Leçon 97.   L’illusion et la vie      

    Nous entretenons vis à vis de l'illusion un rapport très ambigu. D'un côté nous aimons l'illusion, parce que nous aimons le jeu, et comme notre technique permet de nous livrer du spectacle, des images, une réalité virtuelle, au fond, nous serions facilement tentés de planter là, ce que l’on nomme la réalité, pour rêver. Après tout, dans le rêve, tous les fantasmes peuvent se satisfaire. Mais justement dans ce cas, ce n’est plus un jeu, mais un piège qui se referme, car ce que nous cherchons alors dans l’illusion, c’est l’hébétude. Se plonger dans l’illusion, c’est comme rester scotché devant un écran où tourne en boucle des divertissements. Cela permet d’oublier la réalité. Au fond, nous aimerions bien passer notre vie à rêver.

    Seulement, l’état de rêve, avec ses lois et son unité, n’est pas l’état de veille, ses relations et sa dualité. Dans l’attitude naturelle, personne n’irait conteste la réalité massive du monde. Personne ne doute qu’il est un des individus séparés les uns des autres, personne ne met en cause la dualité constante sujet/objet. Notre conscience dans la vigilance est celle de notre effort pour vaincre la réalité extérieure et la modeler selon nos désirs. Ce qui ne va pas sans mal, ni sans souffrance, ni sans illusion... Nous vivons par procuration dans d’innombrables désirs dont nous souhaitons ardemment la réalisation. Tellement que le mirage de nos attentes est sans arrêt sous nos yeux. Le monde devrait être autrement pour qu’il soit tel qu’il puisse m’apporter satisfaction. Et comme il ne me satisfait pas, je n’ai plus qu’à cracher sur sa réalité et à dire avec amertume, que de toute façons tout n’est qu’illusion !

    Où réside l’illusion ? Dans la fuite ? Dans ce qui est ? Dans ce qui devrait être ? Et pourquoi pas dans la pensée elle-même ? Faut-il croire ceux qui disent que la vie, pour se maintenir, a besoin de l’illusion ? Faut-il justifier l'illusion en lui laissant une place dans l'économie de la vie? Quelles sont les illusions auxquelles nous pourrions mettre fin ?

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A. Le refuge de la pensée et l’illusion

    Dans La Vie est belle de Roberto Begnini, nous avons un exemple remarquable de ce qui peut être appelé une illusion protectrice. Guido, le héros, est un personnage qui n’est présent dans le monde réel que comme un prestidigitateur, pour qui le principe de réalité est remplacé par un principe de l’illusion.

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sans que l’illusionniste ait changé. C’est toujours Guido et sa légèreté, au milieu de l’horreur indicible. Dans la première partie, la relation de Guido avec celle qui va devenir sa femme est toute empreinte de magie. Tout arrive selon des coïncidences extraordinaires. Guido, c’est un peu comme le chat botté, celui qui est capable de tout changer avec magie. Il est léger, et sans attache dans le monde réel, il est la passion, la joie de vivre. Inconscient, il ne veut pas croire au sérieux des doctrines de la " race supérieure ". Quand son fils est là, il va tout faire pour lui montrer que l’on peut, avec un peu de sens du jeu, voir que " la vie est belle " contre toutes les apparences qui nous prouveraient le contraire. L’enfant est crédule, il marche, mais en même temps, il se rend bien compte que cela cloche dans le camp de concentration, il revient face au père en lui rappelant la réalité. Mais Guido fanfaronne et lui promet de gagner au jeu, il se laisse prendre. A la fin, il aura le char d’assaut qui était promis, quand les américains débarquent et libèrent le camp de concentration. Cela veut dire, " l.... ". L’illusion est ici une protection pour l’enfant, elle dissimule l’horreur, la laideur, la brutalité ignoble, elle fait voir seulement l’aspect rieur de la vie, la moquerie amusée devant tous les événements. (texte)

