Leçon 42.   Le sens du travail      

    Il est assez habituel de voir le travail justifié par des raisons terre à terre du genre: « on travaille par nécessité, parce qu’il faut bien survivre, se nourrir, se vêtir, pourvoir aux besoins de sa famille etc. » Il est sous-entendu alors que c’est une nécessité tout extérieure qui nous presse à travailler, une nécessité économique comparable à la lutte pour la vie, la nécessité qui régit le comportement des espèces dans la Nature. L'entrée dans le monde du travail, c'est donc la fin de la liberté sous sa forme légère, adolescente, tandis que tombe sur nos épaules le poids écrasant de la nécessité économique. Ce genre d'opinion fataliste est très largement partagé par les élèves au lycée. Elle imprègne aussi la mentalité commune et, on peut le dire, la culture occidentale.

    Pourtant, cet argument ne suffit pas. Il laisse penser que la vie pourrait avoir un sens uniquement dans l'ordre du divertissement. Il est très naïf de le croire. Que serions-nous sans travail ? Nous avons besoin du travail pour bien d'autres raisons que des raisons économiques. Nous en avons besoin pour le plaisir même d'agir, pour satisfaire au besoin de se sentir utile, de se sentir quelqu'un, (texte) etc. Privée de travail, notre vie serait privée de sens. Le travail a un sens et il est pourvoyeur de sens, bien plus qu’il n’est peut-être une nécessité extérieure. En quel sens peut-on dire que le travail est une nécessité ?

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A. La tradition laborieuse

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    ---------------1) A la Grèce antique tout d’abord. Les grecs n’ont jamais valorisé le travail au sens du travail manuel. Pour un homme libre dans la Grèce antique, le travail est une activité servile qui ne constitue pas un idéal, ou un attribut de l’homme libre. C’est pourquoi il est plutôt perçu comme une déchéance qui relève du statut de l’esclave. Ce sont les esclaves qui travaillent et non les hommes libres. L’idéal de la vie humaine que se donnait les grecs ne faisait pas du travail le but de la vie, ils voyaient plutôt le but de la vie humaine, son achèvement dans la contemplation plutôt que dans l'action pragmatique. La vie idéale, c’est un corps sain et un esprit sage qui se consacre à la Culture, donc aux œuvres de l'esprit. Que l’on puisse voir dans le travail le but de la vie, voilà qui paraît servile et étranger à la mentalité grecque. (texte) Hannah Arendt rectifie ainsi un préjugé que nous avons tendance à projeter sur la conception grecque du travail : « croire que le travail était méprisé parce qu’il était réservé aux esclaves », c’est complètement se méprendre : « les anciens faisaient le raisonnement inverse : ils jugeait qu’il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile de toutes les occupations qui pourvoyaient aux besoins de la vie ». (texte) Ne viser que la satisfaction des besoins est une motivation quasi- animale, ce n’est là que la nécessité à laquelle est soumise tout homme, mais ce n’est pas une motivation digne de l’homme libre. Le Destin soumet les hommes à la nécessité du travail, la seule manière de secouer le joug de cette nécessité, c’est de s’en libérer en confiant le travail à un instrument qui l’exécutera. L'homme qui était vaincu dans une guerre, subissait ce coup du sort qui le métamorphosait en un être proche de l’animal domestique. Il avait perdu sa liberté et devenait esclave. Mais d’un autre côté, personne n’est à l’abri du Destin. Le revirement du sort pouvait tout aussi bien renverser la nécessité. Sous le coup d’un changement politique, ou des conditions de vie sociale, l’esclave pouvait aussi retrouver la condition d’homme libre, en étant affranchi. Il était aussi possible que certaines activités changent de statut, retrouvent une noblesse qui leur enlevait leur caractère servile. L’esclavage pour les grecs n’avait pas d’abord une justification économique, pour se procurer de la main d’œuvre à bon marché, comme cela a été le cas aux États-Unis avec la traite des noirs dans les plantations de coton. Il participait essentiellement d’une conception de la vie cherchant à « éliminer des conditions de la vie le travail ». L’homme libre ne pouvait pas considérer comme humaine cette ...

