Leçon 138.      L’énergie de la pensée        pdf téléchargement

    L’opinion a tendance à sous-estimer l’importance de la pensée. On croit communément que la pensée n’est qu’un reflet, qu’une sorte de peinture de la réalité, comme si on pouvait s’en passer. On s’imagine pouvoir penser n’importe quoi sans que cela n'ait un quelconque effet. Il faudrait séparer intériorité/extériorité. Bref, c’est un peu comme si nous faisions de nos fantasmes nocturnes, des vapeurs du rêve, toute la réalité de la pensée. Un brouillard qui vous embrume l’esprit. Ou bien une sorte d’activité dont il faudrait se débarrasser (penser cela « vous prends la tête »). Nous concédons alors que peut importe ce qu’un homme a dans la tête, ce qui compte, c’est ce qu’il fait. Ce qui veut dire que nous séparons la conduite de la pensée. Le comportement voilà ce qui compte ! C’est ce que dit le béhaviourisme. A la limite, l’homme ne serait qu’un robot sans pensée que l’on n’y verrait que du feu.

    Comme si la conduite n’était pas dans la droite ligne de la pensée ! La pensée trace la direction de l’intention. La pensée fournit les raisons, les motifs, le but. En-deçà de toute conduite, il y a des choix, un système de préférence, des valeurs, des idées et des croyances. Que les idées soient confuses, la pensée étroite, fragmentée, ou dans l’illusion, ou que les idées soient clairement distinguées, la pensée large et d’une assise globale, en accord avec la réalité ; de toute manière la pensée agit. Elle se transforme en action. Toute conception de l’homme qui fait l’impasse sur la pensée, raye l’esprit et se fourvoie entièrement.

    Cependant, apprécier dans toute sa valeur la dimension dynamique propre à la pensée n’est pas chose facile. Notre tradition en Occident met surtout l’accent sur le problème de la représentation et de sa valeur. Elle n’étudie pas l’énergie propre à la pensée. Or toute pensée contient en elle à un certain degré une intelligence et une énergie. Mais en quel sens ? D’où la pensée tire-t-elle son énergie ? Quelle est sa puissance propre? Peut-on parler d’une énergie de la pensée ? L’énergie de la pensée n’est-elle ...

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A. Le psychisme et la relation corps-esprit

    La pensée est présente en moi à la fois comme une activité dynamique et une construction mentale. L’œuvre des constructions mentales -son produit final- est ce que nous appelons la représentation. La représentation est tissée au moyen de concepts, elle enveloppe des jugements, sollicite l’imagination, se réfère à la perception et au souvenir. Elle est à la fois individuelle et collective. Nous pouvons dire que tout ce que la science élabore se situe dans la représentation. C’est le champ d’exercice propre à la réflexion que de considérer en propre sa valeur, ce qui revient à poser dans toute son ampleur La Question de la Vérité. Tel est le domaine privilégié de la philosophie. Cependant, il ne faudrait pas négliger la dimension dynamique de la pensée et celle-ci n’existe que dans l’activité mentale elle-même, nous dirons ici le psychique. (texte)

     1) Revenons un moment sur ce que nous avons dit plus haut de la relation entre la conscience et le corps. Nous avons vue en reprenant Le Corps quantique de Deepak Chopra, que nos pensées ont leur traduction subtile sous la forme de molécules dans le corps. Le corps est une extraordinaire usine chimique qui transforme en permanence la pensée en matière. Nous savons par expérience qu’une pensée joyeuse n’a pas le même effet sur le corps qu’une macération dépressive. Aucune pensée n’est sans effet. Il y a des pensées qui nous donnent des ailes et d’autres qui nous abattent et nous laissent ternes et sans énergie. L’activité intellectuelle elle-même a son propre pathos et son influence. La compréhension, explique Spinoza, comporte une joie qui retentit dans le corps. Ce n’est pas pour rien que Spinoza enjoignait de cultiver les passions joyeuses que les passions tristes. La médecine est en train de redécouvrir aujourd’hui avec surprise l’effet placebo et l’effet nocebo qui montrent bien à quel point la pensée du sujet a une incidence directe sur le corps et sur la maladie. Les rémissions spontanées qu’étudie Chopra nous reconduisent directement à ce travail mystérieux de l’intelligence du corps en étroite coopération avec la pensée du sujet. Il n’est plus utile d’invoquer des « miracles », ou encore ces prétendus miracles n’existent que dans un ignorance de la relation corps-esprit. Tant que nous nous représentions le corps dans le schéma duel du paradigme mécaniste, nous ne pouvions tout simplement pas comprendre cette interaction. La médecine allopathique ne connaît encore que la loi : le matériel agit sur le matériel. Il faut une pilule chimique pour traiter une pathologie physique. Nous savons aujourd’hui que le paradigme mécaniste est un modèle très superficiel et complètement obsolète au regard des nouvelles découvertes scientifiques actuelles. Il n’y a pas de dualité infranchissable corps/esprit. Nous avons vu plus haut qu’il était plus pertinent de concevoir l’homme plutôt comme la totalité âme-esprit-corps. L’incidence directe de la pensée sur le corps est une évidence qui nous a été longtemps masquée en raison de la prégnance du paradigme mécaniste. C’est un des mérites de la psychanalyse après Freud, d’avoir montré que les maux du corps ne sont pas totalement indépendants des maux et des mots de l’esprit. Ce qui est noué dans l’esprit vient se nouer dans le corps. Le corps a ses raisons que la raison ne connaît guère, il raconte une histoire qui est celle du psychisme qui y a imprimé ses m -------------------------------    ------------------------------Nous devons comprendre ces processus à leurs racines. Que nous en ayons conscience ou non, c’est une loi de notre nature, la pensée agit sur le corps et elle a une énergie formatrice qui lui est propre. La forme-pensée émise par l’esprit rayonne dans l’immanence. "La conscience n'est pas seulement le pouvoir de se percevoir soi-même et de percevoir les choses, elle est ou possède aussi une énergie dynamique et créatrice. Elle peut déterminer ses propres réactions ou s'abstenir de réagir; elle peut non seulement répondre aux forces, mais créer des forces ou en émaner".  (texte) A chacune de nos pensées émises ou simplement senties, nous générons un déploiement d’énergie. L’énergie de la pensée est de la qualité même de l’intention qui en est la matrice. L’énergie de la pensée est subtile, mais extrêmement puissante. Elle peut être support de vie, comme elle peut être porteuse de mort. Le fait de porter l’attention sur un point douloureux ou malade dans le corps polarise un effet. L’intention répétée de restaurer la partie du corps qui est malade dans sa globalité sollicite le champ de forme de l’organisme. Elle passe dans la répétition du plan conscient du mental au plan subconscient et contribue à la guérison. Mais c’est exactement la même énergie de la pensée qui produit l’effet inverse quand l’intention portée par la pensée est morbide et entre en contradiction directe avec l’aptitude innée du corps à se régénérer lui-même. La nature photocopie nos pensées.

