Leçon 184.   Sur les croyances inconscientes     

    Dans une leçon précédente portant sur la croyance, nous avons montré pourquoi, en raison de l’identification de l’esprit à ses propres constructions mentales, nous sommes portés à croire dans toutes nos propres pensées sans jamais les remettre en question. Nous terminions en disant qu’il est possible de distinguer les croyances périphériques, que nous serions éventuellement prêts à lâcher et les croyances centrales que nous ne voudrons pas lâcher, parce qu’elle ont un rapport étroit avec notre sens de l’identité.

    Quel rapport y a-t-il entre le sens de l’identité propre à l’ego et la croyance ? En apparence, une croyance est consciente. Je peux, en adhérant à telle ou telle opinion, croire qu’elle est juste, même si je ne sais pas vraiment comment justifier mon adhésion. Il se pourrait bien que questionné sérieusement (mais pourquoi croyez-vous cela ?) j’ai quelques difficultés à donner de véritables raisons. Le fait, c’est : j’ai mes croyances, j’ai mes opinions et j’y tiens. Mes croyances m’appartiennent, font partie de moi et cela suffit pour que je les garde. Nous voyons tout de suite que la croyance a un rapport avec le sens de l’appartenance de l’ego.

    Nous avons montré longuement que l’ego n’est pas une structure réellement consciente. Alors ne serait-il pas possible que les croyances qu’il entretient soient très largement inconscientes ? Ici le mot « inconscientes » veut dire : qui n’a jamais considéré dans une investigation sérieuse. Nous pouvons conserver par devers nous des croyances sur lesquelles nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir si elles étaient vraies ou fausses. Or une croyance, tant qu’elle est présente, est active. Est-il possible de croire dans des idées erronées sans s’en rendre compte ? En quel sens peut-on parler de croyances inconscientes ?  Quelles relations ont nos croyances inconscientes avec notre sens de l’identité ?

A. Le territoire des croyances inconscientes

    Une croyance est consciente quand elle est formulée clairement par le sujet dans le langage, qu’il se l’est appropriée explicitement et la tient pour une description correcte ou vraisemblable de son objet. Si on suit cette définition et que l’on raisonne dans la dualité, une croyance est inconsciente quand le sujet la possède sans vraiment l’avoir formulée dans le langage, sans s’être approprié explicitement son contenu et que consciemment, il pourrait dénier la pertinence de sa description à l’égard de son objet. Ce qui n’empêche pas que la croyance soit là, imprégnée à un niveau subconscient et qu’elle se traduise par des comportements caractéristiques.

     1) En d’autres termes, une croyance consciente est intentionnelle, elle peut inspirer des actes et s’exprimer dans des conduites. La croyance consciente fournit des raisons, des motivations pour les fins que l’homme se propose, car, nous l’avons vu, il est impossible d’agir sans confiance et se passer de toute croyance. A la différence, disons que la croyance inconsciente est d’avantage liée aux actes par une relation de cause à effet. Parce qu’au fond de moi, je crois sourdement en telle ou telle chose, je suis poussé à agir de telle ou telle manière, dans l’alignement de mes croyances inconscientes.

    (N°1) « Je crois que l’homme descend de l’animal par le chemin de l’évolution ».

    Ce peut être une croyance-opinion. Avec une étude sérieuse de la question, il est tout à fait possible de transformer cette croyance en une thèse solidement argumentée, ce que ferait un biologiste évolutionniste. Mais pour l’homme de la rue qui ne s’est pas penché sur cette question, cela reste une description plausible dans laquelle il peut croire, tout en remettant sa confiance à des spécialistes compétents. Cette croyance-opinion impliquerait par exemple que nous nous inquiétions de la diffusion des doctrines religieuses anti-évolutionnistes et que nous soyons d’accord avec les politiques qui exigent que l’on ne mette pas sur le même plan croyance-foi et croyance-opinion. Ce n’est pas à la religion de fixer le contenu des programmes scolaire d’enseignement de la biologie.

