Leçon 102.   L’essence de la Vie    

    La vie nous entoure de partout : de la personne que nous sommes, aux molécules qui la composent, des êtres qui nous sont chers, aux virus qui nous menacent, aux plantes qui ornent notre salon, tout est vie. La vie nous constitue, nous transforme, nous crée et nous détruit, elle nous envahit, nous submerge, nous cerne de toute part. Omniprésente elle est ce que nous sommes et ce que nous devenons, ce que nous consommons et ce qui nous consume. Elle est elle-même en nous – naissance, croissance, maturité, puissance – et son contraire – déclin, infection, mort, disparition –, nous sommes le lieu où elle se manifeste, mais aussi le lieu d’où elle se retire ; à la fois son affirmation et sa négation, son berceau et sa tombe.

    Pourtant la vie, pour familière qu’elle soit, n’en demeure pas moins une énigme. Nous l’éprouvons à tout moment de notre existence puisque la vie est notre existence, et cependant nous avons l’impression angoissante de ne pas la connaître. Loin de la maîtriser, nous sommes à peine capables de la penser, car la vie échappe à toute représentation dans laquelle nous voudrions l’enfermer et aucun concept ne l’exprime adéquatement. Si la biologie se veut la science de la vie, si diverses doctrines et théories – Aristote, le darwinisme, la génétique ou la biochimie pour n’en nommer que quelques uns – la traquent depuis longtemps dans l’espoir de la retenir dans le filet de leurs spéculations. Mais la vie ne se laisser capter qu’en partie et, selon l’angle dont on l’approche, ne révèle que l’une ou l’autre de ses multiples faces. Toute explication de la vie, qu’elle ait son origine dans la science expérimentale, dans les sciences humaines ou dans la religion et dans les gnoses ésotériques, sera nécessairement réductrice. Néanmoins l’homme est vivant et plus la vie est fuyante plus il la pressera de ses questions : à toute époque l’homme s’est demandé ce qu’elle est, comment la comprendre, voire la dominer. D’Aristote qui voulait la classer en genre et espèces, au biologiste moderne qui voudrait la réduire en cellules et molécules, l’homme a toujours aspiré à s’en rendre « comme maître et possesseur » pour reprendre la formule de Descartes, entreprise fatalement vouée à l’échec puisque la vie, une fois saisie, nous coule toujours entre les doigts, laissant derrière elle son goût et sa mémoire, jamais son essence. C’est donc avec moins d’arrogance et plus d’humilité, qu’il nous faut l’approcher. Peut être autant en mystiques, qu’en philosophes, dans l’espoir qu’elle accepte de dévoiler un peu d’elle-même.

    Qu’est ce que la Vie ? En quoi se distingue-t-elle des choses vivantes ? ...ses manifestations ?

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A. Au-delà de la matière, la puissance du vivant

    Nous distinguons d’ordinaire deux domaines dans le monde naturel : l’inerte et l’animé. Le premier est le champ d’étude de la physique, de la chimie et de la géologie ; le deuxième est le champ d’étude de la biologie et de ses disciplines dérivées : génétique et médecine par exemple. Ainsi nous distinguons les choses naturelles inertes, des êtres vivants. Parmi les choses on range des étants tels les planètes, les rochers, les grains de sable, les gouttes de pluie, les mottes de terre, les atomes et les molécules dites inorganiques, par exemple les molécules d’acide chlorhydrique HCl ou d’ozone O3. Parmi les êtres vivants on range les animaux, les insectes, les plantes, les microbes, les amibes, les cellules et les virus. Les êtres vivants se distinguent des choses inertes en ce qu’ils naissent, meurent et se reproduisent ; en ce qu’ils sont capables de croissance et de devenir. Les êtres vivants cherchent àpersévérer dans leur être d’une manière tout à fait originale : ce qui vit veut avant tout continuer à vivre, alors que la chose inerte est indifférence absolue quant à son existence. Même un virus fera ce qu’il pourra pour ne pas mourir, alors que le caillou se laissera détruire sans la moindre réaction. L’existence inerte est passive, sans initiative de comportement, elle semble régie par une nécessité mécanique qui elle-même ne peut qu’être appelée à l’usure et au désordre croissant. Il y a à l’inverse dans a moindre créature vivante un dynamisme, une admirable organisation subtile, et il semble bien que l’effloraison de la vie ait un incroyable génie inventif. Le vivant semble doué d’initiatives de comportement que nous ne pouvons pas prêter à la seule matière inerte. (texte)

    Toutefois nous constatons que le vivant aussi est constitué de matière inerte. Un être vivant est composé d’atomes et il est possible de le définir en termes chimiques. C’est le but de la biochimie, science qui justement est celle de la chimie du vivant, termes pourtant antagonistes. La vie est donc liée de quelque manière qu’il faudra élucider à la matière inerte dont elle semble une extension possible. En effet la vie est une des structures de la matière : lorsque les atomes s’agglomèrent pour former des molécules ils peuvent se regrouper en molécules inorganiques, mais aussi en molécules organiques dont certaines appelées acides aminés. Ceux-ci peuvent être dites les briques ou pièces de lego au moyen desquelles peut se constituer l’être vivant. Ils contiennent toujours de l’hydrogène, de l’oxygène, du carbone et de l’azote et sont capables de se répliquer. Ces acides aminés apparaissent spontanément dans un mélange de ces atomes si les conditions sont favorables. Ces conditions sont celles de la Terre primitive recréées en laboratoire par l’américain Stanley Miller. Il a pu montrer que dans cette « soupe originelle » les molécules de la vie se constituent en l’espace de deux semaines et commencent tout de suite à se répliquer et à se regrouper en agglomérats de plus en plus complexes. Ceux-ci plus tard donneront les premiers organismes unicellulaires qui évolueront en organismes pluricellulaires.

    N... trouvent en présence les uns des autres, la probabilité mathématique que les atomes s’agglomèrent en acides aminés est minime, car ceux-ci sont des très grandes molécules ayant en outre, comme toute molécule, leur structure très spécifique. Un scientifique a comparé cette probabilité a celle qu’aurait les débris soulevés par une tornade de spontanément se regrouper pour former une Boeing 747 ! Ceci veut dire que la probabilité que les molécules de la vie se soient créées au hasard est infime, infime au point de ne convaincre aucun esprit rationnel. Car non seulement faudrait-il qu’un acide aminé se soit créé une seule fois, ce qui serait déjà étonnant, mais il faudrait admettre qu’un événement d’une probabilité dérisoire se reproduise encore et encore, des milliards et des milliards de fois pour engendrer encore et toujours des formes de vie de plus en plus complexes, de plus en plus variées et de plus en plus riches et inventives.  ...

B. Élan vital et Évolution

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       © Philosophie et spiritualité, 2004, Catarina Lamm. 
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