Leçon 186.   Recherches sur la monnaie mondiale      

    Dans une précédente leçon, nous avons commencé notre investigation de la monnaie, en tirant parti de l’argument selon lequel l’État était à la fois :

    - trop grand pour gérer les petites choses. Il faut faire confiance aux communautés et relocaliser l’économie. Un moyen utile pour y parvenir est l’adoption d’un système de monnaie locale.

    - trop petit pour gérer les grandes choses. Second volet ouvrant sur l’opportunité d’une monnaie mondiale. Nous avons intérêt à ce que disparaissent les tensions des changes et la spéculation sur les devises nationales, ce qui logiquement nous ramène vers l’instauration d’une monnaie mondiale. Le succès de l’euro a montré qu’une monnaie collective est un gage de stabilité. Elle est extrêmement utile dans les transactions, puisqu’elle élimine la nécessité, dans la zone qu’elle recouvre, d’une conversion d’une devise dans une autre. Elle est plus attractive, parce qu’elle ne dépend pas d’un seul État, de sa suprématie politique et des aléas de son économie. Étendu à toute la planète, le principe est donc très séduisant, tellement que les sceptiques y voient une utopie. Notons que l’idée n’a rien d’original, elle a depuis longtemps été avancée par des auteurs d’horizons philosophiques, idéologiques, politiques et économiques très différents.

    La monnaie mondiale a aussi ses détracteurs. Sur le plan idéologique, certains y voient le danger de l’apparition d’un « nouvel ordre mondial » totalitaire à la botte des financiers et qui achèveraient par là l’emprise qu’ils possèdent déjà sur l’économie. C’est la version conspirationniste. D’autres, rêvent de la restauration de l’État-nation et demandent un retour du contrôle de la monnaie par le pouvoir politique. Il faut dire que la monnaie a été et reste encore un symbole puissant d’identité nationale. On comprend que ceux qui y sont attachés puissent souhaiter son rétablissement.

    Faut-il souhaiter l’instauration d’une monnaie mondiale ? Sous quelles conditions ?  Nos institutions actuelles peuvent-elles supporter un tel projet ? Peut-il y avoir monnaie mondiale sans gouvernement mondial ? Est-il possible d’obtenir une réforme d’une telle ampleur sous un contrôle démocratique ? Ne prend-on pas le risque, au lieu d’empêcher les dérives de la spéculation, de renforcer encore la puissance de l’argent ?

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A. Crise systémique et monnaies

    Il est assez facile de se réfugier derrière l’argument selon lequel une idée nouvelle est une « utopie ». L’argument a été employé à tour de bras contre toutes les innovations techniques, tandis que l’histoire finissait par transformer ce qui était auparavant une possibilité en réalité concrète. Cependant, pour éviter de se lancer dans l’abstraction théorique, il faudrait tout d’abord se demander si l’instauration d’une monnaie mondiale ne va pas tout simplement nous apparaître comme une urgence et une nécessité.

     1) Ce n’est désormais plus un secret pour personne, comme le dit Paul Jorion: « Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États. » C’est un des signes caractéristiques d’une crise systémique et qui la différentie d’une crise simplement historique. Le processus de la dette accumulée à l‘intérieur et à l’extérieur des économies des États pouvait être ignoré, tant que le système, dans une fuite en avant éperdue, tournait à plein régime. Le monstre dévorant de l’endettement poursuivait tout le monde, mais nous avions toujours quelques foulées d’avance. C’est au moment où le système se bloque qu’il nous rejoint pour réclamer sa pâture. Et sa faim est prodigieuse, si bien que les banques centrales ont beau jeter des milliards pour tenter de le rassasier, la gueule du monstre s’ouvre sur un abîme sans fond. La conséquence qu’il est très difficile d’éviter est celle-ci : La crise systémique actuelle devrait dans son processus détruire les monnaies nationales et ruiner les États.

    ---------------Quelques chiffres. Depuis 2000 le yen avait déjà perdu 63 % par rapport à l’euro. Depuis 2008 le zloty polonais a perdu 36% de sa valeur, le forint hongrois 25% et la couronne tchèque 22%. Toutes les devises d’Europe de l’Est qui auraient pu être sauvées par le passage à l’euro sont engluées dans une spirale de dépréciation. Beaucoup de spécialistes pensent que, vu l’énormité de l’endettement américain, le dollar ne devrait pas non plus résister et s’effondrer dans le courant de l’année 2009. Pour l’euro, il semble n’y avoir qu’un délai accordé, car la bombe est seulement à retardement.

