Leçon 33.   Le statut de la logique      

    Dans nos conversations les plus banales, nous disons souvent, en guise d’acquiescement: « c’est logique », ce qui veut dire implicitement, « mais voyons, c’est évident ! ». Ce genre de formule est assez vague. Il faudrait Etudes sur la démonstrationpréciser ce que nous entendons par « évident » et par rapport à quoi. Évident dans la perception, en tant qu’idée ou en relation avec un autre fait ? Être évident et être logique, est-ce deux termes identiques? Nous avons ce mot de logique sans cesse à la bouche, mais ne l’employons-nous pas à tort et à travers ?

    Dans certains cas, ne vaudrait-il pas mieux dire « c’est un fait », ou « c’est vrai », plutôt que de dire « c’est logique »? N’y a-t-il pas un sens très particulier attaché à une formulation logique ? La logique est d’abord concernée par le raisonnement et sa valeur et non par l’observation. Elle peut très bien opérer avec des propositions qui ne comportent pas d’évidence factuelle, pas de certitude liée à une constatation.

    Pour mieux comprendre le sens de la logique, la question que nous devrions nous poser est celle-ci :A quelles conditions un discours est-il logique ?

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A.  Logique et connaissance

    Qu’est-ce que la logique ? Le sens commun interrogé dira que cela doit être est une sorte « d’étude de la pensée », « étude du raisonnement ». Mais la pensée peut s’entendre de deux manières. Le psychologue et le logicien ont tout deux affaire à la pensée en un sens, mais pas dans le même sens. Le psychologue s’intéresse aux faits de conscience, aux vécus de conscience et à leur explication. Ce n’est pas le champ d’intérêt, le point de vue du logicien sur la pensée qui est seulement intéressé par La Question de la Vérité. La psychologie ne rencontre la pensée du logicien que sous l’angle du statut de croyance dont elle peut chercher les causes, mais le statut de sa vérité n’est pas son problème. « Le psychologue n’a point à s’occuper de la vérité ou de la fausseté d’une croyance ; le jugement faux est pour lui un fait au même titre que le jugement vrai. Ce qui intéresse le logicien, c’est précisément la distinction du vrai et du faux.. Le premier recherche à quelles conditions une croyance est, le second à quelle condition une croyance est fondée ». Ce sont là deux points de vue différents. La pensée, en tant qu’elle porte sur des idées, ne se réduit pas à du psychologique. On appelle justement psychologisme l’attitude qui tend à réduire l’idée à un phénomène de conscience passager. Par exemple, l... critique, c’est faire du psychologisme et perdre de vue la valeur de vérité d’une doctrine en ne voyant que la psychologie de son auteur. (texte)

    Cependant, il faut distinguer l’attitude logique du spécialiste, de celui qui raisonne en mathématiques, en biologie, en histoire, de la réflexion logique qui est celle du logicien. L’attitude logique est nécessaire dans tous les domaines de la connaissance, sans quoi le savoir ne parvient pas à se structurer, sans quoi il n’est pas de science possible, puisque la science est une connaissance en forme de système. L'attitude logique n’est pas la réflexion sur la logique, n’est pas la logique réflexive. Il revient au logicien de s’interroger sur notre expérience intellectuelle en tant qu’elle prend la forme d’un discours qui se caractérise par une prétention à la vérité. Encore faudra-t-il que nous précisions exactement le type de vérité qui regarde la logique.

    On définissait autrefois la logique comme un art de penser droit et juste. Comme si la logique disposait en elle-même d’une sagesse. Cette définition serait correcte si la pensée ne se formait qu’à travers la cohérence de son discours. Mais suffit-il qu’un discours soit cohérent pour qu’il soit vrai ? Nous avons déjà vu précédemment que le mérite de l’approche objective de la connaissance est de ne pas seulement se fier à la construction conceptuelle des théories, mais de les soumettre à l’expérimentation. Nous avons aussi vu que la méthode pour bien conduire sa pensée ne se réduit pas à quelque règles de logique. C’est ce que nous montre Descartes. La logique ne peut pas se substituer à la science. Aristote, le fondateur de la logique en Occident, la plaçait sous le titre général d’Organon, ce qui signifie en grec outil. Il la plaçait au point de départ de la science comme une propédeutique, une introduction à la science. Cela signifiait que l’élève était sensé apprendre à user correctement des concepts, à manier le jugement avec rigueur, à procéder correctement dans ses raisonnements, avant de se livrer à l’étude scientifique de la Nature. Une pensée incohérente ne peut pas faire d'étude solide. Le sens de cette préparation est donc important. Il y a du logique partout où se présente une méthode. La logique est inhérente à tout savoir organisé, elle est inhérente aux mathématiques, comme à la biologie, ou à la physique. La logique est présente en toute théorie, et pas seulement d’ailleurs les théories scientifiques.

    ... celui qui se propose de dégager ce qu’il peut y avoir de commun dans les divers procédés de la pensée. Il s’élève au dessus des différents discours du savoir, pour expliciter ce qu’est un discours vrai. La logique semble donc la science des conditions de la pensée vraie et du raisonnement valide. Une comparaison rendra les choses plus claires. Chaque langue dispose d’une grammaire, d’une orthographe. Il est indispensable pour être compris sans ambiguïté de respecter les règles de la grammaire, les règle de la langue, pour éviter les fautes d’expression. On dit faute et non pas erreur, car nous sommes sensés connaître notre langue. Disons que la pensée possède elle aussi sa grammaire qui est la logique. La logique est comme la grammaire essentielle que se doit de respecter la pensée raisonnante. C’est pourquoi on parle aussi de faute logique à propos d’une incohérence et pas simplement d’une erreur. Un discours qui ne respecte pas la logique perd sa signification, comme un texte truffé de fautes d’orthographe et de syntaxe devient illisible et incompréhensible. Les règles du raisonnement doivent être respectées, comme les règles de grammaire et d’orthographe.

    ... ce qui ressort de la logique formelle. Elle est l’étude des concepts, jugements et raisonnement considérés dans la forme (R) où ils sont énoncés dans le discours, abstraction faite de leur matière. La logique étudie les propriétés, la validité, les enchaînements, les conditions sous lesquels les jugements s’impliquent les uns les autres ou s’excluent. Elle est donc concernée surtout par la structure du raisonnement et non par son contenu.

B. La validité formelle

   

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Vos commentaires

Questions:

1. Est-il pertinent de dire d’une affirmation quelconque qu’elle est « logique » ?

2. La logique augmente-t-elle notre savoir  sur  la Nature?

3. Peut-on manquer de logique et pourtant dire la vérité ?

4. Dire que l’Univers a en lui une cohérence, est-ce la même chose que de dire qu’il respecte notre logique ?

5. Est-il exact d’affirmer que l’homme ordinaire ne se sert pas de la logique et n’en a pas besoin?

6. La preuve par les faits, est-ce la même chose qu’une démonstration mathématique ?

7. Quelle pourrait être la différence entre la logique du fou et celle d’un homme sain d’esprit ?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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