    Voyons deux autres exemples :

    (N°2) « Je n’ai pas le droit de me mettre en colère, parce que ce n’est pas bien ».

    (N°3) « Un homme ne doit pas pleurer ».

    Nous avons ici deux croyances qui demeurent chez la plupart des gens inconscientes. Notons que le seul fait d’exprimer une croyance inconsciente dans le langage la place sous la lumière de la conscience et il est alors possible qu’une fois formulée elle se démantèle d’elle-même. Cependant, entretenue à un niveau subconscient que produit-elle ? Le cas N°2 va chez une jeune femme générer une grande rigidité extérieure, une tension énorme venue du fait qu’elle s’empêche par tous les moyens d’exprimer l’émotion ; de l’hyper-contrôle sous une allure très « morale » et « intègre », une forte inhibition de soi, une retenue, une frustration qui va se diffuser sous la forme d’une souffrance constante dont le sujet ne verra même pas la cause. Idem pour le cas N°3 la croyance bloque l’expression spontanée du chagrin dans les larmes. L’idée qu’il faut se retenir de pleurer agit et se développe aussi sous la forme d’un contrôle sévère, très disciplinaire, ce qui produit aussi la souffrance de se restreindre et de ne pas exprimer l’émotion. La croyance opère en tant que cause produisant un effet dans le comportement. Le sujet n’est pas conscient de la croyance, ni de la relation cause-effet, il n’est conscient que du résultat : une situation de tension constante et de souffrance vécue qui se répète indéfiniment. Le vécu, c’est la crispation, la tension, l’incapacité de lâcher prise. Mais c’est un phénomène de surface au niveau conscient, qui dépend d’une pensée agissant en sourdine dans le subconscient. Le sujet n’a aucune conscience des mécanismes. On peut dire que la croyance se traduit en acte. Dans la représentation du sujet elle est comme un scénario qu’il exécute, scénario qui est écrit en lui sous la forme d’une représentation inconsciente. Le sujet n’est pas

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     2) Il existe un nombre incalculable d’opinions imprégnées dans chaque culture qui sont acceptées sans discernement et génèrent des croyances inconscientes. (texte) Pour une très large part, elles sont liées aux mythes culturels qui sous-tendent nos mentalités. Un grand nombre d’entre elles sont d’origine religieuse, mais pas toutes. Il est plus facile de les détecter dans une culture différente que de pouvoir déceler dans la nôtre. « En Chine… Au Mexique… en Nouvelle Zélande… on croit que ». Questions d’identification. Quand on vit en plein milieu d’un certain nombre de croyances collective, on les imagine tellement vraies qu’il ne nous vient pas à l’idée qu’il s’agit en tout et pour tout de croyances. Si tout le monde autour de moi partage une même idée… c’est qu’elle doit être juste ! Le consensus d’opinion dispense de tout examen et donne une pseudo-évidence à quelques idées, au milieu de ce magma de pensées que constitue le sens commun.

   (N°4) « La souffrance est nécessaire, ainsi que l’a montré le Christ en souffrant sur  la croix ». D’où l’énorme résistance rencontrée en Occident à l’apparition de l’anesthésie.

    (N°5) « Après la mort apparaîtra l’heure du Jugement de l’âme pour ses péchés, ceux qui auront commis des fautes seront jetés dans l’Enfer et Dieu reconnaîtra les siens ». Croyance religieuse que l’on rencontre à la fois dans le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme.

    (N°6) « Le travail est l’équivalent de la prière et un acte sacré qui sanctifie la créature sous le regard du Créateur ». Croyance du protestantisme d’une redoutable efficacité à l’origine du capitalisme selon Max Weber.

    (N°7) « Pour qu’un employé soit efficace et motivé, il faut qu’il soit soumis à une pression constante ». C’est un lieu commun dans le monde de l’entreprise.