    ---------------Nous pourrions nous insurger, dire que le père a menti. L’enfant pourra lui en vouloir de lui avoir caché la vérité. Guido va mourir comme un chien, d’une rafale de mitraillette, dans un fossé du camp. Le bouffon disparaît, mais sans renoncer à son rôle pour protéger son enfant de l’horreur. Le pathétique est là, comment un être innocent peut il mériter cela. C’est la victoire de l’ordure, contre l’art : c’est révoltant, écœurant. Mais c’est aussi la beauté d’un don de soi. Guido n’était qu’un pantin, un clown, mais il a tenté de sauver l’âme de son fils. Le pantin est jeté, le clown est exécuté, mais il a peut être plus de grandeur que celui qui le tue. La leçon à en tirer, n’est-ce pas celle qui dit que la Vie doit garder une légèreté spirituelle, dans la lourdeur et le grouillement de l’immonde. Avoir les pieds sur terre, être réaliste, c’est une formule qui a sa valeur, mais dans un monde violent et stupide, cela ne sauve personne.

    Faut-il vraiment détruire toutes les illusions? En quoi l'illusion peut-elle être protectrice? Si l'illusion a ici une valeur, ce doit être celle d'un manteau tissé par la pensée pour recouvrir une vie encore fragile, une vie qui est encore trop faible pour affronter lucidement la complexité du réel. Celle d’un enfant. D’autre part, si l'illusion a ici une valeur,c'est aussi pour nous rappeler qu'après tout, le sérieux absolu que nous prêtons aux événements et aux choses ne tient qu'à notre regard sur les choses, au drame horrible que nous nous représentons, il ne tient peut être pas aux choses elles-mêmes. Si nous avions une vue plus globale, plus distanciées, plus complète, la vision du drame ne serait-elle pas modifiée ?

    Ce type de raisonnement est très inquiétant. Il est empêtré dans la compromission. C’est tout de même justifier la valeur de l’illusion que de voir les choses ainsi. Je doute qu’un médecin, confronté à l’existence d’une tumeur cancéreuse chez un des ses patients, puisse faire de ce type de justification une éthique de sa pratique médicale. Il dira plutôt qu’il faut dire la vérité au malade et ne pas entretenir chez lui d’illusion sur son état de santé. Mais casser sa bonne humeur le jour d’un contrôle de routine, le jeter dans le désespoir devant un diagnostic terrible est une décision difficile. Faut-il le laisser dans l’illusion jusqu’à ce que la douleur se déclare ? Espérer que la tumeur va en rester là ? Ce patient est en un sens protégé par l’illusion que son corps est en bonne santé. Comme le fils de Guido est protégé par l’illusion que le camp de concentration, les sévices, le four crématoire, tout cela n’est qu’illusion, un grand jeu. Mais c’est t...

   2) Le sens du mot illusion est assez clair : illusion vient d’illudere en latin, qui veut dire jouer, et nous avons bien vu la parenté de l’illusion et du jeu. Cependant, il y a jouer et jouer, il y a être pris au jeu et être parfaitement conscient, savoir que ce n’est qu’un jeu. Il y a illusion quand se manifeste dans l’esprit une propension à croire dans une représentation qui n’est pas la réalité, mais qui est indûment surimposée à la réalité. C’est voir le serpent dans la corde, c’est voir la pièce d’or dans le morceau de nacre. L’esprit qui est piégé par l’illusion se comporte comme si la représentation était vraie, il est abusé et il s’est abusé lui-même. Il en résulte que tout ce que la pensée va construire ainsi à partir de l’illusion ne sera plus alors que rêveries en l’air, fantasme, fiction, errance et imagination. Plus d’ancrage dans le réel. Des châteaux construit en l’air. Mais le réel reprendra nécessairement ses droits à un moment où à un autre et ce sera terrible, un cataclysme, un séisme au sein de la pensée. Le château écroulé dans des ruines de l’inexistence, avouant brutalement son inexistence. Une sécurité fondée ...