    Tôt ou tard, les financiers vont se retrouver devant un impératif de survie : remplacer le système d’argent-dette actuel par un système d’argent sans dette. (texte) Toute la question étant de savoir s’il est possible d’effectuer une mutation d’une telle ampleur sans l’opération radicale consistant à instaurer une monnaie mondiale. Aujourd’hui, on tergiverse pour tenter de sauver le système. Le malheur des banquiers tient dans une supplique désespérée adressée aux politiques : il faut trouver quelqu’un qui rachète les dettes ! Mais il n’existe pas à l’échelle de la planète de trésor commun capable de le faire ! On demande aux États  de créer des bad bank, des structures pour se défaire de la masse d’actifs toxiques en circulation, ce qui implique : a) que les États vont devoir se charger d’un poids de dette supplémentaire pour des montants astronomiques, b) au bout du compte que ce sont les contribuables qui vont être ponctionnés sévèrement pour éponger l’ardoise des banques impliquées partout dans une démence spéculative dont elles ne peuvent plus se sortir. Un mois de salaire au minimum pour chaque contribuable américain. c) que les monnaies nationales ne vaudront quasiment plus rien dans ces conditions, car leur valeur sera éventrée par la dette d’État. d) Autant parler désormais de faillites des États ; processus qui a déjà commencé.

    Alors la question devient : vaut-il mieux mettre en faillite mettre en faillite les États ou mettre en faillite le système bancaire lui-même et faire une purge de grande ampleur ? La première solution mon capitaine ! C’est du moins la direction prise ces temps-ci. La question qui nous taraude est donc : comment peut-on bâtir un système bancaire immunisé contre la cupidité ? Est-il raisonnable de penser qu’il serait possible de le faire------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------l’histoire de la cupidité organisée. Quelle est la définition du fascisme ? Mussolini lui-même disait que : "le Fascisme devrait plutôt être appelé corporatisme, puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’État et des pouvoirs du marché." Bien vu. Un système politique devient passablement criminel quand il soumet le pouvoir de l’État à la cupidité du pouvoir du marché. L’économiste Howard Scott, en toute logique répond donc : "Un criminel est une personne avec des instincts prédateurs qui n’a pas suffisamment de capital pour former une corporation !" Dans la hiérarchie de la cupidité organisée au sein des corporations, la palme revient bien sûr à la spéculation financière, car elle forme la quintessence de l’abstraction de toutes les valeurs dans une seule : l’argent. Déconnectée de la Vie, arrachée à la Terre, coupée de toute relation avec les vraies richesses,  la spéculation a fini par nous monter à la tête, tandis que nous devenions aveugle au cortège de destructions que produisait au fil des ans le diktat du profit. Nous sommes désormais au pied du mur dans un moment historique. Il nous faut décider si nous voulons maîtriser la machine économique ou bien si c’est elle qui nous maîtrise. Et au pied du mur, cela veut dire les pieds sur Terre devant un obstacle à franchir. Le marché peut-il être régulateur s’il n’est pas lui-même régulé ? Et régulé suivant quelle logique ?