    (N°8) « La vie est injuste ». Lieu commun de fatalisme ordinaire.

    (N°9) « La mort est navrante ». Voir à ce sujet le travail d’Elisabeth Kübler-Ross.

    (N°10) « Il est possible de rater une occasion ». Croyance très banale liée aux regrets et aux remords.

    Etc.

   

_________________3) Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes et attentifs, nous remarquerons que le champ de nos relations avec autrui est par avance balisé d’un grand nombre de présupposés qui ont partie liée avec notre manière de réagir aux situations d’expériences propre aux relations. Dans la liste suivante, remarquons par exemple si une affirmation évoque en nous un stress particulier et appelle un scénario qui tourne en rond assez souvent dans notre esprit :

   (N°11) « Les parents sont responsables des décisions de leurs enfants». Ce genre d’affirmation peut générer une grande anxiété, un sentiment de culpabilité.

    (N°12) « Si quelqu’un m’ignore, cela signifie qu’il ne me respecte pas ». Une personnalité rigide ici se mettra sur la défensive.

    (N°13) « Les gens ne devraient pas s’amuser à mes dépens ». Une personne timide et introvertie pourrait ici rougir. Un autre éprouvera de l’animosité etc.

    (N°14) « Les enfants devraient apprécier ce qui tient à cœur à leurs parents ». Affirmation qui peut déclencher la colère chez certaines personnes qui ont un sentiment de frustration vis-à-vis de leurs enfants.

    (N°15) « Les enfants sont ingrats ». Imaginez les lèvres pincées d’une personne devenue très amère dans ses relations familiales suite à des déceptions.

    (N°16) « Quand je donne un conseil à quelqu’un, il devrait le suivre ». Réaction énergique possible chez un responsable qui s’estime entouré d’incompétents.

    (N°17) « Quand je m’adresse à quelqu’un d’autre, il doit m’écouter ». Colère chez une personnalité rigide qui a l’habitude de se planter sévèrement face à ses interlocuteurs.

    (N°18) « Je serais heureux(se) si les autres faisaient toujours comme je l’ai décidé ». Risque de réveiller de mauvais souvenirs chez une personne autoritaire, comme le dépit chez quelqu’un d’autre etc.

   (N°19) « Mon mari (ma femme) devrait me comprendre ». Peut éveiller une puissante vague de ressentiment, la distance etc.

    Etc.

    Le fait qu’une seule de ces affirmations provoque un trouble et nous mette mal à l’aise n’est pas à prendre à la légère. Si la croyance ne nous travaillait pas à notre insu, nous ne serions pas affectés. Attention, nous ne portons ici aucun jugement ni logique, ni d’ordre moral, tout ce qui nous importe, c’est de prendre note du fait qu’une croyance inconsciente opère ou n’opère pas.

    4) Il n’est pas toujours facile de formuler un ordre de croyance qui relève d’un jugement porté sur soi, mais il est évident qu’en entretenant un jugement, nous renforçons une image du moi et que cela a bien sûr son effet. La plupart d’entre nous ruminent toutes sortes de pensées à propos d’eux-mêmes. Prenons les exemples suivants :

    (N°20) « Je suis séduisante et très sexy ». Ne rions pas. Cette pensée, réactivée dans un scénario mental, pourrait bien se traduire par… une certaine fixation sur les miroirs ! Une manière de chercher constamment autour de soi les regards.

    (N°21) « Ma vie n’a pas de sens ». Affirmation très négative, dépressive, qui activera toutes sortes de fuites et de compensations.

    (N°22) « J’aurai préféré être quelqu’un d’autre ». Idem, avec en plus une propension constante à envier autrui.

    (N°23) « Je suis quelqu’un de très compétent et d’efficace dans mon travail ». Une pensée de ce type s’associer facilement à des rancunes de ne pas avoir la promotion souhaitée et à une hauteur méprisante vis-à-vis des collègues jugés « incapables ».