    ... de machines capables de faire le travail subalterne à notre place, ne modifie en rien cette conception. Il est assez curieux de noter qu'Aristote dit que si les navettes circulaient toutes seules (cf. le métier à tisser), les maîtres n'auraient pas besoin d'esclaves. Nous avons de telles machines. C’est aux machines de se charger de la servitude du travail, (texte) afin que l’homme libre jouisse dans le loisir de sa liberté retrouvée et puisse se consacrer à la contemplation, à la connaissance, aux œuvres les plus élevées de l’esprit, aux activités de l’art et à la culture physique. L’idéal grec défendait une certaine aristocratie de l’esprit contre les valeurs serviles du travail plébéien.

    2) Mais ce n’est pas en fait l’influence qui a le plus marqué notre conception du travail. La tradition judéo-chrétienne leste le travail de présupposés beaucoup plus lourds. La Bible dit que le travail est la conséquence d’un châtiment, la conséquence du péché d’Adam et Ève chassés du paradis. En raison du péché originel, Adam se voit « condamné à gagner son pain à la sueur de son front ». Plus loin, quand Caïn tue son frère Abel, il est dit qu’en plus, non seulement il devra travailler la terre, mais en plus, son travail restera stérile. Cela laisse supposer que dans un état paradisiaque, l’homme pouvait se donner du loisir, mais aussi que la vraie vie, est ailleurs et au-delà, sans ce fardeau qu’est le travail. La chute de l’homme, c’est sa déchéance, et la déchéance l’entraîne à être jeté hors du paradis, maudits pour avoir goûté le fruit défendu et sa punition est consommée dans le travail et la souffrance, puisqu’en plus, la femme, elle, se doit « d’enfanter dans la douleur ».

    ... pèse lourd dans le destin de l’Occident, car il nous autorise à voir dans le travail une sanction. En un sens, au Moyen Age, entre le bagnard qui casse des cailloux sur les routes et le serf qui toute sa vie travaille pour un Seigneur, il n’y a théologiquement guère de différence ! L’un et l’autre sont des "réprouvés de Dieu". Le bagnard est en plus un réprouvé de la société. Il est facile de relever dans toute la littérature chrétienne ce dolorisme attaché au travail. Bien que la religion ait beaucoup perdu de son empire, dans la conscience populaire demeure un certain fatalisme,

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    3) Cependant, le christianisme a été capable, tout en continuant de porter la malédiction attachée au travail, de la surmonter. C’est l’éthique protestante qui a su remarquablement montrer que le travail est le moyen de racheter l’existence misérable de homme, pour en faire un moyen de salut. Il a suffit pour cela de faire du travail un acte sacré, de donner à entendre aux hommes, que le travail sauve l’homme de la perdition, qu’il redonne sous le regard de Dieu une valeur à l’humain. Honte donc à l’oisiveté mère de tous les vices ! Le travail fait plaisir à Dieu parce qu’il glorifie sa Création. Le loisir, même sous la forme de la contemplation, est directement répréhensible. Le Protestantisme a réussi ce tour de force consistant à présenter le travail comme l’équivalent de la prière.  C’est pour cette raison que Max Weber dans L'Éthique protestante et l'esprit du Capitalisme situe l’origine du capitalisme et sa conception du travail dans la morale protestante. (texte) Luther a réussit à imposer cette idée extraordinaire selon laquelle, la contemplation plaît moins à Dieu que le travail dans l’accomplissement d’un métier. Le métier, c’est la volonté de Dieu dans sa providence particulière. La Providence crée la vocation du travail pour chaque homme. Le travail, c’est la seule voie ouverte pour l’homme, par laquelle il peut trouver le salut. Le protestantisme a toujours regardé avec suspicion les ordres religieux reclus et la mystique contemplative, il a favorisé une « mystique du travail ». Aussi, « la contemplation inactive, en elle-même dénuée de valeur, est-elle directement répréhensible lorsqu’elle survient aux dépens de la besogne quotidienne. Car elle plaît moins à Dieu que l’accomplissement de sa volonté dans un métier. Le dimanche n’est il pas là d’ailleurs pour la contemplation ?». L’Occident a trouvé là une caution religieuse du travail, une sacralisation de la mentalité besogneuse qui était le revers de sa caution négative comme malédiction. Que réclame l’homme besogneux ? Qu’on lui dise qu’il accomplit le but même de la vie ! Il admet que le sens de la vie réside dans le travail et puisque c’est surtout la religion qui a pourvu de sens la vie humaine, c’est à la religion elle-même de tenir ces propos. Le travail « constitue surtout le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. Le verset de Saint Paul : « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » vaut pour chacun, et sans restriction. La répugnance au travail est le symptôme d’une absence de la grâce ». En d’autre terme, l’homme est sur Terre pour travailler, non pas pour se donner du loisir et se divertir. Celui qui découvre la tâche dans laquelle il peut réaliser l’œuvre la meilleure, découvre par là le sens de la vie qui lui est propre. La Providence a prévu pour chacun un métier auquel il doit se consacrer, n...

