Leçon 162.  Recherches sur la nature de l’intelligence     

    Revenons sur le mot intelligence, tel que nous l’avons considéré dans les leçons précédentes. En latin, inter veut dire entre, ligare veut dire lier. Nous disions que l’intelligence  est la faculté qui permet de relier, d’établir des rapports.  (texte) Nous avons noté aussi que le mot religion est composé de manière semblable et qu’il veut dire « lier à nouveau ». Cette définition rapide pose problème, car elle pourrait laisser croire que l’intelligence se range « à côté de » quelque chose d’autre qui en est séparé. L’intellect tranche aisément et il a tendance à disjoindre ce qu’il ne faut que distinguer sans séparer. Il est absurde de ranger l’intelligence à côté de l’imagination, de la mémoire ou de la perception. Ce que l’on pointe de cette manière, ce sont des facettes ou fonctions d’une seule et même chose qui est le mental, ou, si l'on préfère, la pensée.

    Néanmoins, en évoquant le problème du langage animal, nous avons été amenés à évoquer plusieurs formes de l'intelligence. Nous distinguions l’intelligence abstraite qui manipule et calcule avec des signes. En termes techniques, on dira que l’intelligence abstraite est l’aptitude à résoudre les problèmes portant sur des idées. L’intelligence relationnelle, elle, opère dans le domaine social, elle est l’aptitude à résoudre les problèmes qui tiennent à la relation entre des individus. Enfin, nous avons vu que l’intelligence pratique, appelée aussi ingéniosité, est l’aptitude à résoudre des problèmes concrets, c'est-à-dire qui se situent dans les choses. Ce que nous observions, c’est qu'il est indéniable que l’on rencontre souvent chez l’animal une intelligence relationnelle très élevée (cf. L’exemple des dauphins), et une intelligence pratique remarquable (cf. exemple des castors). Par contre, il est bien plus difficile d’établir chez l’animal l’existence d’une intelligence abstraite... ce qui est d’ailleurs un argument pour considérer qu’il est « bête » ! Mot qui dans le langage populaire veut dire pas intelligent!!

    La question qui se pose alors est celle-ci : l’intelligence doit-elle être considérée comme multiple ? C’est ce que prétend par exemple Gardner dans Les formes de l’intelligence. Faut-il opposer des « performances » différentes ? Mais qu’en est-il alors du facteur de lien consubstantiel à l’intelligence ? Quelle est la relation entre l’intelligence et la conscience ?

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A. La classification des formes de l’intelligence

    Prendre le mot intelligence en le mettant au pluriel, comme le fait Howard Gardner, en disant « les intelligences » n’a pas la même signification que de dire qu’il existe plusieurs formes de l’intelligence. Dans le premier cas, on insiste sur la séparation, dans le second, il s’agit de dériver une qualité unique dans différents aspects de son expression. Le choix du pluriel est expliqué dans l’hypothèse de Gardner, dans Les Formes de l'Intelligence, à la page 67, en partant de l’idée a) qu’il existe des compétences différences, b) que celles-ci sont en rapport avec des zones cérébrales différentes du cerveau, c)  que chacune correspond à un traitement de l’information. L’argument général consistant à nous faire « admettre l’existence de plusieurs compétences intellectuelles humaines».

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d’aptitude à traiter une information particulière. Si on résume la classification de Gardner on obtient ceci :

    a) L’intelligence linguistique serait une intelligence liée à la manipulation des signes du langage. Relier, c’est appréhender le sens d’éléments qui sont les mots. Une intelligence  linguistique médiocre les verrait comme disparates. Cette intelligence suppose la compétence linguistique, donc la maîtrise d’un vocabulaire, de la syntaxe, de la sémantique. Curieusement, Gardner part sur T. S. Eliot, Homère et Blake et la voit d’abord comme une aptitude de poète. Or ce qui était attendu logiquement en tout premier lieu, puisque la définition parle de compétence à manipuler le langage, c’était plutôt la rhétorique et ses formes diverses, car c’est en rhétorique que l’idée de performance efficace traduit au mieux une compétence. La compétence linguistique, c’est avant tout l’aptitude à parler, à dialoguer, à persuader, à convaincre, ou encore en bref, à communiquer. Il y a une intelligence de l’orateur, du vendeur, de l’homme politique etc. Les « communicateurs » font de bons instruments de propagande, mais de mauvais poètes et de piètres penseurs. La finesse du style chez un écrivain est un art délicat qu’il serait injurieux de considérer comme une « performance ». Il y a en fait une grande différence entre l’intelligence poétique et l’habileté rhétorique. La catégorie est confuse. Elle fait aussi l’impasse sur la question très importante de l’intelligence non-verbale.