    2) De là suit la nécessité du travail spirituel consistant dans la purification du mental et la maîtrise de la pensée. Le premier pas de la maîtrise de la pensée, c’est de l’observer en demeurant témoin. De passer de l’inconscience ordinaire où je suis mené par le bout du nez par mes pensées, sans les penser vraiment, au stade où je pense ce à quoi je pense. Sur la voie de la maîtrise, je me surprends empêtrée dans la négativité parce que je suis collé à mes pensées. Je m’entraîne ensuite à repenser cette pensée, ce qui revient à inverser l’entraînement habituel consistant à ne pas y penser. Que nous marchions dans le monde en somnambule, ou que nous marchions dans le monde en pleine conscience, nous sommes toujours créateur de notre réalité. Autant prendre en main l’intention et décider en toute lucidité. A neuf. C’est mieux que la seule vigilance à l’ordre des objets. La qualité du dialogue intérieur de notre pensée n’est pas sans conséquence. Quitte à se livrer à d’inutiles bavardages, qu’au moins ils ne soient plus un ressassement anxieux des problèmes. Une pensée qui rumine des problèmes ne les résout pas mais les accentue. Elle donne au problème plus de réalité qu’il n’en n’a. Elle tombe dans l'inconscience profonde. Elle ferme le possible, crée la condition carcérale de l’angoisse, la prison mentale où la vie s’enferme et finit par étouffer. Le mental maîtrisé est un instrument qui a son utilité pratique, mais non maîtrisé il devient un ennemi. Le bon sens dit qu’il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu. C’est une image assez juste. La pensée accomplit cet office avec brio. Mais pourquoi donner en permanence de l’énergie à ce dont nous voudrions nous débarrasser ? La parole, comme la pensée contient une énergie qui a une puissance immense. La parole est un verbe créateur ici même, dans le corps-physique. Alimenter la souffrance en la nourrissant lui donne un empire grandissant, ce qui signifie que la pensée au bout du compte finit par posséder celui qui croit naïvement la maîtriser. Toute pensée est une création mentale et même un enfant de l’esprit. Qu’elle soit un enfant désiré ou non désiré, il n’empêche qu’elle consomme une énergie psychique, qu’elle suit son cours et alimente le bain psychique dans lequel ...

    Il paraît que chez les indiens Navajos, on ne disait pas « je suis déprimé », mais « mon esprit est accompagné de tristesse ». C’est important, car cela veut dire qu’il est juste de garder la position de témoin, en évitant l’identification à la pensée.

    Il est toujours possible de tourner les talons à la négativité et de partir dans un grand rire, de laisser la joie nous emporter comme une vague. La magie du rire, c’est de défaire l’implication, de mettre fin à l’identification du sujet à sa pensée et de laisser là le sinistre sérieux des pensées parasites. Le rire crée une distance. Rien de plus tonique, quand le piège du mental tend à se refermer, que de se moquer de soi et de rire. Défaire les liens quand partout nous sous sommes ficelés, attachés de ces cordes invisibles que sont nos pensées obligatoires. Décider de lâcher-prise pour laisser de côté, ce qui dans nos pensées n’est pas utile à la vie. Goûter un peu d’insouciance, au bonheur simple d’être là. Perdre un peu la tête pour revenir cœur, quand cette tête n’est plus qu’une usine, tournant à plein régime produisant des pensées-machines qui nous rendent la vie infernale. Arrêter la production. Pratiquer le boycott interne de la consommation effrénée de pensées toxiques. Il existe une pollution mentale de l’esprit, comme existe une pollution vitale du corps dans la nourriture que nous consommons et l’air que nous respirons. Et il faut dire que sur ce registre, nous ne sommes pas aidés par le monde ambiant dans lequel nous vivons, ce monde qui aurait plutôt tendance à surenchérir sur la négativité, plutôt qu’à la dissoudre dans la joie, la paix et la bonne humeur. C’est une tendance chronique dans notre monde. A l’égard de la pollution de la pensée, il est bon de se souvenir en toutes circonstances que le rire purifie, guérit la souffrance et la peur. Le rire défait les nœuds. Ce n’est pas pour rien que l’on se tord de rire. Le rire va chercher dans le corps ce qui est crispé, bloqué, retenu. Le rire est thérapeutique. Le rire est sacré car il émane de la spontanéité de la vie. Du Sacré.

B. Le mental universel et la pensée

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    © Philosophie et spiritualité, 2006, Serge Carfantan,
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