    Suffit-il d’être riche pour se dégager d’une telle obligation ? Non, le riche, comme le pauvre, se doit de travailler. « Le possédant lui non plus ne doit pas manger sans travailler, car même s’il ne lui est pas nécessaire de travailler pour couvrir ses besoins, le commandement divin n’en subsiste pas moins, et il doit lui obéir au même titre que le pauvre ». C’est là un commandement moral, mais qui participe d’une éthique religieuse ; tant que la religion conserve son autorité, elle impose ses prescriptions. La motivation de la richesse comme but avoué du travail reçoit alors une justification importante. Le christianisme, dans ses textes fondateurs, avait jeté un discrédit violent sur l’argent. Souvenons-nous des paroles des Évangiles : « Maudits soient les riches ! ». Le riche entrera au paradis seulement après la prostituée ! Rechercher l’argent, c’est mal, c’est succomber au péché de l’avidité. Pourtant, si la richesse est le résultat d’un travail conduit dans le seul but de glorifier la Création, elle participe aussi de la Volonté de Dieu. Dieu désire que l’homme demeure son intendant et fasse fructifier son Œuvre. La Terre lui a été donnée en partage. « Travaillez donc à être riche pour Dieu, non pour la chair et le péché ». Ainsi la morale protestante parvient à concilier tout à la fois 1°) un certain ascétisme qui discrédite le désir de richesse pour soi-même et s’oppose à la jouissance immédiate, 2°) la déculpabilisation du désir de richesse, du désir d’acquérir dans sa légitimation, qui se voit libéré de toute inhibition. Le désir d’acquérir entre dans la légalité, parce qu’il était entré dans la moralité, puisque voulu directement par Dieu. Toutes les conditions étaient dès lors réunies pour que le

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B. Travail et technique

    A cette éthique protestante, qui deviendra la morale du capitalisme, s’ajoute en Occident les conséquences formidables du tournant moderne de l’orientation du savoir. Si les Anciens avaient conçu le savoir dans une vocation contemplative, les Modernes, eux suivront une voie plus pragmatique. Ils suivront la devise de Descartes, selon laquelle la science doit nous rendre "comme maîtres et possesseurs de la Nature". La Renaissance est une ère d’inventions techniques. Les Lumières sont fascinés par les prodiges de la technique et les découvertes de la science ; ce dont témoigne par exemple la rédaction de l’Encyclopédie par Diderot (texte) et ses comparses. L’inventivité technique qui va se développer à la Renaissance pour rejeter bien loin les tabous qui auraient encore pu régner, quant à la valeur du travail manuel. Le développement de la technique est à la source d’une valorisation sans précédent du champ de la pratique. Cette valorisation va aller jusqu'à installer dans la conscience collective de l’Occident l’idée selon laquelle le travail, en tant que transformation de la Nature, est d’abord essentiellement travail manuel. Comment le développement de la technique a-t-il modifié les conditions et la signification du travail ? (texte)