    b) On passe ensuite, sans logique, au chapitre 5 à l’intelligence musicale. Bizarre. Pourquoi en faire une catégorie à part ? Il faudrait alors inventer une intelligence du trait et de la couleur en peinture, du volume en sculpture ou du mouvement dans la danse. Il est vrai que le domaine de la musique possède une structure remarquable, il a son ordre et sa perfection mathématique, mais d’une manière si vivante, que la mathématique s’oublie dans la beauté de la forme. Il est exact que la composition musicale possède une spontanéité créative. Nul ne contestera la prodigieuse intelligence des œuvres de Bach. Mais alors, on se demande en lisant Gardner, s’il n’aurait pas mieux fait, pour définir l’intelligence de partir de la notion de créativité. Comme le fait A. H. Maslow dans Vers une Psychologie de l’être.

    c) Lintelligence logico-mathématique est la forme d’intelligence que nous connaissons le mieux, car elle est la référence classique de l’instruction scolaire et de la culture. Elle est susceptible d’être quantifiée par des tests, dont le célèbre QI. On dit de quelqu’un qu’il est « intelligent » quand il est rapide à résoudre un problème logico-mathématique, comme les tests utilisés pour l’évaluation des appelés à l’armée. On utilise alors la manipulation des nombres, les problèmes de logique, de stratégie. C’est l’intelligence calculatrice du jeu d’échec. Il est possible de comparer la performance de A à celle de B et de noter les résultats pour dire sur cette base que B et plus intelligent que A parce qu’il a passé avec plus de succès les tests. La lenteur est donc en ce cas un défaut d’intelligence. Nous vivons dans une société qui idolâtre la vitesse et la performance, qui stimule la rivalité et pratique des formes de sélection quasi-darwinienne. Comme l’intelligence logico-mathématique admet une quantification et que celle-ci peut même être automatisée, on comprend  l’usage exclusif de la sélection par les maths à tous les niveaux de l’éducation. De là à ne juger des talents qu’à cette unique forme d’intelligence, il n’y a qu’un pas qui a été largement franchi. Ici, l’intérêt de l’exposé de Gardner n’est pas dans son contenu, mais dans le souci de distinguer par rapport aux autres cette forme d’intelligence spécifique. On peut relever dans ce chapitre de nombreuses inexactitudes. Il y a une différence entre l’intuition proprement mathématique, la construction mécanique de raisonnements qui appliquent une règle (le problème de mathématique et ses astuces), et l’art de la déduction logique complexe.

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 intelligence spatiale. On se demande par quelle principe de classification Gardner en arrive là. C’est une énumération indéfinie. Si on suit ce  gendre de distinction, il faudrait un « intelligence du temps » et une « intelligence de la causalité ». Le rapport avec ce qui précède n’est pas clair. D’autre part, la géométrie fait partie des mathématiques. Les exemples choisis y sont empruntés. Mais cet espace est par nature abstrait. Ce n’est pas l’étendue concrète. Pour que le propos se tienne, il faudrait trouver avant tout une réflexion sur l’orientation dans l’espace à partir du corps, ou encore, une élaboration de l’espace dans la danse par exemple. Mais Gardner mélange tout et passe d’un point de vue à l’autre. En fait, Gardner est sur la piste de l’intelligence perceptive, dont il mélange la reconnaissance des formes avec l’aptitude à peindre et à dessiner. Additionner ces considérations avec  l’exemple du jeu d’échec accroît encore la nébulosité du propos, car ce qui est spécifique des échecs, c’est la stratégie, pas seulement la représentation d’un espace. Donc un calcul.