    Dans l’attitude naturelle, ce que nous attendons d’ordinaire de la vérité, c’est seulement des conséquences utiles et agréables explique Nietzsche ; ou plutôt, ce qui nous rassure et garantit notre sécurité. Ainsi, « Le menteur fait usage des désignations valables, les mots, pour faire que l'irréel apparaisse réel : il dit, par exemple; «je suis riche», tandis que, pour son état, «pauvre» serait la désignation correcte. II mésuse des conventions fermes au moyen de substitutions volontaires ou d'inversions de noms. S'il fait cela d'une manière intéressée et surtout préjudiciable, la société ne lui accordera plus sa confiance et par là l'exclura. Les hommes ne fuient pas tellement le fait d'être trompé que le fait de subir un dommage par la tromperie. Au fond, à ce niveau, ils ne haïssent donc pas l'illusion, mais les conséquences fâcheuses et hostiles de certaines sortes d'illusions. C'est dans un sens aussi restreint que l'homme veut seulement la vérité : il convoite les suites agréables de la vérité, celles qui conservent la vie; envers la connaissance pure et sans conséquence il est indifférent, envers les vérités préjudiciables et destructives il est même hostilement disposé ». 

    Si le besoin de sécurité est plus important que la vérité elle-même, si notre relation à la vérité en est à ce point affecté que nous ne souhaitons ne conserver que ce qui nous flatte et éloigner ce qui nous dérange, il en résulte que d’une certaine manière, nous cherchons à confectionner un cocon d’illusion pour y nicher notre subjectivité.

    A ce point, ce que nous attendrions de la part d’un philosophe, c’est qu’il prenne une position ferme et qu’il dénonce cette illusion. Pensée du soupçon, dénonciation des illusions, toute l’œuvre de Nietzsche tente un travail de sape des fondements traditionnels de la morale. Or, par un retournement singulier, Nietzsche dit que la Vie a besoin d’illusion pour se protéger et grandir, d’une certaine manière, il faut laisser une place à l’illusion. Dans la Seconde considération intempestive, Nietzsche écrit  :

    « L'homme crée seulement quand il aime, quand il baigne dans l'illusion de l'amour, c'est à dire, quand il croit de façon inconditionnelle à quelque chose de juste et de parfait.
Si on force quelqu'un à ne plus aimer de manière inconditionnelle, on tranche les racines de sa force.

    (…) Tout être vivant a besoin d'être enveloppé dans une atmosphère, dans un voile de mystère ; si on enlève cette enveloppe, si on condamne une religion, un art, un génie à graviter comme des astres privés d'atmosphère, on ne doit pas s'étonner de les voir se dessécher - devenir durs et stériles.

    Il en est ainsi de toutes les grandes choses qui ne réussissent jamais sans quelques illusions. (...) Pour parvenir à maturation, chaque peuple, chaque homme même, a besoin d'un tel voile d'illusion, d'une telle enveloppe protectrice ».

    De toute manière, dénoncer des illusions n’a de sens que si on sait quoi mettre à la place. Si ce que l’on propose en lieu et place de l’illusion est encore plus illusoire que ce que l’on dénonce, c’est un acte purement nihiliste. (texte)

    Le voile de l’illusion, ce que l’Inde nomme le voile de mâya, est-il donc si intime que la Vie ne puisse croître, créer et grandir sans se couvrir toujours d’un manteau d’illusion ? Est-ce à dire qu’il y a une Illusion métaphysique, qui, par nature, accompagne le mouvement même de la Manifestation ?

B. Mettre fin aux illusions psychologiques

    Même si on ne peut pas extirper radicalement l’illusion, pourtant, il y a nécessité d’y mettre fin quand elle surgit dans la pensée, prolifère dans le monde et devient source de violence, de confusion et de souffrance. Il y a nécessité de traquer l’illusion psychologique. (texte)

    1) Qu’est-ce que l’illusion psychologique ? L’illusion psychologique, telle que nous la rencontrons le plus souvent a sa racine dans le désir amoureux, et la forêt de son développement dans l’amour passion. C’est dans la passion en effet que se produit la cristallisation du désir. Mais le seul exemple de l’amour passion reste insuffisant. Il risque de nous faire oublier toutes les errances idéologiques de la pensée et le processus d’auto-tromperie qui les accompagne et toutes les fuites qui s’ensuivent. Le mot illusion « vient du latin ludere qui signifie jouer, jouer avec quelque chose qui n’est pas tangible. Ce qui est tangible, c’est ce qui se passe réellement,qu’on qualifie de bien, de mal ou d’indifférent. Et quand on est incapable de faire face à ce qui se passe réellement en nous, alors échapper à cela, c’est créer l’illusion » (texte).

