Leçon 126.   Croissance, décroissance, développement      pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon

     Nous vivons dans un monde surdéterminé par l’économisme. Notre compréhension globale du monde est dominée par la représentation économique. La religion de l’économisme enseigne, propage, maintient et défend un dogme : celui du développement et de la croissance. Quand le chiffre de la croissance est bon, nous avons le devoir de nous réjouir, (texte) s’il est mauvais, nous avons toutes les raisons de déprimer. Notre destin est écrit sur les courbes des économistes et nous avons lié logiquement le bonheur des hommes, la prospérité de nos sociétés et la croissance ininterrompue.

    Et si le bonheur des hommes n’avait en réalité aucun rapport avec une accumulation économique ? Et si la prospérité ne voulait pas dire avoir beaucoup plus, mais vivre beaucoup mieux ? Et si la croissance ne générait pas réellement la prospérité ? Et si la croissance générait plus de destruction, de malheur, de violence que de conditions satisfaisantes pour une vie humaine plus digne ?

    Nous assistons aujourd’hui à une remise en cause sans précédent de la dogmatique de la croissance, au point que la notion de décroissance nécessaire est en train de faire une percée remarquable dans les esprits. De même, il ne manque pas de courants alternatifs pour soutenir que seule la simplicité volontaire peut sauver l’humanité à long terme. Il est temps d’essayer de comprendre ces enjeux en mettant toutes les cartes sur la table. La croissance économique conduit-elle nécessairement à société meilleure ?

    Pourquoi faut-il remettre en cause la notion de croissance ? Sur quel ...

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A. Le concept de croissance

    Ne perdons pas de temps et allons droit au but : le terme de croissance n’a pas son origine dans l’économie, mais dans la nature même de la vie.

    1) Il est dans la nature même de la vie, au sens biologique, de chercher à s’accroître et à se développer. Les grecs avaient un mot pour cela, le mot Nature lui-même. La phusis, la Nature, est un mot dérivé du verbe phuein qui veut dire croître. La Nature est celle qui croît. Cependant, dans le contexte de la Nature, croissance se comprend dans un sens très particulier qui n’enveloppe pas du tout le temps linéaire, mais un temps circulaire, ce qui fait une différence très importante.

    a) Il est dans la nature du bouton de rose de croître pour devenir la rose, puis de devenir la graine qui à son tour redonne naissance au rosier. Les potentialités de la rose évoluent, atteignent leur épanouissement, puis s’involuent dans la graine, dans un cycle indéfini. D'autre part, la Nature a deux sens, un sens singulier, la nature d’une chose, et un sens global, la Nature comme totalité. Comme le montrait Aristote, nous ne parlons de croissance qu’au sujet de ce qui est proprement vivant, de ce qui croît, connaît un développement dans la perfection de sa forme, puis décroît, pour permettre un nouveau développement. Nous parlons à juste titre de la croissance d’un enfant et le père se réjouit le jour où il peut lui lâcher la main et le voir marcher seul. Nous connaissons assez bien aujourd’hui les étapes séquentielles du développement du fœtus. Nous savons qu’elles sont extrêmement bien ordonnées et ordonnées par une intelligence globale codée dans l’ADN des cellules. S’il est une expression magnifique de la croissance, c’est bien celle de la croissance du vivant. Les économistes le savent bien, car malgré eux, ils sont obligés de revenir vers le modèle de la vie pour tenter d’expliciter le modèle de la croissance.

    b) Nous pouvons aussi remarquer que la Nature, globalement, si elle n’est pas entravée dans ses processus, se promeut elle-même dans le développement vivant. La Nature cherchera à gagner le terrain saccagé par la guerre. Ce sont les fleurs qui poussent les premières sur les ruines fumantes, comme l’herbe revient sur le gravier, les routes abandonnées et dans les usines désaffectées. Nous avons aujourd’hui une masse considérable d’informations en écologie pour comprendre ce processus global. Nous avons même découvert que la Terre est elle-même un être vivant. Il y a dans le fonctionnement de la Nature des paliers d’équilibre et que spontanément, la vie cherche toujours le palier le plus élevé, la diversité la plus grande. La vie tend à coloniser la matière pour se promouvoir elle-même. La vie fonctionne de manière systémique et là encore, l’économiste ne peut que s’incliner et remarquer que sa propre science ne peut être que modelée sur le caractère systémique de la vie. Que ces processus suivent une logique qui correspond à un temps circulaire est maintenant une proposition qu’il n’est plus possible de nier. Les cycles sont omniprésents dans la Nature, de la plus infime de ses parties à la plus grande. (texte)