    2) La politique de création monétaire nationale sous la forme d’emprunts publics, dans la droite logique de l’argent comme dette, au lieu de rétablir la confiance, sape la crédibilité des monnaies nationales. La stabilité de l’une par rapport à l’autre n’a plus rien à voir avec la santé de l’économie réelle de chaque État, elle ne tient qu’à la mesure de la faiblesse des devises concurrentes sur un marché des changes volatile et emporté par des poussées de fièvre complètement irrationnelles. La solution rationnelle consiste dans la création d’une monnaie mondiale gérée cette fois en fonction de l’intérêt général de toute l’humanité et non dans l’intérêt des corporations du profit. De toute manière l’économie, qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou pas, est déjà mondialisée. C’est un fait. Alors pourquoi ne pas prendre en main cet état de fait au lieu de le laisser à la dérive, tout en continuant de raisonner dans un paradigme complètement obsolète ? Le changement radical de paradigme dont nous avons besoin pour sortir de l’impasse économique actuelle n’implique-t-il pas nécessairement l’adoption d’une monnaie mondiale ? Le comble dans cette affaire, c’est l’attitude paradoxale des États. Même si le navire de l’État coule, personne ne veut renoncer à la souveraineté monétaire ! Il y a quelque honte à afficher clairement le recours à la bonne vieille méthode de la planche à billet, le recours à la création monétaire pure et simple. Mais dans la pratique, sans le dire… c’est ce qui se fait ! A côté de cela, l’ironie, c’est qu’il existe déjà un organisme, le FMI, qui possède la faculté de créer de la monnaie à un niveau mondial. Mais ce que l’on fait en coulisse, sans le dire, il ne faudrait pas le faire au niveau international… en le disant !!. Nous avons déjà avec l’euro toute l’expérience nécessaire du passage depuis les monnaies nationales vers une monnaie globale. Que l’on ne parle pas d’utopie, ce qui semblait impossible a déjà été fait. Bien sûr qu’il y a un casse-tête diplomatique dans cette opération, quant à négocier des conditions d’exigibilité, une conversion de l’ancienne monnaie vers la nouvelle ; mais quitte à choisir, que préférons-nous ? Le prolongement chaotique d’une crise et ses dégâts collatéraux sur le plan social, environnemental, envenimés ensuite de complications militaires ? Ou une sortie possible par le haut, même si elle doit emprunter les tunnels plus ou moins tordus de la diplomatie et de l’expertise ?

    Combien de temps faudra-t-il aux dirigeants politiques qui nous gouvernent pour qu’ils prennent enfin au sérieux la menace de dislocation des États et des équilibres géopolitiques qui se profile dans la droite ligne de la crise systémique actuelle ? Si le pouvoir politique a un sens, c’est en tant qu’il reste souverain et non qu’il reste soumis à une autre puissance telle que l’argent. La souveraineté ne tient sa légitimité qu’à son aptitude à soutenir le bien commun, ce qui implique toute la pyramide de l’existence depuis sa base. La première économie systémique n’est pas celle de l’homme, mais celle de la Nature. Le maintien des écosystèmes qui assurent la vie sur Terre est une priorité qui conditionne toutes les autres. La hausse artificielle des semences a montré dans l’embrasement des émeutes de la faim à quel point le poison du système spéculatif était mortel. Nous sommes les intendants de la Terre et si nous sommes incapables de protéger et de promouvoir la vie, nous hypothéquons dangereusement notre futur. Selon un très joli titre d’article récent, dans cette crise, nous devrons sortir du rouge par le vert.  (texte) Dans la foulée, la cohésion du système éducatif, du système de santé doit être à nouveau assurée au sein de chaque communauté vivante. La relocalisation de l’économie s’avère dès lors incontournable. Le mouvement est déjà en cours. Il implique la relocalisation au pays de l’appareil productif qui a été délocalisé ailleurs, dans des zones où le coût de la main d’œuvre était faible et pour le seul bénéfice du profit. Cette orientation nouvelle aura pour effet un renouvellement de l’engagement dans le travail au service de la communauté vivante. Pour que la cohérence sociale soit stimulée et maintenue, il faudrait aussi y adjoindre des systèmes de monnaie locale qui, dégagés de la logique du profit, favorisent la coopération et l’échange de services.

    Si rien n’est fait dans cette direction, on ne pourra plus contenir très longtemps le ressentiment des opinions publiques et il faut s’attendre à ce que les esclaves trop longtemps enfermés dans les calles du navire jaillissent sur le pont le couteau entre les dents. La métaphore est dure, mais la situation est grave et ce n’est pas le moment de se payer de propos lénifiants. Le calme peuple d’Islande est descendu dans la rue et a renversé son gouvernement, coupable d’avoir mené le pays à la faillite. Aux États Unis, l’opinion publique peut difficilement supporter de voir englouti des milliards pour « sauver » des banques responsables des désastres actuels. (texte) Au même moment, des milliers des hommes sont réduits au chômage et se voient contraints de quitter leurs logements, parfois pour aller vivre sous la tente aux abords des grandes villes. L’urgence, ce sont des filets de protection à tous les niveaux, pour parer au plus pressé, mais cela ne va pas suffire. Il faut qu’advienne un changement de conscience radical au sein de la sphère économique. Faut-il, à terme, créer une monnaie mondiale afin d’assurer à chaque être humain sur Terre un revenu minimum d’existence ? L’idée est dans l’air. Elle demande peut être trop à cet intermédiaire de l’échange qu’est la monnaie, mais elle mérite d’être examinée.

