Leçon 59.    Nature de la volonté         

    Qu’est ce que veut dire "vouloir » ? Pour essayer de faire comprendre ce que c’est que vouloir, nous disons à l’enfant « c’est désirer très fort » ! Cela voudrait dire que la volonté et le désir sont de même nature et qu’il y a entre eux qu’une différence de degré. Nous disons la même chose au sujet de la différence entre le désir et la passion. Certes, désir et volonté sont deux modes de conscience, mais n’y a-t-il pas pourtant entre eux des différences ?

    On peut désirer sans aller jusqu’à vraiment vouloir. Mais pourrait-on vouloir sans désirer en même temps ? Une volonté qui ne porterait pas en elle un désir serait une chose très étrange. Qu’y a-t-il de plus dans la volonté qui ne se rencontre pas dans le désir ? Que veut dire l'expression : "avoir de la volonté" ?

*  *
*

A. Entre le souhait et l’effort

    Il y a des différences distinctions importantes, entre des termes proches comme le désir, le souhait, l’effort ou la volonté. Un souhait est passif et flottant: on peut souhaiter n'importe quoi, qu'il fasse beau demain, que l'on gagne au loto dimanche , que les morts sortent de leur tombes ou que les OVNI débarquent sur la Terre. Le souhait est arbitraire. Il est sans lien avec l’intimité de la conscience, sans lien avec soi.. Des souhaits on peut en jeter en l'air comme on le désire.

    1) C'est justement ce qui fait l'attitude du velléitaire qui en reste à la représentation d'un souhait sans parvenir à aller plus loin. Du coup, il tourne en rond et balance les avantages ou le défauts et passe d’une alternative à l’autre sans réussir à se décider. On peut par exemple souhaiter avoir son bac, mais ce n'est pas la même chose que de le vouloir ! La volonté ne se réduit pas à une idée en l’air. Dans la volonté, il n'y a pas cette distance et ce flottement de la velléité. La volonté est la conscience en acte, engagée dans le mouvement même de la réalisation de ses motivations. La volonté n'existe que s'il y a une constance dans la poursuite d'un but, un travail persévérant qui engage la totalité du moi. La volonté enveloppe la puissance incarnée dans le corps-propre, une patienc__

    2) La relation entre volonté et désir elle, est plus subtile. Dans le désir réside une puissance, une énergie qui est celle de la Vie. Il est clair que dans toute volonté; il y a un désir comme but à atteindre. Pourtant, la volonté est plus que le simple désir, c'est un désir que j'ai fait mien, c'est un désir auquel je me suis identifié et que je veux maintenant réaliser, car il est devenu comme une extension, un accroissement de moi. La trace de l'ego comme pouvoir d'appropriation est inscrite dans l'acte volontaire. Regardez l'enfant, dès que le sens de l'ego apparaît: "je veux" ceci, je veux cela. Dans la force de cette affirmation, il y a la puissance du moi et sa présence insistante. (exercice 4b)

     La volonté porte en elle une affirmation centrale qui est volonté de devenir, volonté d’être davantage et davantage. Le désir cherche l’accroissement et il contient en lui la puissance d’affirmation de la Vie, mais la volonté fait de cette puissance une application dirigée, maîtrisée, ordonnée, conforme à des fins fixées par avance. Le désir peut s’insinuer en moi, peut-être l’effet d’une suggestion. Mais la volonté est plus qu’une influence, la volonté entreprend ce que le désir perçoit comme séduisant, comme la tentation du désirable. Le désir peut se disperser en de multiples objets. Cependant, comme on ne peut correctement faire qu’une chose à la fois, on ne peut vouloir qu’une chose, même s'il est possible d’avoir de multiples désirs. Parce que la volonté est volonté du moi, la volonté est une. Quand nous disons agir bon gré, mal gré, nous percevons bien que la volonté est la faculté de faire ou de ne pas faire suivant son gré, ce qui ne veut rien dire d’autre sinon que le principe qui me détermine à l’action volontaire se trouve en moi. La volonté est l...