    (N°24) « Je ne mérite pas d’être aimé(e) ». La formulation peut faire remonter une grande détresse, la pointe d’une auto-accusation, la culpabilité.

    (N°25) « Je serais heureux(se) si j’avais plus d’argent ». Croyance très banale.

    Etc.

    Ce type de croyance sourde associée à l’image du moi est très actif. Elle met souvent en jeu ce que Freud aurait nommé le « surmoi ». Nous avons surtout parlé dans les leçons de la dualité introspective moi juge/moi condamné. Chez une personne qui a développé une représentation très forte d’un moi idéal, la propension à juger que « je ne suis pas à la hauteur » va être très puissante.

    Ce que nous pouvons donc remarquer, c’est que nos croyances, qu’elles soient conscientes ou inconscientes, déterminent la manière dont nous prenons position devant le réel, car elles produisent le filtre d’une interprétation. De plus, le fait même d’entretenir une croyance attire l’expérience correspondante et vient en renforcer la croyance initiale. C’est un cercle vicieux. Si je crois au fond de moi que seul un travail fanatique et acharné conduit à la réussite, je vais trouver toutes sortes de bonnes raisons pour faire des heures supplémentaires, ce qui me confirmera ensuite dans l’idée que seul un travail acharné conduit à la réussite.

B. L’investigation des croyances inconscientes

    Pourtant, il est aussi possible qu’à travers la lutte constante contre le réel pour nous donner raison, nous en venions un jour à penser que nos croyances sont peut être erronées et qu’il serait bon de les revoir. Il est indéniable que parmi nos « croyances inconscientes, certaines contribuent à des états de non-paix, à des états intérieurs de peur, de méfiance, d’hostilité». Ce qui mérite un éclairage sérieux. Nous appellerons investigation cette approche des croyances inconscientes que Byron Katie désigne sous le terme The Work,  le Travail. Nous suivons ici l’exposition donnée dans Aimer ce qui est, éditions Ariane.

     1) Nous sommes très doués pour recouvrir nos croyances inconscientes de toutes sortes de rationalisations sophistiquées (texte). Nous avons évoqué plus haut l’argumentation psychologique. Nous avons vu l’exemple de Carl Gustav Jung confronté à une personne caparaçonnée pour développer des « rationalisations préconscientes », qui, surprise par un événement synchronistique changeait d’attitude. L’activité mentale ordinaire alimente ces histoires que nous nous racontons mentalement en boucle, sans jamais examiner sur quelles prémisses elles se développent. Il est nécessaire d’avoir un vif désir de clarté à ce sujet et de faire le choix délibéré de l’investigation pour mettre au net les croyances inconscientes. Il ne s’agira pas de les juger moralement, mais seulement d’en prendre conscience. Byron Katie Katie propose une méthode simple et radicale.

    Commençons par quelques principes de base :

    - En premier lieu, l’investigation n’est pas là pour enseigner quoi que ce soit à quelqu’un d’autre. Elle consiste seulement à découvrir ce qui est vrai par soi-même.

    - Le point de départ consiste à observer que lorsque nous entretenons une pensée qui entre « en conflit avec la situation telle qu’elle est », il y a immanquablement souffrance, car nous ne faisons que chercher querelle à la réalité. En termes simples : « Si vous souhaitez que la réalité soit différente de ce qu’elle est, autant essayer d’enseigner à un chat comment aboyer. Malgré tous vos efforts, vous vous retrouverez à la fin devant un chat qui vous dévisagera en faisant « miaou ». Vous pouvez passer le reste de votre vie à tenter de le faire, mais vouloir apprendre à un chat à japper est tout simplement futile ». Or si nous prêtons un peu attention au monologue mental que nous entretenons en permanence, nous y trouverons toutes sortes de formulations qui, subrepticement, remplacent ce qui est, l’être, tel qu’il est, par ce qui