B. Standard technique et choix politiques

    Historiquement, le passage du troc vers la monnaie, instaure une convention : adopter tel ou tel support (métal, coquillage, plume etc.) comme intermédiaire symbolique de l’échange. La convention comporte un aspect purement technique et elle repose sur une entente collective basée sur la confiance établie dans une communauté. La monnaie mondiale diffère-t-elle entièrement sur ce point de la création historique des monnaies ?

    1) Un représentant de commerce qui voyage partout en Europe est obligé de transporter avec lui un paquet de prises électriques de différents formats. C’est encombrant, passablement idiot, car on se dit qu’il suffirait que les États s’entendent sur un standard unique et cela simplifierait l’usage. D’un point de vue technique la multiplicité des standards ne crée que des complications. La standardisation fait partie de l’évolution normale de la technique. Il en est de même pour les mesures. L’étalon du mètre pour les longueurs, du gramme pour les poids, du litre pour les liquides etc. une fois accepté, est une commodité dans l’échange et le  partage d’un savoir. Il dispense d’une conversion permanente d’un système dans un autre. Un kilo de farine en Guadeloupe, en Russie, en Chine ou en Australie, c’est toujours un kilo de farine. Deux kilomètres, ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Toutefois, il ne faut pas confondre la complication et la complexité. La complication relève d’une stratégie de mental confus dont la rationalité est discutable et qui produit au minima des pertes de temps, au pire, un enlisement permanent dans des problèmes fictifs.  L’adage de l’intellect confus, c’est « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! ». Et avec cet adage, vous pouvez faire de la bureaucratie inutile, de la technocratie fumeuse, et une politique qui conduit à la pagaille généralisée. A la différence, la complexité a rapport avec la richesse  de texture du réel, richesse que ne se laisse pas réduire sous le coup des simplifications abusives. Nous avons vu combien la pensée duelle devient dans la polémique simplificatrice. Le monde est complexe, il faut l’admettre et en tenir compte, mais il faut aussi l’aborder avec un esprit de simplicité et ne pas créer des complications inutiles.

    Or dans une économie qui est de fait mondialisée, le principe des monnaies nationales relève à l’évidence d’une complication inutile des échanges. On peut toujours dire que nous disposons du dollar comme monnaie commune. Mais ce n’est pas un étalon. Un étalon de mesure physique est très fonctionnel parce qu’il est stable, fixé sur une constante qui ne peut être discutée. Une monnaie d’État n’a aucune stabilité, elle fait du yoyo sur le marché. L’instabilité de la monnaie est elle-même utilisée comme arme monétaire pour réguler les flux entre exportations et importations. Aucune monnaie nationale ne peut être considérée comme un étalon. Une monnaie étalon nationale est un oxymore, même en ce qui concerne le dollar qui sert effectivement beaucoup dans les transactions et semble en apparence servir d’étalon. Le fait même d’utiliser le dollar comme monnaie commune est  un avantage outrancier concédé à une nation et un préjudice pour toutes les autres. Il faut différencier « monnaie commune » et « monnaie mondiale ». Seule une monnaie mondiale peut exercer la fonction d’étalon des échanges économiques.

    Les avantages liés à l’adoption de la monnaie mondiale comme véritable étalon monétaire sont nombreux et résultent pour une large part d’un effet mécanique. Le plus immédiat, c’est que la monnaie mondiale supprime de fait toute spéculation sur les devises et le change. Nous pouvons d’ors et déjà imaginer l’impact formidable qu’aura la création d’une monnaie non thésaurisable  sur les échanges internationaux. Elle calmera les marchés et par ailleurs, elle invitera les acteurs du monde économique à se tourner davantage vers l’économie réelle. Elle impliquera une plus grande transparence dans les échanges. Elle mettra les pays pauvres à l’abri des fluctuations monétaires, tout en supprimant l’avantage que confère à une poignée de privilégiés la possession d’une devise plus forte. En mettant chacun sur un pied d’égalité devant l’argent, elle agira comme un contrepoids aux effets induits par la mondialisation. Jusqu’à présent, le capitalisme n’a tenu qu’en refusant le principe de transparence, en cultivant toutes formes de secrets et de manigances. L’adoption de la monnaie mondiale introduira immédiatement plus de vérité dans l’échange, en rendant très visibles les différences de salaires, de prix, de conditions sociales. La visibilité accrue dans le champ économique porte en elle une prodigieuse capacité de transformation. C’est tout aussi vrai dans le champ politique, nous n’avons montré, car c’est exactement ce qui rend impossible le machiavélisme du pouvoir.

