Leçon 253.    Sur la valeur travail        

    Nous avons vu le poids des mythes culturels dans la représentation du travail. Impossible de nier dans la tradition judéo chrétienne cette puissante idée de culpabilité attachée au travail inscrite dans la Bible. La nécessité n’est plus seulement une soumission passive au destin comme le pensait les Grecs, tribut des esclaves, mais un châtiment qui fait suite au péché originel. Témoin encore ces mots : « “On imposa à Israël des chefs de corvée pour lui rendre la vie dure par de durs travaux. »  Mais nous avons ensuite vu comment le Protestantisme a su revaloriser le travail au point de l’élever au rang de la prière. Dans les lettres de Saint Paul on trouve en effet une forme d’exaltation de la valeur morale du travail. Il s’agit pour l’apôtre de montrer que le travail humain prolonge la création divine, qu’il a pour fonction de glorifier, l’homme devenant l’intendant de Dieu sur Terre. Ce faisant, l’esprit religieux renoue avec l’idée que le travail est essentiellement un service que l’homme doit rendre à la création et surtout, idée extraordinaire, nous l’avons vu, le travail donne un sens à la vie humaine en lui proposant un but ici bas.

    Bel effort que de tenter de donner au travail une valeur morale et spirituelle ! Mais cet effort n’est-il pas contrarié et pratiquement réduit à néant dans un système économique voué au profit ?  Marx avait montré dès 1844 que dans le capitalisme la classe dominante achetait de la force de travail, celle de l’ouvrier et le rémunérait non pas en fonction de la qualité et de la quantité du travail fourni, mais du minima nécessaire pour qu’il récupère sa force de travail. De fait, dans pareil contexte, la valeur travail est d’abord une valeur économique et elle n’existe que relativement aux intérêts du marché. Comme le développement technique ne cesse dans l’automatisation d’absorber des parts de plus en plus grandes de la productivité, cette « valeur travail » est vouée à disparition. En quel sens peut-on parler de « valeur travail » ? Le travail constitue-il une valeur ?

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A. Le travail dans le champ des valeurs

    De quoi parlons-nous quand nous employons le terme de valeur ? Et ce que voulons nous dire en parlant de valeur travail? A proprement parler, le travail n’est pas une valeur, il participe des valeurs, ou s’y rattache par tel ou tel de ses aspects quand il permet de les renforcer, voire de les exalter. Un peu comme chez Platon quand il dit que toutes les choses belles participent de la Beauté. De même, on ne dira pas que le sport est une valeur, mais qu’il contribue à nourrir des valeurs : disons le sens du collectif, le respect moral des personnes et des règles, la solidarité au sein d’une même équipe, la valeur vitale de l’effort et de la volonté. On ne dira pas par contre qu’il sert les valeurs intellectuelles etc. De même, quand nous parlons du travail, il est important de préciser en quel sens le travail nourrit certaines valeurs. Nous allons sur la lancée étaler, (comme du beurre sur une tartine), l’opinion commune dans ce registre.

    1) Revenons sur la classification abordée plus haut dans le cours, ainsi que sur les distinctions préliminaires dans la définition du travail.

    - On reconnaîtra aisément dans le sens commun que le travail peut se ranger parmi les valeurs économiques au même titre que par exemple, le gain, le profit, la réussite sociale, la possibilité de consommer sans limite ou l’argent. L’argent est la valeur des valeurs pour notre matérialisme ambiant. Il est sous-entendu dans nos mentalités postmodernes, qu’avec de l’argent on peut tout acheter et que la sécurité que nous recherchons est matérielle. La sécurité matérielle dépend de l’argent que l’on possède, pouvoir en disposer en abondance c’est  se sentir davantage en sécurité. De ceux qui ont beaucoup d’argent on dit même : « qu’ils ont tout pour être heureux ». Mais comment se procurer de l’argent ?  Par le travail. CQFD, le travail est donc au premier chef une valeur économique. Pour le consommateur d’ailleurs c’est la seule valeur qui entre en ligne de compte et le reste est accessoire, elle décide de la valeur d’un emploi : qu’il rapporte beaucoup d’argent. C’est son principal intérêt, qui permet de profiter dans la consommation. De là suit que pour nos mentalités actuelles, contrairement à ce que soutenait la morale protestante, celui qui est riche a gagné un privilège, il possède déjà la valeur des valeurs, l’argent, il… n’a donc pas besoin de travailler. Sur le plan économique strict en effet, le travail n’est qu’un marchepied pour accéder à l’étage de l’argent qui permet de disposer de tout le reste. Et si on disposait en abondance de l’argent, on ne travaillerait pas. On profiterait. Le paradis c’est le luxe et l’oisiveté et, l’enfer c’est la misère et le travail. En conséquence, il est largement admis que les moyens qui permettent d’acquérir de l’argent sans travailler sont supérieurs à tous les autres. Et ils existent autant sur le plan légal… que sur le plan illégal. Ce n’est pas pour rien si la fièvre du boursicotage ne s’éteint pas sur Internet.  Elle est ancrée dans cette croyance inconsciente.