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    Dès que nous nous attachons à ce genre de croyance-pensée, il y a immédiatement conflit car « ces pensées représentent le désir que la réalité soit autre que ce qu’elle est en ce moment ». Mais le fait est que je suis confronté à bien peu de charité, qu’il y à des gamins turbulents, un jardin en friche chez mon voisin etc. C’est ainsi, au moment même où je l’expérimente… jusqu’à ce qu’éventuellement la situation se modifie. Il est démentiel de s’obstiner dans une croyance en contradiction manifeste avec ce qui est. C’est sans espoir. Cette attitude ne fait que générer du stress inutile, de la souffrance et de la frustration. « Aucune pensée au monde n’y changera quoi que ce soit. Cela ne signifie pas pour autant que vous deviez y consentir ou l’approuver. Cela signifie simplement qu’il est possible de percevoir les faits sans résistance et sans la confusion résultant de votre lutte intérieure ».

    - Il serait bon de faire la distinction entre trois types d’affaires dans l’univers : les miennes, les tiennes et celles qui concerne la réalité dans son ensemble. Souvenons-nous d’Épictète : il y a des choses qui dépendent de moi et d’autres qui ne dépendent pas de moi (texte) et de la métaphore du bateau sur l’océan. Une grande partie de nos déchirements intérieurs vient de ce que nous intervenons constamment dans la vie d’autrui et nous mêlons (texte) de ces affaires en prétendant savoir mieux que lui quelles décisions prendre (cf. N° 16 à 19). « Croire que je sais ce qui vaut mieux que quiconque, c’est me trouver à l’extérieur de mes affaires. Même au nom de l’amour, ce n’est que pure arrogance, et cette attitude mentale entraîne la tension, l’anxiété et la peur ».  Osons cette question : « Si, de votre côté, vous menez votre vie et que je vis mentalement la vôtre, qui donc vit la mienne ? Nous sommes tous deux ailleurs. Le fait de me mêler mentalement de vos affaires m’empêche d’être présente aux miennes. Je suis dissociée de moi-même et je me demande pourquoi ma vie ne va pas bien ». De même, si je me tracasse au sujet d’un tremblement de terre qui n’est pas dans ma situation d’expérience, je me mêle de ce qui est l’affaire de la réalité dans son ensemble, en termes religieux, on dirait que je me mêle des affaires de Dieu. Donc, la prochaine fois que vous êtes très mal à l’aise, demandez-vous de quelles affaires vous vous mêlez mentalement… Et vous vous apercevrez que vous avez toujours vécu mentalement dans les oignons des autres ».

    - Il est essentiel de clarifier le rapport que nous entretenons avec nos pensées. « Une pensée n’a d’effet que si nous lui accordons foi ». Ce ne sont pas nos pensées qui nous font souffrir, c’est notre attachement à nos pensées qui provoquent la souffrance. Or l’attachement à une pensée vient de ce que nous la tenons pour vraie sans l’avoir examinée et, précisément, une croyance inconsciente n’est rien d’autre qu’une pensée à laquelle nous sommes attachés depuis des années. Les pensées apparaissent dans l’esprit, puis disparaissent. Les pensées forment un processus aussi spontané que la respiration. « Par elles-mêmes, elles n’ont aucun pouvoir jusqu’à ce que nous nous y attachions comme si elles étaient vraies ». Ce n’est pas la peine de se chamailler avec nos pensées, nous pouvons être indulgents avec elles et grâce à l’investigation en faire des amies.

    - Par scénario nous désignons les pensées et leur séquence qui, nous en sommes persuadés, sont réelles. « Un scénario portera sur le passé, le présent ou l’avenir ; il concernera la manière dont les choses devraient être, pourraient être, ou leur raison d’être. Les scénarios jaillissent en notre esprit des centaines de fois par jour ». Ils se présentent un peu comme des théories non démontrées, nous investiguées qui entendent fournir une interprétation exclusive des faits. « Nous ne sommes pas conscients que ce ne sont que des hypothèses », parce que notre implication en elles est totale. Un être humain est inconscient dans la mesure où il s’identifie à un scénario mental, l’alimente et n’a aucun moyen d’en stopper le processus.