    ---------------Mais l’innovation la plus révolutionnaire apportée par la monnaie mondiale sera la possibilité de création directe de monnaie sans dette. Nous savons que dans l’état actuel des choses, la quasi-totalité de l’argent qui existe en circulation est créé ex nihilo sous la forme de dette injectée dans le système par les banques commerciales lorsqu’elles accordent un prêt. Nous avons vu dans une précédente leçon que les banques créent l’argent qu’elles prêtent, mais qu’elles ne créent pas l’intérêt qu’elles exigent en retour. Or cet intérêt doit être remboursé par les emprunteurs, mais cet argent là n’a pas été crée, c’est un vide, un trou noir. C’est le vide aspirant de la dette collective et de la dette des États eux-mêmes qui en sont directement victimes. Mais attention cette folie est organisée et elle l’est au bénéfice direct des financiers. Ceux-ci n’ont pas de raison de vouloir améliorer le système. Ils savent qu’il est défectueux et qu’il ne cesse de produire des crises. Mais quand un problème apparaît, parce qu’il a été généré par le système, le financier est déjà sur pied pour apporter… sa solution technique… qui va à nouveau perpétuer les dysfonctionnements de l’ensemble. En termes de théorie écologique, on dit que la finance  recourt à des remèdes hétérotéliques (nuisibles au Tout) pour maintenir à flot un système qui est lui-même hétérotélique. Ce processus démentiel à un moment atteint sa limite mathématique, limite à partir de laquelle il n’est plus possible de payer l’intérêt sur la dette. Cela s’appelle un krach.  Quand cela se répercute par effet domino partout sur la planète, c’est une crise systémique. On voit donc l’important énorme qu’il y a à sortir de l’argent-dette. A partir du moment où l’argent sera émis sans dette et conformément à l’intérêt de la totalité de l’humanité, l’économie deviendra immédiatement plus saine.

    2) Les objections les plus courantes. On peut rétorquer que :

    a) « Les États ne voudront pas abandonner leur monnaie, partie pour des raisons qui tiennent à leur souveraineté en droit, partie parce que la monnaie incarne de fait l’identité nationale. Dans l’histoire des monnaies, c’est la fierté nationale qui a emporté bon nombre de décisions ».

    - R : Ce genre d’argument ne porte pas pour les pays développés très affectés par la crise actuelle. Les pays pauvres n’y tiendront pas non plus, ils ont tout à gagner à changer leur monnaie pour une devise plus solide, y compris pour leur indépendance. Bref, l’argument ne fonctionne que pour les devises de pays riches très peu affectés par la crise. Combien ? Qui ? Les grands pays en voie de développement ? Ils doivent affronter leurs problèmes sociaux et économiques internes. Au final, l’argument parait obsolète, très daté historiquement et peu convaincant.

    b) « Concéder un plus grand pouvoir à une organisation internationale tel que le FMI en lui confiant le soin de créer une monnaie et veiller simultanément à son usage démocratique est une proposition irréaliste ».

    - R : Irréaliste au vu du fonctionnement actuel, mais pas impossible, ce qui est sûr c’est qu’alors nous irions vers une refondation en une seule entité de la Banque Mondiale et du FMI sous l’étroite surveillance de l’ONU. Vaste chantier il est vrai, mais avons-nous vraiment le choix ?

    c) « La présente crise a son origine historique dans le fait que les États ont été dépossédés du pouvoir monétaire en faveur des banques centrales. La solution serait alors de réintégrer le pouvoir monétaire à l’intérieur de la souveraineté politique de chaque État… ce qui est bien sûr exactement le contraire d’un projet de monnaie mondiale ».

    - R : Voir réponse (a). Le réflexe identitaire et la tentation protectionniste sont possibles et même prévisibles dans l’urgence, mais ce serait un recul, un repli dans le chacun pour soi qui ne peuvent être efficaces à long terme.

    d) « Certains économistes plaident pour le retour à une parité d’échange fixe fondée sur l’étalon or, en s’appuyant sur le fait que, pendant toute la période où ce système a été utilisé, la stabilité des monnaie a été remarquablement assurée ».