    2) Cependant, un changement considérable a été introduit dans notre concept du temps depuis la Modernité, celui du passage du temps cyclique, que toutes les sociétés traditionnelles connaissaient, au temps linéaire. Et ce changement radical altère profondément la signification de la croissance. De l’idée d’un enroulement qui cohère avec soi, on passe à l’idée dépliée d’un vecteur abstrait d’une visée à l’infini. Le temps linaire est inséparable d’un concept clé de la modernité, le concept de progrès qui en est la conséquence logique. Et c’est seulement dans cette perspective que peut se comprendre notre concept actuel de croissance économique dont la portée n’est plus la même. L’idée de temps linéaire qui a envahit toute la pensée du XIX ème siècle suppose qu’en en arrière de nous, dans le passé, il y a des sociétés dites « primitives », « sous-développées ». Nous possédons des outils d’une puissance remarquables dans la techno-science, pour changer nos conditions de vie vers une société « civilisée » et « développée ». Toute transformation technique est sensée conduire à un état meilleur, à un progrès et constitue une étape de « croissance » vers un but (lequel ?). Les sociétés qui ont fait un long chemin sur cette route sont dites « évoluées », « développées ». Celles qui sont en voie de les rattraper sont « en voie de développement ». En bref, le temps linaire, étale le concept de croissance dans l’Histoire et le coupe radicalement de son origine naturelle. Par définition, la croissance économique est non seulement une croissance artificielle, mais surtout, une croissance contre la Nature, parce qu’une croissance dans la conquête de la nature et une croissance dénaturée. Il faut bien s’entendre sur la différence. Que l’homme modifie la Nature est naturel et ce qu’il produit est bien sûr artifice. Tout être vivant agit, et agit dans la Nature. La Nature elle-même, comme le dit Michel Serres, travaille sans arrêt. Par contre, que l’homme entreprenne de domestiquer la Nature, qu’il en vienne à lui surimposer un concept linéaire du temps, implique fondamentalement qu’il en vient à se couper radicalement de la croissance naturelle et de sa rondeur harmonique.

    Ce passage s’effectue quand l’adoption du temps linaire fait basculer la représentation du qualitatif, vers l’idéologie du quantitatif. La bascule d’une représentation de la vie mesurée à l’aune du quantitatif se produit quand apparaît la pensée commence à objectiver la vie, en perdant de vue sa dimension subjective en la délaissant dans les marges de sa propre réalité. Et quel est ce projet  qui parvient à ce résultat colossal? Le projet par lequel la totalité du réel se voit soumis à l’objectivation n’est rien d’autre que la science moderne elle-même. Dans toute son œuvre, et en particulier dans La Barbarie, Michel Henry l’a magistralement démontré. Dès la fondation de la Modernité, on voit apparaître l’idée que l’homme se doit de devenir maître et possesseur de la Nature, afin de tracer la route droite du progrès pour les générations futures. Le mot « progrès » quitte alors définitivement le site originel qui est le sien, dans le cœur de la Vie et s’identifie alors au seul progrès technique. « L’idée d’un progrès esthétique, intellectuel, spirituel ou moral, sis en la vie de l’individu et consistant dans l’auto-développement et l’auto-accroissement des multiples potentialités phénoménologique de cette vie, dans sa culture, n’a plus cours ». Le fondement véritable du progrès est spirituel. C’est dans la transformation des valeurs spirituelles que se dessine le progrès. La Vie en son essence est la subjectivité même, la vie est originellement affective et c’est dans le fondement de son affectivité pure qu’elle peut construire un monde qui porte son amour d’elle-même. Mais quand le divorce est prononcé entre l’intériorité pure de la vie et le monde des objet, quand l’empire de l’extériorité, de la mesure et de l’objectivité règne, alors la négation fait son office et l’idée même de croissance a perdu tout son sens. La perte du sens originaire de la croissance équivaut à l’empire d’une illusion : celle de l...

    « Le développement économique, avec ses lois en apparence autonomes, sa finalité abstraite, ses contradictions incomprises, ses effets imprévisibles, était vécu par les hommes, depuis qu’il constitue un monde spécifique, comme un destin étranger, leur distribuant alternativement prospérité et misère, et le plus souvent celle-ci. Encore ce destin tenait-il sa substance de leur propre vie, de leur travail, de leur espoir et de leur souffrance, même si, de façon incompréhensible, il retournait contre eux leur propre effort, pour les écraser et les asservir. Avec la technique le caractère autonome du développement a cessé d’être une apparence, c’est un mouvement qui n’a aucun rapport avec la vie, qui ne lui demande rien et qui ne apporte rien, rien qui lui ressemble en tout cas, qui soit conforme à son essence et à ses vœux. Ce qu’il lui apporte, ce qu’il lui impose, c’est justement l’autre de la vie ». Michel Henry emploie le terme transcendance noire.  

