Leçon 49.   La sociabilité humaine        

    Quand nous voyons dans quel pétrin se trouve notre société et les difficultés énormes qu’elle rencontre, nous sommes tout près de considérer qu’il faut une force extérieure considérable pour maintenir les hommes ensemble, car ils ne semblent vraiment pas sociables. L’existence des conflits sociaux est immémoriale et il ne semble pas y avoir de société humaine sans tensions internes. Hobbes en a tiré des conclusions cyniques : le meilleur régime politique, c'est l'absolutisme, et la seule paix possible, c'est la paix sous la surveillance d'une police.

    Pourtant, l’édification de toute l’histoire s’est sédimentée dans des institutions sociale et nous vivons dans un monde qui est ce qu’il est grâce au dynamisme de la société. Ne devons-nous pas après tout ce que nous sommes à la société ? N’est-il pas naturel pour l’homme de se sentir membre d’une société ? Y a-t-il une grande différence entre se sentir membre d’une famille et membre de la société ?

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A. Sociabilité et Nature

    1) Si l'homme fait partie de la Nature, il faut bien que d'une certaine manière, la société humaine soit naturelle. Mais à condition que l'on regarde la Nature elle-même, comme un agencement constants de moyens en vue de fins. Dans une interprétation finaliste de la Nature, il devrait y avoir une explication naturelle de l’existence des sociétés humaines. Dans l’Antiquité, Aristote partait du principe que la société humaine est aussi naturelle que la société animale.

    ---------------L’homme par nature un animal politique. Le lien entre les hommes est d’abord celui que tissent les besoins et c’est en fonction de la complexifications des besoins, que se comprend l’édification de la Cité. Le lien entre les hommes est d’abord celui que tisse les besoins naturels et c’est en fonction de la complexifications des besoins que se comprend l’édification de la Cité. De ce point de vue, il existe une sociabilité naturelle qui remonte à la communauté de la famille. Ce sont les besoins qui primitivement, lient les hommes entre eux. . La thèse d’Aristote dans L'Ethique à Nicomaque et La politique, est donc d’abord d’ordre économique, mais elle a une portée bien plus large dans le cadre d'une philosophie de la Nature. (texte)

    La première communauté familiale est celle qui est fondée sur la satisfaction des besoins quotidiens. « La communauté constituée par na nature pour la satisfaction des besoins de chaque jour est la famille». (cf. texte)

    Afin de pourvoir satisfaire aux besoins qui ne sont plus quotidiens, les familles doivent s’unir et c’est ainsi que se structure le village. Les villageois sont ceux qui s’entraident pour la satisfaction de besoins que chacun ne pourrait pas satisfaire à lui seul.

    ... alors la Cité, dont la vocation première, selon Aristote, est l’autarcie, l’indépendance économique. La Cité vient achever le processus de socialisation. La Cité n’est pas seulement là pour permettre à chacun de vivre, elle « existe pour permettre de bien vivre ». Le nom moderne que nous avons adopté pour cette structure est l'État. (texte)

    De la famille à la Cité, en passant par le village, il y a une continuité naturelle, en sorte que la société paraît avoir été voulue par la Nature, en vertu de la finalité naturelle. De même que la Nature a fait l’œil pour réaliser la fonction de la vue, elle a fait la Cité pour réaliser la fonction de la communauté, pour la porter à sa perfection propre. « C’est pourquoi toute cité est un fait de nature ». Si la sociabilité de l’homme participe de la Nature, elle participe aussi de sa finalité, elle a été voulue par la Nature comme « à la fois une fin et un bien par excellence ».