    e) Sous l’appellation intelligence kinesthésique Gardner désigne le langage du corps et l’intelligence du mime. L’habileté ici, est de pouvoir se servir du corps comme d’un véhicule expressif, sans passer par le langage verbal. Cette voie dans la pédagogie est valorisée sous le nom "d’expression corporelle". Ensuite, l’idée de performance réussie, étendue au sport, permet de rattacher n’importe quelle performance physique au domaine de la culture. Ce type d’intelligence concerne tous les métiers centrés sur le corps. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, au-delà des généralités, sur la relation intelligente au corps, mais cela outrepasse le propos de Gardner.

    f) Sous le nom d’intelligence intrapersonnelle, Gardner désigne l’aptitude à l’introspection, la capacité de porter un regard critique sur soi-même, de mesurer ses  limites et de comprendre ses réactions. Le terme est obscur, il vaudrait mieux lui préférer le concept de lucidité. Il faudrait aussi qu’il ne soit pas dissocié de la conscience et de l’attention et qu'il soit rattaché de manière claire à la connaissance de soi. Sur ce registre, Gardner délaye des généralités et ne pose pas la question de l’auto-observation. Nous avons vu qu’effectivement l’investigation de la nature de la conscience favorise l’expansion de l’intelligence, mais on ne peut pas la dissocier de la relation au monde et de la relation à autrui.  

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     2) A ces sept types, peuvent s’en ajouter d’autres, comme « l’intelligence naturaliste » de celui qui a le don de l’observation et du classement. C’est l’aristotélicien qualifié en quelque sorte. Autre catégorie, « l’intelligence existentialiste » (!?) qui serait définie comme une aptitude à se questionner sur l’origine des choses.

    En l’absence de classification précise, il semble bien que l’on puisse en fin de compte isoler et baptiser «intelligence » n’importe quelle activité réalisée avec une certaine habileté. Il suffit de pouvoir exhiber une « performance » dans un domaine donné. Il devrait y avoir une intelligence du jardinage, de la cuisine, de l’informatique, des jeux vidéo ou du poker etc.

    Le succès de l’hypothèse de Gardner tient à l’exploitation pédagogique qui en a été tirée dans les écoles. Les réformateurs se sont emparés de ses arguments pour partir en guerre contre le QI, la tyrannie des mathématiques et faire l’éloge des différences d’aptitudes. C’est donc au nom du combat idéologique en faveur de l’égalité que la théorie a connu son succès. Un succès public. A l’élève en échec scolaire, dont le niveau de culture est proche de l’analphabétisme, on pourra toujours dire qu’il est un génie du ballon de foot. A la jeune fille qui ne comprend rien à rien, on peut toujours indiquer sur le bulletin scolaire qu’elle est gentille, soignée de sa personne et souligner son intelligence relationnelle. Quant à savoir ce qu’est l’intelligence, comment il serait possible de la développer, quel lien précis elle entretient avec la culture, c’est autre chose. Pour l’essentiel, il nous semble qu’il serait plus judicieux de parler de créativité multiple et de se mettre en quête de l’essence de la créativité que de procéder à des distinctions aussi confuses.  

     Par ailleurs, il faut savoir que cette entrée en force dans la pédagogie n’était qu’un succès public, car la théorie de Gardner a été très largement rejetée par les spécialistes. George Miller, un psychologue connu pour ses découvertes sur le fonctionnement de la mémoire, déclare dans The New York Times Review of Books, que l’argumentation de Gardner se ramène à un fatras de raisonnements boîteux et d’opinions confuses. En bref, il lui est reproché communément d’être plus de la rhétorique que de la science. On peut louer les qualités de communicateur de Gardner, mais sur le fond, l’exposition reste très floue. L’approche de Gardner n’apporte pas de preuves, ne fournit pas de tests que ses collègues pourraient évaluer. Pas de mesure possible, pas de quantification, pas d’expérience. Gardner a d’ailleurs publiquement reconnu que le jugement par lequel il élève au rang d’intelligence une aptitude relève plus à d'un procédé empirique que de la science. Il n’est donc pas utile de chercher comment  mener une série d’expériences, pour confirmer ou infirmer, comme Sheldrake le fait pour la théorie de la causalité formative… Il n’y a pas vraiment de théorie.