    1) ... se sert de l’outil. Par nature, la main de l’homme est supérieure à celle des autres animaux. (texte) Elle lui permet d’opposer à la matière (outil) une multitude d’instruments divers. Tant que la force de travail dépend de l’énergie de l’homme, de sa force vitale, la transformation de la Nature exige une main d’œuvre abondante, des bras pour tailler, coudre, bâtir, creuser, découper, chauffer, polir etc. L’outil, s’il est perfectionné, permet de répartir judicieusement l’effort. Un levier est plus efficace qu’une poussée de plusieurs personnes. Un burin permet de tailler certaines formes, un faux de couper d’une manière précise. Toute la question est de connaître la manière de s’en servir. A ce stade, dans la civilisation artisanale, il n’y a pas de différence entre le travail de l’artisan, du serf et le travail de l’artiste. Tous les trois manipulent une matière avec des outils, tous trois développent une habileté dans le maniement des outils.L es possibilités créatrices sont alors directement entre les mains de l’homme. Le travail manuel est l’ingéniosité, l’habileté, la créativité en mouvement. Il laisse libre l’initiative, tout en contribuant aux richesses que les hommes possèdent.

    2) Tout change avec l’arrivée de la machine. (texte) a) Le contact direct avec la matière disparaît et se fait beaucoup plus distant. A l'avènement de l'ère industrielle, la machine s’interpose entre l’homme et la matière. Le travail n’est plus une manipulation exigeant des efforts intenses, une certaine habileté. Il devient un contrôle des possibilités de la machine. b) La charge de déployer l’énergie est dévolue à la machine, que cette énergie soit thermique, dans les premières machines à vapeur, ou thermochimique, dans le moteur à essence ou électrique dans la plupart des machines employées dans les usines. C’est une délivrance à l’égard de l’effort humain que cette prise ne charge, mais en même temps, les possibilités créatrices du travail, autant que ses limites ne sont plus celles de l’homme, mais celles des machines. Certaines travaux sont  «techniquement réalisables » par la machine et d’autres non. Ce qui importe, c’est que l’on ait dans l'usine des ouvriers qualifiés, qui possèdent une grande maîtrise d’un type particulier de machine : le tour, la fraiseuse, la rectifieuse, l’engin de terrassement etc. On en vient alors que c’est la machine qui « travaille » pour l’homme qui la contrôle. Ce qui marque déjà un étrange renversement. Il subsiste une valeur d’habileté humaine, mais qui revient à la maîtrise d’une machine. (texte) D’où la notion de qualification conféré à l’ouvrier le tourneur P1, P2, P3, d’où ces grades que l’on donne à celui qui a acquis une « grande expérience » dans la manipulations de certaines machines. La période qui s’ouvre avec l’apparition des premières machines, a été celle de la machine outil, dont le type est par exemple, le tour ou la fraiseuse, le métier à tisser. C’est aussi l’acte de naissance de l’ouvrier qualifié. (doc) L’ouvrier qualifié n’a pas l’initiative de ce qu’il produit, il n’est pas un artisan. La production a été planifiée en vertu de considérations économiques et le concept du produit a été pensé par le bureau d’étude. L’ouvrier ne fait qu’exécuter ce que l’on attend de lui. Il garde pourtant une initiative, celle dans la méthode pour obtenir la réalisation de telle ou telle pièce, comme il conserve aussi une certaine responsabilité. Son habileté et son expérience sont reconnues. Ce statut explique pourquoi la tentation est grande, chez Marx, d'assimiler l'ouvrier a...