    - Si nous examinons les circonstances habituelles de notre vie, nous verrons qu’en amont des sensations stressantes, il y a un attachement à l’idée fallacieuse selon laquelle les choses ne devraient pas être ce qu’elles sont.

    (N°29) « Le vent devrait cesser de souffler ».

    (N°30) « Mon mari devrait être d’accord avec moi ».

   

_________________« Nous avons une pensée qui contredit la réalité, par la suite nous éprouvons l’émotion stressante qui en découle, nous agissons animés par celle-ci, ce qui engendre encore davantage de stress ». Au lieu de remonter en nous-mêmes à la cause, nous faisons tout pour modifier dans l’extériorité l’effet, pour le rendre conforme à nos exigences. Comme cela rate la plupart du temps, il ne nous reste plus alors que l’issue consistant à nous offrir une forme de compensation : « Nous nous jetons dans le sexe, la bouffe, l’alcool, les drogues, ou l’argent afin d’obtenir un soulagement éphémère et l’illusion d’être aux gouvernes de notre vie ». Il serait plus intelligent de considérer l’apparition d’une pensée stressante comme un « signal d’alerte bienveillant nous avertissant que nous nous empêtrons dans un rêve ». C’est le moment propice pour l’investigation. Si nous mettons la main dans le feu, automatiquement, dans la brûlure, elle se retire. « De manière analogue, une fois que vous avez saisi, par l’examen, qu’une pensée fallacieuse provoque de la souffrance, vous vous en éloignez ». L’investigation permet ainsi de prendre conscience  du principe de cause à effet interne ; une fois identifiée, la souffrance se dénoue d’elle-même.

    2) Maintenant, passons à la pratique. Prenons une feuille de papier et commençons par juger notre prochain. (doc) Bien sûr, c’est difficile, cela fait des milliers d’années que nous avons appris à ne pas juger, mais il faut bien reconnaître que nous le faisons sans cesse. Alors le travail va consister à carrément coucher le mental sur le papier. « Inscrivez vos pensées sans essayer de les censurer. Demeurez en silence, muni d’un stylo, devant votre feuille de papier et attendez. Les mots vont venir. Le scénario va se manifester. Et si vous désirez vraiment découvrir la vérité, si vous n’avez pas peur de votre histoire noir sur blanc, l’ego devrait rédiger comme un maniaque. Il s’en fiche ; il n’a aucune inhibition. C’est le jour qu’il attendait tant. Accordez-lui de vivre sur le papier… Dès lors, quand le mental se sera enfin exprimé sur le papier, vous pourrez enfin investiguer ».

    On pourrait demander pourquoi par écrit. Réponse : « le mental est en mesure de se justifier très rapidement, l’acte d’écrire est susceptible de le freiner. Une fois que l’esprit est immobilisé, les pensées demeurent stables et l’investigation avance sans entrave ». Il est important dans cet exercice d’être honnête avec soi-même. Byron Katie est très claire sur ce point : « Je vous incite à vous laisser aller : jugez à fond, durement, de façon puérile et mesquine. Rédigez avec la spontanéité d’un enfant qui est triste, furieux, confus ou effrayé. N’essayez pas d’être philosophe, spirituel ou bon. C’est le moment d’être complètement honnête, exempt de toute censure à propos de vos sentiments ».