B. De la pensée fragmentaire à l’intelligence

    Il est facile de suivre la pente de la pensée fragmentaire, c’est notre commune habitude, le résultat ici, c’est bien évidemment une représentation fragmentaire de l’intelligence. Comme l’intellect est l’outil qui opère la fragmentation, nous pouvons aussi bien dire que le propre d’une représentation intellectuelle c’est d’être fragmentaire. L’intellect est capable de prodiges dans son domaine propre qui est celui de l’analyse. (R) Si la construction de Gardner en est un exemple modeste, il en est de plus célèbres et de plus ambitieux. Mais toujours dans la pensée fragmentaire. Qu’est ce qu’une pensée non-fragmentaire ? Est-il possible d’avoir une appréhension globale du réel ? Le propre de l’intelligence n’est-il pas précisément de percevoir une unité, là où l’intellect tend à séparer et opposer ?

     1) Nous allons maintenant devoir revenir de manière plus approfondie sur cette question déjà abordée plus haut. Pour nous approcher de ce qu’est l’intelligence, il est indispensable de comprendre au préalable la nature de l’intellect. Nous avons vu que l’intellect est la faculté de discerner, il est même cette faculté qui nous rend capables de faire preuve de discernement.

    Cependant, la matière sur laquelle l’intellect opère, est la pensée et la pensée est aussi l’aptitude à raisonner et à imaginer. La pensée peut tout autant être impersonnelle, claire et distincte ; que très personnelle, obscure et confuse et donc source d’illusions. L’illusion est une construction mentale produite par la pensée. On considère d’ordinaire que l’intellect est différent de l’émotionnel, mais nous avons déjà montré que ce genre de distinction est purement théorique, car en réalité, les réactions émotionnelles sont un carburant très efficace, qui alimente nos processus mentaux les plus communs. Nous ferions bien, donc, de considérer la pensée comme un tout et de l’examiner comme tel. Nous aurions ainsi avantage à « utiliser le mot intellect pour exprimer la totalité de la capacité humaine de penser ». (texte) La totalité désigne le domaine de la théorie. Une théorie scientifique, une thèse philosophique, sont des constructions intellectuelles. Mais, il est indispensable dans ce qui suit de cerner aussi l’activité de l’intellect en pratique. La gestion du cadastre à la mairie, l’organisation de la tournée du facteur, la recette de cuisine, le tracé de l’itinéraire des vacances, le discours que se prépare l’amoureux pour s’excuser auprès de sa belle, les fantasmes  de l’élève distrait en classe et qui s’envole dans une rêverie, etc. tout cela procède de la pensée. Des constructions mentales de l’intellect. Qu’il s’y ajoute une plus ou moins grande implication affective, de l’émotionnel, (cf. Eckhart Tolle texte) ou que la pensée procède avec méthode, suivant une approche rationnelle n’y change rien. C’est encore de la pensée et en réalité l’œuvre de l’intellect. Nous sommes en fait bien plus souvent intellectuels que nous voulons bien le reconnaître, le problème c’est que nous n’avons tout simplement pas conscience de nos pensées. Le plus souvent, nous sommes jetés dedans. C’est précisément une opération, hautement intelligente que d’observer très attentivement l’activité de la pensée.