    3) La poussée de la technique et son influence sur le travail ne s’arrête pas là.. L’impératif d’un rendement optimal, qui surgit de l’économie, a conduit à la rationalisation du travail. Celle-ci vise à améliorer de plus en plus les moyens de production. Très vite, une machine se voit considérée comme vétuste, dépassée par les nouvelles technologies. L’industrie va absorber de plus en plus une part importante de ses bénéfices dans le renouvellement du parc de ses machines. Mais surtout, l’idée va naître d’une organisation scientifique du travail (texte) qui va objectiver le travail sous forme de tâches élémentaires. Le souci de la rentabilité conduit à diviser le travail en parcelles les plus simples possibles, pour les répartir successivement sur des postes. Une chaîne de montage transportera alors la pièce d’un poste à l’autre pour qu’elle puisse subir une opération après l’autre. Ici des fixations seront percées, là une tôle sera ajoutée, là une peinture sera faite etc. C’est l’étape dominante dans notre monde contemporain, celle du travail à la chaîne. Ces méthodes sont d’abord apparues dans l’industrie automobile avec le taylorisme, et elles se sont répandues dans la confection, l’électroménager etc. etc. On appelle rationalisation du travail la tentative consistant à en objectiver le processus dans le moindre détail pour en contrôler la production. C’est ce type d’usines, sous forme de chaînes, que l’on rencontre en masse dans les pays d’Asie du Sud-est où la main-d’œuvre est bon marché.

    Les incidences sur le monde du travail sont immenses. Avec le travail à la chaîne, est apparu l’ouvrier spécialisé dont le travail n’a plus rien à voir avec celui de l’ouvrier qualifié. L’O.S. est formé sur le tas, en quelques minutes parfois. Il n’a aucune compétence particulière, aucune qualification ; il exécute une tâche répétitive, comme celle de visser un carter, de coller des étiquettes, d’installer une pièce en place. Son travail est par nature fragmentaire. Il est le bouche-trou de la mécanisation. Le mot ouvrier spécialisé est doublement menteur. Il ne fait pas une « œuvre » comme l’artisan d’autrefois. Il n’est pas du tout « spécialisé », c’est le manœuvre, l’homme à tout faire. Il n’a de situation que précaire, tant que le patron n’a pas de machine pour effectuer ce pourquoi l’O.S. est employé. Tant que le salaire de l'O.S. n’est pas trop coûteux, le patron peut le conserver. Dès que ces conditions ne sont plus satisfaisantes, une machine prendra avantageusement la place de l'ouvrier. Le travail, devenu purement technique, est objectif, précis, standardisé, il ne laisse place à aucune initiative. Seul le bureau d’étude possède l’initiative. C’est une activité mécanique et monotone, (texte) le travail en miettes ennuyeux et déprimant. La seule justification que l’on puisse lui trouver, c’est l’argent que l’on y gagne. L’effet de la rationalisation du travail a été de le dépersonnaliser, de lui ôter la valeur de l’habileté et la reconnaissance qui lui était associée.  Du jour au lendemain, n’importe qui peut prendre sa place : vingt ans d’ancienneté sont balayées en une demie heure de formation sur le tas. De plus, ce travail ne délivre même pas la fatigue de l’investissement des forces dans une œuvre ou un projet. Ici, la fatigue est nerveuse, liée à la répétition d’une tâche que l’on exécute assez facilement, sans même faire très attention. Il est possible d’être absent, de penser à autre chose, car on

