Leçon 271.  Désir et pensée magnétique  

    Désirer c’est se projeter et imaginer, mais pas seulement, sinon ce ne serait pas vraiment un désir mais seulement un fantasme. Un vrai désir, sensible et d’enthousiaste, trouve son chemin dans le réel et reste ouvert à ce qui est ; on peut même dire que dès qu’il est formulé, il ne cesse de rencontrer les matériaux nécessaires à sa réalisation. Quand nous portons un vrai désir, il y a l’Énergie et nous avons même parfois le sentiment que l’univers conspire à travers nous pour solliciter sa réalisation. Inversement, le faux désir semble dès le début lui inviter les contrariétés parce qu’il est lesté par le manque et pétri de contradictions.

    Nous n’allons pas nous asseoir et attendre que se présente à nous une suggestion à suivre qui puisse faire office de volonté, sous prétexte que la spontanéité est plus simple que l’effort. Nous serions dans une situation qui dénote l’absence de volonté, un peu comme dans le film L’éveil où le patient reste d’ordinaire complètement amorphe et apathique, mais étrangement, réagit avec promptitude au mouvement d’une balle de caoutchouc en l’attrapant d’un geste vif, le mouvement de la balle lui servant de volonté. En pareil cas, le sujet capte un mouvement extérieur et le suit, ce qui lui donne en quelque sorte une volonté par défaut ; une volonté par défaut, ce qui veut dire une volonté qui n’est pas la sienne mais provient de ce qui l’entoure, de ce qu’il voit, des autres, une simple suggestion : une volonté faible, une volonté qui n’a pas la force de la Volonté de l’être psychique issue de l’intériorité.

    Mais la situation est banale. Après la spontanéité de l’enfance, la ferveur naturelle de l’adolescence, vient le plus souvent le temps de la résignation et le pli de la volonté par défaut du conformisme ambiant. Se pourrait-il que nous ayons en cours de route perdus de vue la Force de nos vrais désirs pour ne suivre que les désirs acceptables de notre milieu ? Cela ne nous donne pas plus d’énergie et ne rend pas les choses plus faciles, bien au contraire. Nous avons perdu en cours de route le support de la nature et l’énergie de la volonté.

    Que faut-il en conclure ? L’être humain doit émettre des désirs, c’est sa contribution créative à la manifestation de cet univers ; un désir une fois lancé suit son cours porté par  les puissances de l’univers. Ce qui soulève une question : En quel sens la pensée qui préside au désir participe-t-elle de la puissance de la Nature ?

A. L'énergie du désir et l'intention

    Tout désir commence dans la pensée, se développe dans la parole et se traduit en actions. La pensée, la parole et l’action sont des degrés de manifestation. On remarquera que la pensée à l’origine du désir n’a même pas besoin d’être consciente pour être efficace. Ce qui est en jeu, c’est l’énergie que met en œuvre le désir et la pensée est une forme d’énergie. La question est de savoir s’il faut tracer une séparation entre la dimension subjective où se meut le désir et le monde objectif, où il peut se réaliser, ou bien s’il existe une continuité non-duelle entre le plan non-physique de la pensée et le plan physique où elle s’exprime.

     1) La première mise au point que nous devons poser avec force est la distinction des états de conscience. A lire les textes exaltés des tenants de la pensée positive on a parfois  l’impression qu’il suffit de penser très fort à un désir pour que magiquement l’univers nous l’apporte servi sur un plateau. A quoi on répondrait que rêver ses désirs ne fait pas tout et surtout savoir que le mental est très habile pour créer des illusions et pour s’y perdre. Pour nous inciter à rêver la vie au lieu de la vie, à fantasmer au lieu d’aller jusqu’au bout de nos désirs.