    ---------------Ne pourrions-nous pas voir dans l’illusion psychologique, ce qui est produit par la pensée, pour autant qu’elle impose à la Vie la tyrannie de ce qui devrait être, la plaçant alors dans une contradiction insoluble ? Ce travail est patent dans les illusions idéologiques. Notre XX ième siècle a été une époque extraordinaire de foi dans des illusions idéologiques de toutes sortes, que nous avons payé par un solde de millions et de millions de morts. Le nazisme a promut une représentation illusoire de supériorité culturelle d'une race humaine. Le marxisme a entretenu une croyance dans une idéologie qui a enflammé le monde, divisé l'humanité contre elle-même, ruiné au bout du compte les idéaux humanitaires dont il se croyait porteur. Sans compter avec le colonialisme qui l’avait précédé, colonialisme qui ne peut avoir de sens, coupé de sa croyance fondamentale en la supériorité incontestable du modèle culturel occidental. Croyance illusoire elle aussi, mais redoutablement efficace. Terriblement efficace. Les peuples d’Amérique du Sud en savent quelque chose. Ils ont été décimé par cette croyance. L’illusion en aval est une représentation montée dans un but précis et une représentation dans laquelle l’esprit voit une réalité. Mais, du point de vue de ce qui est, dans cet exemple, dans les illusions idéologiques, qu’y a-t-il ? L’illusion de la fragmentation, l’illusion de la supériorité. Il n’existe pas de séparation réelle dans ce qui est, car tout est lié dans le Réel et en définitive, l’humanité est une. Quand dans le mental humain germe l’idée selon laquelle il doit rivaliser avec un autre pour que celui qui est supérieur gagne, il sème une illusion qui propage le chaos. Quand des êtres humains en viennent à croire que le chrétien est supérieur aux païens, que le civilisé est supérieur au sauvage, que le blanc est supérieur au noir, que l’américain est supérieur au reste du monde, alors tout ce qu’ils pensent structure un système conflictuel et une représentation concentrationnaire. Pourquoi ? Parce que la supériorité n’existe pas, parce qu’elle est une illusion, ce qui est sens exact du mot mâya en sanskrit, ce qui n’est pas. Il ne peut y avoir de meilleur et supérieur là une chose est unique, est sa propre référence, parce qu’une chose n’est jamais supérieure à elle-même. L’idée de supériorité idéologique est ...

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    Si j’entretiens la croyance que je dois devenir meilleur qu’un autre, que je dois posséder une personne, que je dois posséder beaucoup d’argent, beaucoup de pouvoir, il est évidemment que mon souci, c’est d’assurer un futur douillet et ainsi, tout ce qui peut me sécuriser dans ce sens est une représentation dans lequel je désire intensément croire. Je cherche une sécurité pour le futur et je me la donne dans des représentations sécurisantes. Les sécurités que je place dans la possession d’une femme, d’une fortune, d’une position sociale, d’un poste haut placé ne sont au fond pas différentes. Elles disent toutes que je dois avoir pour être, qu’être sera dans le futur si je peux avoir. Il y a des représentations mentales très séduisantes qui font miroiter cette promesse de sécurité. Des représentations qui rassurent. Mais y a-t-il jamais eu de sécurité est-elle dans une représentation mentale ? Et cette sécurité que ...

