : l’argent se transforme en capital. Du coup, et c’est un changement prodigieux, la monnaie, qui jouait auparavant le rôle d’intermédiaire dans l’échange, devient la finalité de l’échange, le terme vers lequel celui-ci se dirige ; et c’est la marchandise qui devient un intermédiaire. A la limite peut importe ce que l’on vend, puisque que tout ce qui compte, c’est de faire de l’argent ! Si dans l’échange naturel l’argent est effectivement dépensé, dans l’échange anti-naturel, l’argent est en réalité seulement avancé, car la marchandise ne sert qu’à transporter la valeur d’une main à l’autre pour l’accroître. La finalité, c’est amasser, amasser encore et encore de l’argent en utilisant la circulation des biens comme véhicule. Ainsi, dans un monde dominé par l’échange anti-naturel, c’est l’argent qui prend l’initiative de la relation d’échange. Par conséquent, puisque l’argent est à la fois le point de départ et le point d’arrivée de l’échange (ce que Marx explique en détail), il devient omniprésent. Tout devient marchandise. Le monde est marchandisable, comme les hommes et leur travail et la Nature elle-même est à vendre.

    Pour Aristote, ici le contraire de « par nature », c’est « par force ». La chrématistique, comme acquisition anti-naturelle, violente l’échange naturel. Mais ce n’est pas une violence directe, mais une violence subtile. Sa perversion consiste à introduire en lieu et place de l’économie naturelle, une économie « forcée » exactement dans le sens où nous parlons aujourd’hui de culture ou d’élevage "forcés".  Si nous forçons l’élevage ou la culture, c’est à partir de la première violence contenue dans le rôle désormais dévolu à l’argent. (texte) Ce qu’Aristote avait déjà génialement compris, c’est la duperie contenue dans l’irruption au premier plan de cette représentation qu’est la monnaie. Dans l’échange chrématistique, en passant d’une main à l’autre, il semble à première vue, que la valeur « augmente ». En apparence, il y a de plus en plus de richesse. Or cet accr

 

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Vos commentaires

Questions :

1.       En quel sens la monnaie est-elle actuellement inséparable de la dette?

2.       Est-ce l’argent qui corrompt  ou bien le fait que toute l’avidité humaine s’est cristallisée en lui ?

3.       Qu’est-ce que le fétichisme de la monnaie?

4.       En quoi l’usure produit-elle l’illusion de la richesse ?

5.       La marchandisation du monde est-elle une conséquence de la spéculation?

6.       Comment comprendre cette formule « l’économie a pris le pas sur la politique »?

7.        Comment pourrait-on distinguer une crise conjoncturelle d’une crise systémique?

 

 

    © Philosophie et spiritualité, 2007, Serge Carfantan, Eric Fricot.
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