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    ---------------4) La logique des améliorations techniques et le souci de la rentabilité, se développent logiquement vers l’étape suivante du travail automatisé. L’automatisation est en passe de pouvoir faire disparaître le travail à la chaîne. Elle apparaît quand, sur la chaîne, tous les ouvriers spécialisés ont été remplacés par des robots. On appelle robotique cette discipline qui se consacre à l’élaboration de chaînes complètement automatiques d’où le « travail à la chaîne » a été lui-même supprimé. Le type de machines qui s’y trouve, comporte des processus d’autorégulation, des dispositifs d’auto-commande (feed-back) pour fonctionner d’elles-mêmes. Une telle usine, ne comporte plus d’O.S. mais des ouvriers de fabrication. Là où il fallait autrefois 2000 O.S. pour obtenir une production A, on peut maintenant produire A avec seulement 50 ouvriers de fabrication. Le travail n'est alors plus le même.  L’ouvrier de fabrication est un technicien, il contrôle, répare, entretient, alimente, régule ce que la chaîne automatique produit. Son travail est nettement plus responsable, plus créatif, plus précis, intelligent que le travail de l’O.S. Il a reçu une meilleure formation et il doit régulièrement participer à des stages pour suivre les évolutions de la technique. A cette étape, ce qui domine c’est le travail de l’ingénieur et du technicien. La distance entre l’homme et la matière s’est accrue au maximum. L’objectivation du travail réglée par le bureau d’étude est à son sommet, on ne parle plus d’organisation scientifique du travail (O.S.T. des bac technologiques), mais de robotique. Les pays technologiquement les plus avancés construisent, surtout dans le domaine de la haute technologie, toute une industrie fondée sur l’automatisation. Par contre, ceux qui sont en voie de l’être, qui disposent d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, maintiennent le système du travail à la chaîne. Les choix en matière de travail sont dirigés par des considérations économiques : quand une industrie trouve que les coûts sont trop élevés pour franchir le pas de l’automatisation complète, elle opère ce qu’on appelle une délocalisation, en construisant ailleurs ses unités de production, ce qui revient à alimenter le travail à la chaîne d’un pays pauvre pour obtenir une production à bas prix, au dépend du travail dans un pays riche. La mondialisation des échanges joue un rôle important dans le statut du travail technique. C'est elle qui peut décider du maintien d’une forme de travail à caractère aliénant ou de sa suppression en faveur d'un travail plus humain. (texte)

    Résumons. Nous voyons qu’à l’étape 1) le travail conserve une valeur créatrice, la valeur d’un engagement vivant au contact direct de la matière. Ce contact s’estompe à l’étape 2), bien qu’une part de responsabilité, d’habileté subsiste. A l’étape 3) le travail se vide de sa substance, en devenant le seul instrument du machinisme. A l’étape 4) le travail retrouve une valeur, mais il y en a alors beaucoup moins et il est bien plus technique. Même si le système économique, telle que nous le connaissons, devait être dépassé, il n’en resterait pas moins que la technique resterait. La technique s’est insérée dans le monde du travail pour le modifier de fond en comble. Il n’y a plus guère de travail aujourd’hui qui ne soit soumis à l’influence de la technique. Les machines sont partout. La technique n’est plus seulement dans les ateliers de fabrication, elle est dans les bureaux où par exemple l’ordinateur (texte) a remplacé la calculette et la machine à écrire. Les nouvelles technologies exercent une influence considérable qui oblige le travailleur à répondre à une alternative : ou bien suivre l’évolution technique par une formation permanente, ou être relégué en dehors du domaine du travail. En raison des bouleversements techniques, il est aussi devenu impossible de croire que l’on pourra faire exactement la même chose toute sa vie. C’est do

 

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Vos commentaires

Questions:

1. Qu’est-ce que la mondialisation a modifié au niveau du travail technique ?

2. En quel sens l’attitude à l’égard du travail contribue-t-elle à son appréciation comme pénible?

3. Est-il pertinent de voir dans  transformation de la nature la visée ultime du travail ?

4. En quel sens le travail participe-t-il de la culture ?

5. Faut-il considérer qu’un homme qui commence à travailler n’a plus besoin d’apprendre ?

6. Comment expliquer le maintient de part le monde d’une  forme de travail aliénante ?

7. Peut-on réellement que dans le divertissement permanent, sans un acte de service à l’égard d’autrui, la vie humaine aurait toujours du sens ?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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