    Et pourtant, cette idée que magiquement nos désirs puisse se réaliser n’est pas entièrement fausse, elle est même est tout à fait pertinente pour caractériser … l’état de rêve ! Ce que nous expérimentons toutes les nuits. La magie onirique de la réalisation instantanée de la pensée. Le rêve est la réalisation du désir sur un plan inconscient dixit Freud. Mais il s’agit d’un état de conscience différent de l’état de veille ;  le rêve se situe dans la sphère privée du sujet, sphère dans laquelle il est effectivement sans le savoir le créateur de tout ce qui lui arrive. Il n’y a pas de délai, c’est vraiment magique. Comme dans les dessins animés. Cendrillon et la fée et hop, la citrouille transformée en carrosse. Le temps d’un claquement de doigts. Il suffit d’y penser avec une forte coloration émotionnelle et le résultat est là, de suite. L’espace-temps-causalité du rêve n’est pas celui de l’état de veille et nous ne devons pas, sous peine de confusion mentale, transposer les conditions de la magie onirique sur l’état de veille. Ce n’est pas en rêvant les yeux ouverts que nous pouvons réaliser nos désirs, ceux qui croient dans pareille méthode nous invitent à aller dormir ou à prendre la tangente de la fuite. Mettre la tête dans les nuages et perdre d’avance le goût de l’aventure, la joie de la création. Inutile de s’exercer à l’instrument si on veut devenir musicien, pas la peine de travailler l’argile, il suffit de la jeter en l’air et elle retombera en statue, il n’y a plus qu’à rêver et jouer aux jeu d’argent pour être prospère. Il suffit de rêver !___________________________________

    Toutefois, ne tombons pas dans l’autre extrême, il y a une profonde vérité dans l’idée que tout se joue dans la pensée. D’autre part, la « réalité » dans l’état de veille est, elle aussi, constituée. Elle n’existe pas indépendamment de la conscience que nous en avons. Il serait arbitraire et simpliste de croire que la pensée n’a aucun effet sur une sorte de réalité monolithique, qui nous tombe dessus en nous réveillant, la « réalité » empirique devenant si écrasante que nous ne pourrions qu’à peine agir sur elle et en elle. Ce n’est pas vrai et ceux qui insistent sur notre impuissance sont des manipulateurs. Le monde de la veille est lui aussi constitué par la conscience, nous en sommes cocréateur, donc pas dans la même situation que le monde onirique du rêveur magicien qui ne se rend même pas compte de ses prodiges. Il reste que de l’un à l’autre, même s’il ne s’agit pas du même état, il y a encore beaucoup de similitudes. Les potentialités de la conscience demeurent dans chaque état.

    Que nous soyons cocréateurs du monde de l’état de veille veut dire que tous les êtres humains désirant sont engagés dans la cocréation d’un monde commun. Impossible de croire que chacun demeure enfermés dans le rêve dans son petit espace privé à jouer dans sa bulle de réalité. Même si pour fuir une existence épouvantable, nous faisons beaucoup d’efforts dans cette direction, il n’en reste pas moins que nous sommes en tant que sujets de la veille inséparable d’une aventure commune, inséparable des autres et lié au sort de la planète toute entière. Les conditions de l’espace-temps-causalité sont différentes dans la veille, elles impliquent la coprésence d’autres sujets que nous-mêmes, le travail exercé sur un monde matériel, les conditions d’une situation d’expérience à un moment historique donné et par-dessus tout, le délai temporel entre l’émission d’un désir et sa réalisation. Ce qui n’est pas le cas en rêve. Tous ces éléments entre en jeu, sans que pour autant modifiée la nature de la conscience et le schéma de la relation entre la pensée, la parole et l’action dans le processus du désir. Bref, nous sommes effectivement dans l’état de veille créateurs de notre réalité parce que nous la modelons par nos intentions, nous lui donnons un sens et que nous sommes acteurs de notre propre vie ; notre vie ne sera jamais ici-bas que la floraison de nos sentiments et le tracé de nos désirs. Mais nous ne sommes pas dans le monde onirique de Mary Poppins !

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    2) Mais revenons à notre point de départ. Dans son Essai d’exploration de l’inconscient, Jung mentionne le cas d’une femme fantasque dans la vie, mais dont les rêves faisaient référence à une agression dans les bois, agression qui, malgré les avertissements de Jung, ne manqua pas de se produire. Il y a aussi cette histoire tragique de l’alpiniste téméraire qui avait rêvé d’une chute en haute montagne entraînant toute sa cordée, alors même qu’il était par ailleurs empêtré dans une série d’affaires louches. Et là encore malgré les avertissements de Jung, l’histoire se finit très mal, exactement comme le rêve l’avait annoncé.