   --------------- L’intellect est-il réellement créatif ? (video) Peut-il produire une vision neuve du réel ? Ou bien ne fait-il que mettre en forme ce dont la mémoire dispose ? Si nous considérons avec beaucoup d’attention notre rapport à la pensée dans la vigilance quotidienne, nous verrons que l’intellect pense à partir de ce qu’il sait. Il s’appuie sur la mémoire, il construit à partir du stock de son expérience passée, il va du connu au connu, (texte) de déduction en déduction, de généralisation en généralisation, d’explication en explication. En un sens, nous pourrions dire que ce que nous nommons la pensée est une réponse de la mémoire élaborée sous la forme de constructions mentales. La pensée s’appuie sur le passé. Elle a une certaine inertie qui fait qu’elle tend à s’arrêter dans des conclusions et des explications. Elle est par nature limitée et limitative. Si c’est bien elle qui élabore le savoir, c’est aussi elle qui se satisfait de la croyance, car le savoir comme la croyance, sont des formes de pensées arrêtées. Leibniz dit que nous sommes empiriques les trois quarts du temps. Le vrai sens de cette formule, c’est que nous fonctionnons communément dans une pensée qui est mécanique, rigide et compulsive (texte). L’intellect n’est pas réellement créatif, il ne fait du neuf qu’avec un arrangement de l’ancien. Les trois quarts de nos pensées relèvent d’une projection et ne sont pas créatives.  Quand la vie nous pose une question, au lieu de laisser la question résonner en nous pour entrer de manière neuve dans le problème, notre réaction commune consiste à dégainer notre savoir, nos références d’autorité, notre stock de préjugés ou de croyances. De même, notre propension habituelle est de sauter très vite à une conclusion, sans prendre le temps d’un examen, ou bien d’expédier une question, en retenant une explication arrêtée ; de sorte que notre rapport au problème est en définitive une réaction conditionnelle. Il n’est pas intelligent. Pour que notre relation avec la Vie soit intelligente, il est nécessaire qu’elle soit toujours fraîche, neuve et qu’elle soit une exploration créative, toujours en mouvement. En un mot, un questionnement. Cela ne veut pas dire que seuls sont intelligents ces longs et ardus traités scientifiques et philosophiques, que l’on suppose dus à une investigation patiente et originale. Non. L’intelligence intervient de manière très spontanée, quand l’ensemble du connu est mis entre parenthèses. C’est tout à fait remarquable, mais cette percée de l’intelligence intervient quand un espace de silence est créé et qu’une question est posée à l’esprit. Une question directe, bien posée, et même réitérée, crée immédiatement une ouverture et elle met l’esprit dans un état de vacuité, de disponibilité qui a une immense importance, car il laisse en rade les conditionnements habituels et la propension à penser de manière réactionnelle. C’est dans le silence qui suit la question qu’une intelligence nouvelle surgit. Au moment où la pensée accepte de ne rien savoir. Cette intelligence éveille l’intuition de celui qui écoute et elle permet à celui qui parle de reprendre à nouveaux frais ce qu’il explore, sans le lest de pensées préconçues.

    Tout ceci peut être facilement vérifié. Examinons un discours qui ronronne, ne laisse pas un espace de suspension pour le silence et ne pose jamais de question. Nous verrons par nous-mêmes qu’il est le plus souvent convenu, dogmatique, rhétorique ou répétitif. Indéniablement, il s’agit de pensée et d’intellectualité qui peut être sophistiquée, mais qui ne brille pas toujours par l’intelligence. L’intelligence est là quand l’intellect est suspendu et que la pensée se fait plus intuitive, quand la pensée se fait essentiellement vision, et qu’elle est un voir qui ne divise pas, mais appréhende ce qui est de manière globale.

    2) L’intelligence ne se réduit pas à une performance ou à une compétence spécifique. Nous savons que les calculateurs prodiges peuvent aussi être des idiots savants. On peut être redoutablement efficace dans une activité spécifique et manquer complètement d’intelligence dans la relation humaine. Quel sens pourrait bien avoir un QI de 150 si c’est pour être incapable de ses dix doigts, n’avoir de sensibilité esthétique que primaire et vivre en autiste, autant coupé des autres que de la Nature ? L’aptitude à résoudre des énigmes de pacotilles, est-elle vraiment de l’intelligence ou  seulement un snobisme de l’intellect ? A quoi bon cette excroissance, quand par ailleurs la personnalité n’est pas intégrée et quand la relation avec la Vie est inexistante? Que vaut un si petit talent, s’il n’a aucun pouvoir d’intégration, s’il ne contribue pas à me permettre de mieux me comprendre moi-même ? Et puis, sur le registre de la performance, peut-on vraiment parler d’intelligence, quand il ne s’agit à tout pren