    3) Abordons maintenant la représentation couramment admise de la croissance. La définition reçue est celle-ci (je la trouve dans un manuel d’économie) : « La croissance économique est l’accroissement sur une longue période des quantités de biens et services produits dans un pays ». Je souligne les termes de longue période, de quantités et de produits à dessein. Et c’est remarquable ce que nous trouvons là ! Longue période est évidemment la transposition du temps linéaire. On voudrait voir sur le tracé dans l’idéal une droite montante. L’érection de la ligne droite de la croissance, voilà qui excite nos technocrates ! Quantité nous montre directement l’idéologie du quantitatif. En somme, c’est un concept industriel : comme une usine doit « produire » en grande quantité des choses que l’on pourra ensuite vendre. C’est le concept d’une entité qui n’est pas la vie humaine, l’« usine ». Plus la productivité est grande, meilleure est la croissance. Il faut remarquer le caractère totalement abstrait et objectivé de cette définition. Il n’y est pas question de la vie individuelle elle-même, mais du commerce des choses et des actes, indépendamment des individus. Du système économique donc considéré comme une entité à part entière. Il est donc possible, sans contradiction, que l’on produise des marchandises inutiles à la pelle, des leurres de consommation à n’en plus finir, cet accroissement sera toujours estampillé du terme « croissance ». C’est crétin au possible, mais marqué dans la définition ! Rien n’est dit de la relation entre les biens et les services et leur valeur et surtout, leur enracinement dans la vie (…inquiétant). Il est présupposé par avance qu’il existe une valeur économique en soi : la preuve tient, c’est le prix ! Le prix, c’est ce qui objective la valeur. Comme si une chose avait une valeur, parce qu’elle avait un prix ! (…affligeant). Notre génération postmoderne est entièrement conditionnée par cette manière de voir. C’est ce que recrache sans la moindre hésitation n’importe quel élève de lycée. C’est ce que l’on répète -et que l’on doit répéter- constamment dans les média -il faut que tout le monde continue à y croire- (…désespérant). Il n’y a pas la moindre allusion dans cette définition à la question des ressources d’où proviennent les biens et les services. Rien sur l’exploitation de la Terre, rien sur l’exploitation des hommes, rien sur l’incidence de la croissance sur la culture. Tout cela est « objectif », scientifique et précisément ce qui est inquiétant, car ...

    Continuons avec le jargon de l’économie : « On distingue deux formes de croissance : la croissance extensive est proportionnelle  à l’augmentation des quantités des facteurs de production alors que la croissance intensive est liée à l’augmentation de la productivité du travail et/ou du capital ».

    Il est clair que cette dualité extensive/intensive est une représentation horizontale, elle ne s’enracine en rien dans la verticalité de la vie et de l’individu vivant. Que déboule sur le marché une plus grande quantité de produits ou que la productivité soit multipliée par trois, nous n’en avons rien à faire si cela n’a rien à voir avec la croissance intérieure de la vie. Non seulement cela, mais ce sont des facteurs qui peuvent justement être catastrophiques pour le travailleur soumis aux cadences accélérées d’un travail stupide, pour le décalage entre les nantis et les miséreux, et la violence exponentielle qui en résulte, pour l’état de la planète dont on pille les ressources (document) et dont on pollue partout la surface. Cf. A. Jacquard (texte)

    4) Pour que ce concept bancal tienne la route, il faut nécessairement qu’on l’assortisse d’une énorme puissance de persuasion et devienne une idéologie. Sinon, le bon sens se révolterait contre. La lucidité crierait à l’imposture. Il faut donc parler sans aucune hésitation d’une l’idéologie de la croissance. Il s’agit bel et bien d’une idéologie, car c’est une représentation à caractère collectif qui enveloppe une croyance susceptible de véhiculer une illusion. En amont de l’idéologie de la croissance, il y un fondement de la croyance dans un développement continu et indéfini : nous avons vu que la modernité avait inventé le mythe du progrès. Dans les termes d’Edgar Morin, dans Terre patrie, « au fondement de l’idée maîtresse de développement, il y a le paradigme occidental du progrès. Le développement doit assurer le progrès, lequel doit assurer le développement ». Ce qui implique deux aspects :

    a) « Le mythe global où les sociétés industrielles atteignent au bien-être, réduisent leurs inégalités extrêmes et dispensent aux individus le maximum de bonheur que peut dispenser une société ». C’est effectivement une croyance profondément ancrée dans la conscience collective de l’occident. Nous pensons vivre dans une « société développée ». Nous pensons avoir dépassé en tout point les sociétés « primitives ». Je mets ici le singulier et le pluriel à dessein, exactement comme le fait le sens commun : il y a « la » société développée (unique donc, occidentale par surcroît et bien sûr la nôtre) et « les » sociétés « primitives ». Ce qui est très lourd de sens. Implicitement, même dans les mots, les sociétés traditionnelles sont condamnées à disparaître et un seul modèle « civilisé » doit demeurer.