    Il ne s’agit pas ici n’est pas d’un rêve freudien, il ne rumine pas du passé, mais expose une intention, il annonce la visée d’un désir capable d’attirer ensuite à l’état de veille des événements futurs. L’intention peut ne pas être claire pour le sujet qui a toujours la possibilité de s’installer dans le déni à l’égard de ses propres intentions. La situation de névrose se caractérise justement par le fait que le sujet est coupé de sa propre intériorité qu’il ne reconnaît pas et ne veut pas entendre. Ce qui est intéressant, c’est que cela n’empêche pas le désir de suivre son cours et comme il naît de la pensée et que la pensée construit toujours, il ne va certainement pas rester dans le rêve, il va initier sa réalisation.  Le processus est assez mystérieux, mais il est indispensable de le comprendre, pour la bonne et simple raison que l’on y croit ou qu’on n’y croit pas, il agit toujours. C’est quelque part une loi de la nature. Dit autrement, ce que nous trouvons ici, et sur quoi nous devons lever le voile, c’est l’aspect magnétique de la pensée dans le processus de désir. Le rêve fait une déclaration, mais il ne manifeste pas sur le plan physique. L’état de veille est l’état dans lequel la manifestation a lieu. Une fois le processus du désir lancé, il attire à lui, des personnes, des circonstances et des événements. Le processus de la pensée donne son impulsion au désir ; pour être efficace, il n’a pas besoin d’être conscient, il peut être ignoré du sujet qui n‘y prête aucune attention, il n’a pas non plus besoin d’une autorisation morale, il est toutefois agissant, le processus de la pensée qui donne naissance au désir est non-duel, purement énergétique et il traduit la puissance de l’intention.

    L’erreur que nous commettons d’ordinaire est de couper artificiellement la réalité en intérieur et extérieur, subjectif et objectif. C’est faux.  De même, croire que le désir ne commence qu’avec l’action et que ce qui la précède est négligeable est faux. Pire, la croyance selon laquelle que nos pensées seraient gratuites, donc sans conséquences ou sans effets. C’est archi faux. Il n’y a pas de pensée gratuite. La Manifestation d’une réalité dans notre vie commence dans nos pensées, se renforce avec nos paroles et se prolonge dans nos actes. L’idée que la pensée serait sans conséquence ne vaut que dans le domaine clos du rêve. A l’état de veille, la pensée est une impulsion d’énergie qui possède son foyer d’attraction, son momentum, son intelligence propre, la pensée polarise le champ de conscience. C’est un peu comme un aimant qui par son action dessine autour de lui le champ magnétique où la limaille de fer vient se dispose en ondulations. L’analogie peut même être prolongée, car plus l’aimant est puissant, plus il exerce une influence sur le domaine des objets. Plus la pensée est puissante, plus le pouvoir d’influence est grand. Plus l’esprit est faible, plus il se soumet à une influence plus forte que celle de ses propres pensées.

    Donc, la question revient, peut-on tracer une limite ? Et nous commençons à comprendre l’ineptie de cette même question. Un matérialiste pourrait arguer que les très faibles impulsions électriques du cerveau sont quasiment nulles pour affecter le domaine matériel. Mais nous ne parlons pas du domaine physique, nous évoquons ce qui le précède et l’enveloppe, la pensée émerge du non-physique et agit sur le plan physique, il s’agit de quelque chose de très subtil mais en même temps de très puissant que nous ne pouvons pas saisir avec les gros doigts de l’objectivité.

     Observons un moment l’interaction entre la qualité de nos pensées et l’état de notre corps. Rien de gratuit ni d’anodin dans ce défilé répétitif de pensées qui caractérise l’intimité au sens ordinaire. Le moi et son discours. Quand le monologue de l’ego tourne au ressassement de pensées dépressives, il produit un affaiblissement du tonus vital jusqu’à tuer le désir. Cela s’appelle la dépression. Un dialogue intérieur plus conscient, plus vivant, plus enjoué, qui s’élève dans la joie dynamise l’organisme. Il n’existe pas de dualité réelle entre ce que la pensée pense et ce que le corps ressent, car le corps mime la pensée et suit spontanément le pli de l’impulsion qui a donné naissance au désir. D’où l’importance de rester à l’écoute de notre ressenti, attentif à l’écoute de notre dialogue intérieur, car, que nous le voulions ou non, il préforme la qualité de notre expérience. L’intention de la pensée attire tout ce qui lui ressemble et s’en nourrit.

    Le rayonnement du dialogue _______________conscience collective. Ce qui est manifesté est en équilibre.

    B. Le principe d’Empédocle et le désir

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  © Philosophie et spiritualité, 2016, Serge Carfantan,
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