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    a) Toutes ces confusions et bien d’autres du même type, viennent de l’identification de l’intelligence à l’intellect ou au mental pensant. Ce qui est erroné. Au sommet du mental pensant qui ne fonctionne que dans la dualité et la division, il y a un mental intuitif dont la première caractéristique est d’opérer dans l’unité. Pascal disait : « Je tiens pour  impossible de connaître la partie sans connaître le tout ».  Interpréter dans les termes de l’intellect, cela donne: prétendre tout savoir sur tout, pour savoir une seule chose ! Ce qui est bien sûr une sottise. Compris en terme d’intelligence, cela veut dire : tout ce qui existe, n’existe qu’en corrélation, existe au sein de la totalité, de sorte qu’une compréhension juste se déploie dans ce qui est uni, lié, inter-relié, corrélé à l’infini et elle n’isole et ne fragmente rien.

    b) De plus, le concept clé de l’intellect selon lequel il existerait des « choses » séparées, conduit à une représentation fondamentalement statique. L’intellect adore l’immobilisme, car c’est dans univers mort qu’il peut jouer avec des concepts, les combiner et les recombiner à l’infini. Il n’est à l’aise qu’avec l’arrangement fragmentaire d’une mobilité qui est en définitive artificielle. Chosique. Mais la vérité, c’est qu’en définitive, il n’y a ultimement pas de « choses », il n’y a qu’une énergie constamment en Devenir. Il y a le Changement et pas de choses qui changent, comme dit Bergson. La plus haute intelligence est précisément d’être au plus haut degré conscient du dynamisme du Réel, au point que cette vision s’exprime dans la Force d’une intuition. Non seulement ce qui existe dans l’univers relatif se trouve en constate corrélation, mais est aussi en auto-transformation incessante. Tout change et tout change toujours. Comme le dit David Bohm, l’holomouvement est au cœur du réel. Si, comme le dit Spinoza, la vérité n’est pas une peinture fanée sur un mur, si elle dit ce qui est, elle doit être vivante, elle doit être intuitivement portée par l’énergie de ce qui est. La souplesse de l’intelligence consiste à épouser ce toujours du changement, sa flamme, son incandescence, en laissant tomber les abstractions mortes de l’intellect.

    c) Enfin, dernière remise en question. Le caractère coupant de l’intellect, son travail séparatif, ce que nous avons appelé ailleurs la boucherie de l’intellect et le cynisme de l’esprit calculateur qui lui est attaché, ont finit par nous persuader qu’il fallait se méfier de l’intelligence, que trop d’intelligence impliquait beaucoup de cruauté. L’arraisonnement de la Nature par la technique, son procédé de liquidation et d’exploitation ont fait naître une méfiance qui ne peut plus s’endormir. Nous ne pouvons plus nous extasier comme des benêts devant les prodiges de l’intellect scientifique. Nous avons peur et notre sentiment de péril atteint désormais notre condition d’habitant de la planète Terre. Devant cette emprise titanesque de l’intellect, la réaction est communément d’en appeler contre l’intellect aux émotions. Comme si le sentimentalisme devait contrebalancer le cynisme glacé et méprisant de l’intellectualisme. L’intellect est il est vrai glacial, il ne connaît pas la chaleur du sentiment et il est étranger à la compassion ; mais ce n’est pas la vérité de l’intelligence. Il n’existe pas de séparation réelle entre la sensibilité et l’intelligence. Croire le contraire, c’est s’illusionner, c’est précisément être piégé par l’intellect et ne pas avoir compris ce qu’est l’intellect.

    Ainsi « Lorsqu'on

 

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    © Philosophie et spiritualité, 2007, Serge Carfantan,
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