    b) « D’autre part, c’est cette conception très réductrice, où la croissance économique est le moteur nécessaire et suffisant de tous les développements sociaux, psychiques et moraux ». Quiconque a un tant soit peu ouvert les yeux sur le monde, sait qu’il s’agit là d’un préjugé. En vérité, le développement purement économique est littéralement aveugle au sens de la vie humaine, il ne conduit pas du tout au sens de la communauté, il ne contient pas la moindre once du sens de la culture. Il occulte la richesse spirituelle de l’humain. Pour être clair et net : « la notion de développement s’en trouve gravement sous-développée ». Il en résulte logiquement que la notion connexe de « sous-développement » est tout aussi étriquée : « la notion de sous-développement est un produit pauvre et abstrait de la notion pauvre et abstraire de développement ».

    ---------------Seulement, l’Histoire a eu raison contre tout bon sens : « Liée à la foi aveugle dans la marche en avant irrésistible du progrès, la foi aveugle dans le développement a permis d’éliminer les doutes, d’autres part d’occulter les barbaries mises en œuvre dans le développement du développement. Le mythe du développement a déterminé la croyance qu’il fallait tout sacrifier pour lui. Il a permis de justifier les dictatures impitoyables ». Que celles-ci soient construites sur un modèle de dictature militaire ou d’une idéologie marxiste n’y change rien. Michel Henry dit à ce sujet dans Du Communisme au Capitalisme : « le communisme est un rationalisme radical, la première tentative systématique non pas de penser rationnellement mais de régler l’activité humaine comme s’il s’agissait d’uns système de relation objectives… étranger à la vie ». Notre croyance hallucinée dans le développement a autorisée toutes les complaisances politiques (texte) et nous n’avons pas vu arriver ce monde enchanté que la croissance devait nous apporter. Trente années vouées au développement n’ont fait qu’accroître dangereusement l’inégalité entre le nord et le sud. 10% des pays riches absorbent 80% des ressources de la planète et monopolisent le savoir scientifique. Nous détruisons des montagnes de surplus agricoles, pendant que des peuples meurent de faim. Non seulement le tiers monde subit massivement l’exploitation économique de l’occident, mais il subit aussi l’endoctrinement du modèle occidental, « la cécité, la pensée bornée, le sous-développement moral et intellectuel du monde développé », en renonçant à ce qui faisait la richesse et la spécificité de sa propre culture. Le développement purement économique n’a pas réussi à contribuer à une vie décente pour chaque être humain sur la Terre. Il a plutôt alimenté l’avidité de quelques uns et multiplié la misère et l’exclusion du plus grand nombre. Il n’a pas servi la condition du travail, il l’a ....

    Maintenant, pourquoi sommes-nous si attachés à l’idée de croissance ? Pourquoi nous sentons-nous menacés quand la croissance vacille ? Nous devons être très attentifs à la résonance de cette question en nous. La réponse est très simple : parce que nous ne pouvons pas renoncer à la vie elle-même, dans sa propre affirmation de soi, dans sa création de soi par soi, bref, dans la croissance au sens originaire. Et là il n’y a pas d’erreur. La dimension d’affirmation phénoménologique de la Vie et la dimension biologique de la condition du vivant ne peuvent pas être niées, car précisément cette négation est la souffrance. L’erreur, c’est d’identifier la jouissance de soi de la vie, son expansion et son bien-être à une idéologie économique. L’illusion commence quand on croit que la croissance économique détermine la vie réelle dans l’affirmation qui lui est propre, alors que c’est la vie qui détermine de part en part la qualité de l’échange et le sens réel de la croissance. L’illusion nous submerge quand nous surimposons à l’économie une idée qui a son site au cœur de la vie, dans le rapport de soi à soi. Ainsi, l’angoisse qui nous étreint à l’idée qu’il faudrait renoncer à la croissance n’a qu’une seule source : elle est intimement liée avec le sentiment de devoir renoncer à être, renoncer à l’épanouissement de soi, ce qui est effectivement contre-nature. Tout le marchandage de la peur autour du concept de croissance est entièrement psychologique et s’alimente à cette origine, en jouant habilement sur le double sens des mots. Ce que nous ne comprenons pas, c’est que la libération intérieure des potentialités de la vie n’a rien à voir avec l’idéologie du quantitatif qui sous-tend la croissance économique. Bien vivre, vivre mieux, ce n’est pas la même chose que vivre avec toujours plus.

B. De la décroissance nécessaire

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     © Philosophie et spiritualité, 2005, Serge Carfantan.
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