    Est-ce que nous ne sommes pas en train de nous duper nous-mêmes en tentant de meubler le futur de promesses ? Si c’est vrai : « Le chercheur s’impose sa propre illusion : nul ne peut faire cela pour lui, c’est lui seul qui le fait. Nous créons notre illusion et en devenons ensuite les esclaves. Le facteur fondamental de ce processus est notre constant désir d’être quelque chose », d’assurer une continuité. Ainsi, « nous commençons à tricher dès que nous avons cette soif d’être, de devenir, de nous accomplir ». Expérience banale. « Après tout, c’est cela que la plupart d’entre nous désirent : être en sécurité. Être perdu avec les autres est une forme de sécurité psychologique ; s’identifier à un groupe ou à une idée, profane ou spirituelle, c’est se sentir en sécurité. C’est pour cela que nous nos accrochons presque tous au nationalisme, même si nous voyons qu’il n’apporte qu’un peu plus de destruction et de misère ; c’est pour cela que les religions organisées ont un tel empire sur les gens, même alors qu’il est évident qu’elles ne font que diviser et créer encore plus d’antagonisme dans le monde. Le désir de sécurité individuelle ou collective engendre la destruction, et le désirde sécurité psychologique fait naître l’illusion. Notre vie est illusion et douleur, avec de rares instants de clarté et de joie, aussi accueillons nous avec enthousiasme toute promesse de havre ». Krishnamurti.

    2) La mise en cause est sévère. Elle met à jour une forme d’énergie très particulière que le désir propulse, dans l’intensité de la croyance. Fièvre de l’idéaliste pressé de convertir les masses à une idéologie sensée délivrer le salut pour tous. Fièvre du religieux presser de faire du prosélytisme à tout crin pour faire entrer de force dans le sein de son église des brebis égarées. Fièvre du nationalisme halluciné de son propre discours pour la lutte vers une cause finale. Harangue guerrière du politique. Fièvre des fanatiques de tous bords. Dès que le processus est lancé par le désir, il suit son cours « plus nous prolongeons notre erreur, plus elle acquiert d’intensité. Elle nous confère une certaine vitalité, une certaine énergie et la capacité de l’imposer à autrui. Ainsi, graduellement, nous nous prenons à ce jeu et y entraînons les autres. Il y a là un processus de tromperie réciproque. Et en sommes-nous conscient ? Nous nous croyons capables de penser très clairement et très objectivement ; est-ce que nous nous rendons compte que cette façon de penser abuse nos esprits ?  ».

    A question radicale, solution radicale : et si nous acceptions maintenant d’habiter ce qui est sans avoir le souci d’être en quoi que ce soi « quelque chose » ou de devoir absolument devenir « quelqu’un » ? Et si nous acceptions délibérément de n’être rien de particulier ? De ne pas avoir de définition et de ne pas en chercher ? « Alors seulement serions-nous affranchi de toute illusion… l’esprit ne s’abuserait pas lui-même par des justifications, l’esprit ne serait pas avide de sécurité ». Le seul fait de voir les ramifications et les résonances de l’illusion pourrait nous conduire à cet abandon. A tout le moins, nous pouvons au moins comprendre que le petit jeu mental du mensonge interne ne fait que corrompre le mouvement du cœur.

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    ---------------« Toute croyance divise. Nous voyons comment les partis politiques s’opposent l’un à l’autre. Chacun d’eux, ayant sa méthode pour résoudre les problèmes économiques, est en guerre avec tous les autres. Ils ne prennent pas la décision de combattre la famine, par exemple, mais se battent entre eux pour faire triompher des théories censées devoir mettre fin à la famine. Le problème, ils ne s’en soucient guère ; ce qui les intéresse, c’est la méthode à employer pour le résoudre. Ils sont donc en conflit, chacun se souciant plus de son idée que du problème commun. De même, les personnes dévotes sont en conflit l’une avec l’autre, tout en proclamant – en paroles – la vie une, Dieu et le reste ». Mais comment pourrions-nous résoudre nos problèmes, sur un terrain de division ? Comment œuvrer pour la paix dans le monde, pour la prospérité des hommes, dans les conditions mêmes par lesquelles nous ne faisons que perpétuer la division ? Donc la guerre et la misère.

    N’est-il pas indispensable de voir comment la division elle-même opère, comment l’esprit produit la fragmentation qui est dans la pensée ? N’y a-t-il pas au moins urgence à se demander si la fragmentation n’est pas justement une illusion ? N’est-il pas possible d’ouvrir les yeux et de prendre conscience, dans une vision pénétrante de l’ensemble de ces mécanismes ? « La perception même de tout ceci est l’intelligence – non pas

 

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      © Philosophie et spiritualité, 2003, Serge Carfantan. 
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