    Cela pourrait donner quelque chose comme :

 « Je déteste mes voisins ils ruinent ma vie… je hais mon patron… Ma femme est insupportable… Mon ami m’a trahi… Ma mère ne m’aimait pas… Ma sœur m’a humilié… L’actualité me dégoûte et me déprime etc. »

    Une fois le scénario exprimé sur le papier, l’investigation consiste ensuite à appliquer à chaque énoncé, les quatre questions suivantes :

a)      Est-ce vrai ?

b)     êtes-vous absolument certain que c’est vrai ?

c)      Quelle réaction suscite en vous cette pensée ?

d)     Que seriez-vous sans cette pensée ?

Et Inversez tout.

    Si nous prenons a), « est-ce vrai que mes voisins ruinent ma vie ? » Poser la question, rester silencieux et attendre que la réponse monte en surface. Peut-être pas celle que nous pourrions attendre. Il n’y a pas de réponse « juste » ou « exacte », ni « convenable ». Nous sommes seulement à l’affût de nos réponses. Alors soyons indulgent envers nous-mêmes.

    Sur b), « suis-je absolument certain que mes voisins ruinent ma vie ? » Peut être que c’est une idée que je me suis faite. Permet de débusquer les réponses qui reposent sur ce que nous croyons savoir.

    Sur c) « Quelles réactions suscite en moi la pensée « mes voisins ruinent ma vie ? » Notez les désagréments, l’énervement, ce que l’on peut dire à la personne, comment on la traite dans ce genre de circonstances etc.

    Sur d) « Que serais-je sans cette pensée « mes voisins ruinent ma vie » ? Il s’agit d’imaginer pendant quelques instants votre vie sans ce concept. Comment traiteriez-vous la personne si vous n’aviez pas cette pensée ? Que percevez-vous ? Comment vous sentez-vous ?

    Enfin, l’inversion consiste à reformuler verbalement et voir ensuite ce qui vient. Elle peut donner lieu à trois ou quatre tournures différentes qui sortiront d’elles-mêmes. « Mes voisins ne ruinent pas ma vie » est l’inversion à 180°. Mais on peut aussi trouver : « Je me ruine la vie », ou même « Je ruine la vie de mes voisins ». La question consiste à se demander : c’est vrai ? Moins vrai? Aussi vrai ? Ou est-ce plus vrai pour vous? Il est possible qu’une ou deux inversions paraissent vraies. Il s’avère que les inversions conduisent le plus souvent à une prescription de santé, à un remède que l’on prescrirait volontiers à autrui. Reste à savoir si nous sommes prêts à nous l’administrer à nous-mêmes.

    Et ainsi de suite pour chacune des assertions couchées sur le papier. Cela peut prendre du temps et s’avérer difficile. Byron Katie propose aussi dans ses séminaires de mener l’investigation dans un dialogue, son rôle étant de faciliter le processus. Cela donne des conversations assez drôles du genre de celle-ci : (texte). Nous voyons donc que l’investigation « exige de scruter en profondeur l’assertion initiale pour découvrir la croyance sous-jacente» et celle-ci se révèle la cause de la souffrance. La méthode est simple et très puissante. Un enfant de 8 ans est capable de la mettre en pratique. Byron Katie cite une petite fille candide disant que le travail d'investigation est « la meilleure chose du monde ».

C. La fin des scénarios et l'amour de ce qui est

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Questions:

1. Quelles relations formuler entre croyances inconscientes et préjugés?

2. Dans quelle mesure l'opinion peut-elle aller au-delà des croyances inconscientes?

3. A quoi peut-on attribuer le fait qu'une croyance inconsciente soit d'ordinaire non-formulée?

4. Pourrait-on découvrir un rapport entre traumatismes du passé, refoulement et croyances inconscientes?

5. Comment pourrait-on formuler le lien entre la nature de l'ego et les croyances inconscientes?

6. D'où nous vient cette constante tension du devoir-être?

7. Comment expliquer que nous ne nous rendons jamais compte que le reproche constant adressé à autrui est une forme d'agression?

 

Vos commentaires

     © Philosophie et spiritualité, 2009, Serge Carfantan,
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