    3) Cette affirmation de la volonté est-elle la même chose que l’effort ? L’effort peut-être désordonné, manquer de but et manquer de constance. La volonté impose un but, un ordre et une constance : la volonté est intentionnelle. La tradition occidentale a souvent identifié l’effort à la volonté. Le volontarisme qui va de Descartes à Maine de Biran, ou Alain, nous a habitué à l'idée selon laquelle la volonté ne s'éprouvait que dans l'effort. L'exemple de Maine de Biran, c'est celui de la chaise tenue à bout de bras: cet effort qui tend à prouver que la volonté est un pouvoir hyperorganique, capable de dépasser la douleur du corps. Cette idée est profondément gravée dans la conscience commune. Nous pensons qu'avoir de la volonté, c’est « faire des efforts ». Nous voyons alors la volonté comme une lutte contre la résistance du corps. Mais c'est une vision superficielle. La tension de la volonté et l'entêtement face au sentiment de résistance dans l'effort ne sont pas la même chose. Un roi qui doit signer son abdication n'a que très peu d'effort à faire. Mais pour la volonté, il est très dur d'accepter l'idée même de l'abdication. Quand la motivation de la volonté est très grande, nous sommes capable de déployer une immense énergie et ne pas avoir vraiment conscience de faire des efforts. Quand nous avons l’occasion de faire ce que nous aimons, ou bien quelque chose pour quelqu'un que nous aimons, l'effort s'oublie de lui-même. Il peut y avoir des cas où la volonté puissante est rassemblée, où elle parvient à une habileté qui lui permet d'accomplir beaucoup avec un effort ---------------extérieur assez minime.

    ... on le dit parfois, "faites des efforts". Il y a quelque chose de paralysant et de désespérant dans cette formule. C’est une incitation à vide. Elle ne contient pas de direction et même pire, pas de vraie motivation. Donnez-nous un sens, une motivation belle, grande, hardie et vous verrez ! nous ferons des efforts inouï, sans même nous ne rendre compte ! Vouloir, c'est s’élancer vers un but, porter intensément contre soi un désir et le mener avec patience à sa réalisation, ce n’est pas « faire des efforts ». De toute manière, on n'a jamais vu que l’effort brutal, le body bulding ou tout effort pour l’effort, formait vraiment la volonté ! La volonté n’est pas physique comme peut l’être l’effort. La volonté est spirituelle dans son essence, mais elle se donne à elle-même dans le jeu du corps avec le monde, dans le corps à corps avec le cours des choses.

    En sommes, la volonté est le moi agissant, le moi qui a conscience de ce qu’il poursuit, qui tour à tour délibère, choisi, décide, entreprend, le moi qui se met en mouvement. La volonté enveloppe l’effort, mais en le faisant oublier parce qu’elle est une énergie en mouvement.

B. Le moi et la faiblesse de la volonté

       

------- L'accès à totalité de la leçon est protégé. Cliquer sur ce lien pour obtenir le dossier       

 

 

Vos commentaires

Questions

1. Le souhait n’est-ce pas une simple « représentation » Qu’est-ce qui peut faire qu’une représentation ne devient jamais volonté?

2.  N’y a-t-il erreur à chercher à confondre Passion pure et volonté, alors qu’il vaudrait mieux les distinguer ?

3.  Pourquoi dire que l’énergie de la volonté ne vient pas de l’intellect?

4.  Vivre délibérément n’est-ce pas accepter l’incertitude ?

5. La volonté peut-elle exister sans projection dans le futur?

6.. Pourquoi trouve-t-on dans les paroles des mystiques une formule comme « Ta Volonté, et non la mienne ?

7.  La coïncidence à soi peut-elle se situer ailleurs que dans l’instant?

 

 

  © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
Accueil. Télécharger, Index analytique. Notions.


Le site Philosophie et spiritualité autorise les emprunts de courtes citations des textes qu'il publie, mais vous devez mentionner vos sources en donnant le nom de l'auteur et celui du livre en dessous du titre. Rappel : la version HTML n'est qu'un brouillon. Demandez par mail la version définitive, vous obtiendrez le dossier complet qui a servi à la préparation de la leçon.