    - R : Nous savons que dans l’histoire l’or a permis de nombreux trafics et manipulations. Est-il vraiment opportun de les relancer ? Cela a été fait dans la Rome antique et c’est une des causes qui a contribué à sa chute. Si l'or redevenait la seule base légale de l’argent, il y aurait de grandes disparités. Ceux qui n'en n’ont pas n'auraient plus d'argent. Il faudrait sévèrement limiter l’émission de monnaie au stock d’or disponible. Cette rigidité est incompatible avec la souplesse exigée par une réponse pertinente à une situation de crise.

    e) « Les taux de changes sont actuellement utilisés pour arbitrer les flux caractéristiques des situations de concurrence. L’abandon des monnaies nationales retirerait cette soupape de régulation des taux de changes en fonction de la conjecture. Lorsque la croissance fléchit, la baisse du change permet de relancer l’exportation. Inversement, la hausse du taux de change refroidit l’économie ».

    - R : Exact. Cela fait partie du transfert de pouvoir depuis les Banques Centrales vers la Banque Mondiale. Tout reste à inventer pour obtenir une régulation à partir d’une monnaie mondiale.

    f) « Il existe déjà une monnaie internationale et c’est le dollar.  Ce référent est fonctionnel et en accord avec la suprématie économique des États Unis. Il assure 50% des échanges commerciaux et  80% des transactions financières mondiales. Le système monétaire a peu changé, mais il a imposé une adaptation, comme disait un secrétaire américain du Trésor : « le dollar est notre monnaie, mais votre problème ».

    - R : Si c’est notre problème et qu’il vient à s’effondrer dans très peu de temps, ce sera aussi le problème des États Unis et celui du monde entier. Il y a de solides raisons de penser que la devise américaine risque gros dans la période à venir, il suffirait d’une pichenette de la Chine pour obtenir sa dépréciation massive. Que restera-t-il alors comme autre solution viable à part l’instauration d’une monnaie mondiale ?

    g) « Quand on voit avec quelles difficultés travaille le Conseil de Sécurité des Nations Unies, on peut avoir de sérieux doutes quant à la possibilité de voir un jour fonctionner une Banque Centrale Mondiale gérant de manière acceptable une monnaie mondiale ».

    - R : C’est un problème sérieux. Répondre en disant qu’il faudra à terme mettre en place un gouvernement économique mondial c’est multiplier les problèmes et soulever les inquiétudes de ceux qui refusent une fédération mondiale unifiée et qui ne veulent surtout pas entendre parler d’un gouvernement mondial. Mais là encore, une fois surmontées les réticences, il faudra apprendre à penser et à décider sur un plan mondial. C’est une question de volonté politique.

    h) « Trouver une consensus sur les cours de conversions appropriés, pour passer des monnaies nationales à la monnaie mondiale, produirait une bataille épique et interminable qui risquerait de s’enliser dans des querelles d’experts et des luttes de pouvoir, pour n’aboutir au final qu’à une situation pire qu’auparavant ».

    - R : Le pire n’est pas certain, il n’est qu’une hypothèse, le chemin de croix de la recherche d’un consensus acceptable l’est. C’est encore une question de volonté politique.

    i)

 

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Questions:

1.  Y a-t-il contradiction entre monnaie locale et monnaie mondiale?

2.  Le risque d'une monnaie mondiale ne serait-il pas de relancer follement la consommation sur la planète, au mépris des ressources limitées qu'elle comporte?

3.  La notion de monnaie implique-t-elle oui ou non une diversité de monnaies?

4.  Plutôt que de viser une monnaie mondiale, ne vaudrait-il pas mieux supprimer l'argent?

5.  Pour abolir la dette, la monnaie mondiale ne pourrait-elle pas simplifier toutes les procédures en indexant d'un seul coup la monnaie mondiale sur la richesse réelle des États?

6.  Le capitalisme n'est-il pas par nature lié à une diversité monétaire?

7.  Les politiques ne risque-t-ils pas de refuser l'idée de monnaie mondiale, sous le prétexte qu'elle impliquerait de renoncer à leur rôle en encourageant la réduction des prérogatives des États?

 

Vos commentaires

     © Philosophie et spiritualité, janvier 2009, Serge Carfantan,
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