    ... est la totalité qui précède l'existence des parties. De même, dans la totalité politique, la structure du tout est antérieure aux individus. La Cité en ce sens est « antérieure à la famille et à chacun de nous pris individuellement. Le tout, en effet est nécessairement antérieur à la partie, puisque le corps entier une fois détruit, il n’y aura ni pied ni main, sinon par simple homonymie et au sens où l’on parled’une main de pierre : une main de ce genre sera une main morte. » Si le tout est antérieur à la partie et lui donne son sens, l’individu comme partie de la société, ne peut se définir sans sa relation avec elle, et l’individualisme est dans son principe une erreur. Il n’y a d’individu qu’au sein d’une société de même qu’il n’y a d’organe qu’au sein d’un corps. La société est un corps social dans lequel chacun trouve sa place et dans lequel la vie nourrit chaque individu. Ici nous pouvons remarquer à quel point la thèse d’Aristote s’appuie sur une conception finaliste et organiciste de la Nature. Toujours est-il qu’il en résulte que l’individu – parce qu’il ne peut pas se suffire à lui-même - n’a sa place qu’en tant que membre organique de la Cité. Un homme qui serait auto-suffisant dit Aristote, serait soit une brute, un animal revenu à la nature, ou bien un dieu qui par nature est parfait et ne dépend de rien. Ce qui caractérise la condition humaine, c’est la dépendance d’une multitude de besoins, et il est naturel que les hommes vivent unis dans un tout social, qui est lui-même un tout qui fait partie de la grande totalité de la Nature.

    2) Cette idée que le Tout est supérieur à la partie se retrouve chez la conception, cette fois-ci religieuse du Grand Être d’Auguste Comte. Dans sa vision de la religion de l'humanité,  il soutient que vouloir penser l’individu indépendamment de la Société est une absurdité. La Société n’est pas décomposable. Elle existe avant la naissance de chaque individu et existera encore après sa mort. Elle est le corps mystique de l'humanité, dont chaque homme est une simple cellule. Nous en pouvons pas fragmenter ce qui est indissociable. En tant qu'individu, je dois tout ce que je suis à la Société. J'ai reçu de la société ma langue, ma culture, mon savoir, mes usages, mes pensées, mes espoirs, mon avenir, mon éducation ma culture. L'individu, pensé à part, cela n'existe pas. L'individualisme est une aberration, car il pense l'existence de manière fragmentaire, alors qu'elle est toujours prise dans un tout qui al dépasse. Pour comprendre l’existence sociale, il ne faut pas la dissoudre, mais au contraire montrer la dépendance étroite qui lie la partie au tout. Cette dépendance de l’individu à la société justifie le fait que nous « naissons chargé d’obligations de toute espèce, envers nos prédécesseurs, nos successeurs, et nos contemporains ». Comte en déduit qu’il n’y a pas de « droit » de l’individu, contrairement à ce que nous pensons, il n’y a que des « devoirs » envers la Société, qui est comme le corps mystique de l'Humanité qui nous a engendré. Le positivisme accrédite la naissance de la sociologie qui se développe après lui avec E. Durkeim. Si la mystique du "Grand Être" disparaît, par contre la réification de la "société" y trouve toute sa place et le commencement de sa longue carrière. Le "social" y recevra un statut de réalité en soi, réalité dont une étude

: la sociabilité humaine est liée au langage. « La nature en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme, seul de tous les animaux possède la parole. Or, tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient pour ce motif aux autres animaux également (car leur nature va jusqu’à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres) ; le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste ». La communauté humaine est naturelle de fait, mais elle est fondée sur le langage. Ce qui change tout. Le langage, c’est justement la possibilité d’un artifice le langage rend possible une entente fondée sur le consensus et la convention. De là à dire que la société humaine est conventionnelle il n’y a qu’un pas.

B. Sociabilité et convention

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Vos commentaires :

Questions:

1. En quoi la sociabilité humaine se distingue-t-elle de la socialité animale ?

2. Faut-il compter la compétition, la rivalité, le besoin de dominer autrui, au rang des facteurs de sociabilité ?

3. Du point de vue de l’aptitude d’une culture à préparer l’homme à la vie sociale, peut-on opposer société traditionnelle et société moderne ?

4. En quoi la thèse de la formation des premières sociétés de Rousseau est-elle particulièrement originale ?

5. L’idée de société conventionnelle implique-t-elle l’insociabilité de la nature humaine ?

6. Peut-on imaginer une société sans forme d’éducation ?

7. L’ambiguïté de la nature humaine exclut-elle la possibilité que l’homme dépasse l’individualisme et vive en paix avec ses semblables ?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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