    - Pas d’hésitation non plus pour attribuer au travail une valeur vitale. On peut même en faire des chansons : le travail c’est la santé ! Y a-t-il seulement une seule idéologie politique qui n’ait pas sanctifié la valeur travail dans ce sens ? Le travailleur c’est le valeureux par excellence. On a souvent, autant en régime libéral que sous le communisme, présenté l’homme en pleine santé comme le travailleur dans l’effort, la virilité par excellence comme la mâle affirmation dans le travail ou encore le modèle du plaisir dans la satisfaction procurée par le travail. Inversement, nous l’avons vu, l’absence de goût pour le travail a été vue comme une sorte de prédisposition maladive, l’oisiveté comme débilitante. La pleine santé est exemplifiée par la vigueur au travail et la maladie condamne à l’oisiveté.

     2) - Sur le registre des valeurs morales, idem, pas d’hésitation, même si c’est au prix des contradictions. On sera d’accord pour dire que le travail contribue à la socialisation de l’individu, le travail apprend à l’homme le sens des « réalités », la maîtrise de soi, la patience dans la réalisation d’un objectif, le sens de la discipline. Il délivre le sérieux et la maturité etc. On connaît le moralisme bourgeois professé par Voltaire à la fin de Candide : "Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin". Même son de cloche chez Alain. (texte) Le protestantisme s’est employé à condamner l’oisiveté mère de tous les vices, voyez ce que dit encore Rousseau. (texte) Si l’oisiveté est la mère de tous les vices, en retour les moralistes diront à satiété que le travail est le père de toutes les vertus. Mieux, le travail est méritoire dans tous les sens du terme, méritoire de gratifications ici-bas et même méritoire au-delà. Celui qui aura bien travaillé toute sa vie aura un épitaphe de reconnaissance sur sa tombe, soulignant sa consécration au travail. Donc, la cause est si bien entendue qu’avec un peu d’humour (?) on suivra les paroles de Saint Paul : que celui qui ne travaille pas, qu’il ne mange pas non plus !  Dans les maisons de correction pour enfants, ...  de toutes les vertus, n’importe quel travail est vertueux, parce que c’est un travail. Du point de vue de la valeur travail celui qui bosse ______

 lors que leur activité est  moralement considérée comme étant du travail. Une valeur. Une valeur qui confère à celui qui en est revêtu – le salarié qui a un emploi – une dignité morale, cette dignité permet de toiser de haut l’indignité du SDF qui ne travaille pas et ne reçoit donc pas cette dignité morale qui permet d’être dans la normativité sociale : d’aller faire ses courses au supermarché, comme les gens normaux en tant que consommateur. Il est très intéressant de remarquer le fonctionnement du jugement : si on demande à quelqu’un ce qu’il fait, il y a une grande différence entre ce à quoi on s’occupe et ce qui est considéré comme un travail. Dire « mon travail consiste à… » rassure tout de suite car l’activité est immédiatement reliée au concept pourvoyeur de sens qu’est le travail. Si ce n’était pas le cas, il est clair que dans nos mentalités actuelles, il y aurait jugement sur  l’indignité « de ces gens qui ne travaillent pas ». Ajoutons encore qu’il est indispensable que le travail rapporte, pour jouir d’une reconnaissance complète,  qu’il soit assorti d’un salaire : impossible de distinguer clairement la valeur morale du travail de sa valeur économique. Le sens commun a donc quelques difficultés avec le statut du bénévolat ou tout simplement avec celui de la femme au foyer : une activité méritoire dans le premier cas, une consécration à la famille dans le second. C’est avec difficulté que l’on parlera de travail. C’est dire à quel point on confond travail avec emploi.

    - Deux mots sur valeur esthétique et travail. Nous sommes dans La Société du Spectacle, comme dit Guy Debord, dans le règne de l’image, le culte des apparences, la célébration constante du divertissement. Non pas par goût, non pas par une sorte d’élévation majeure du sens esthétique ou en vertu d’une passion pour la culture, mais surtout poussé dans le spectaculaire par l’essor des technologies et la puissance du marché. De là suit que nous n’avons pas de difficulté à reconnaître le statut de l’artiste comme relevant du travail à condition que s’y mêle l’extase des foules et la célébrité. Nous n’allons pas suivre Platon dans La République voulant jeter hors de la Cité le poète parce qu’il serait illusionniste. Bien au contraire, nous adorons les illusionnistes, nous sommes prêts à jeter à la tête des artistes du show biz des sommes démentielles, quand il faut des luttes âpres et difficiles pour accorder dix euros de plus au salaire d’une infirmière. Comme pour beaucoup de gens le travail n’est qu’un gagne-pain, ils trouvent normale la recherche de compensation dans le loisir. Ceux qui alimentent les loisirs ont donc naturellement leur place dans l’économie de la vie. Alors ...

    ... postmodernes, attribuer une valeur intellectuelle au travail ne va vraiment pas de soi. Forte antinomie. La croyance inconsciente la plus courante, c’est que le travail permet de se débarrasser des études pour entrer dans l’activité. Pour ne plus avoir besoin de réfléchir en étant occupé par un travail. Dis comme cela, c’est assez brutal, mais c’est un fait. Un choix qui produit ensuite de l’amertume quand on se retrouve sous-qualifié sur le marché de l’emploi et que les seules opportunités de travail deviennent celle d’un boulot qui ne sert en aucune manière la réalisation personnelle. Raison inverse pour laquelle le père ouvrier s’échinera corps et âme pour que ses enfants fassent des études. Les études qu’il n’a pas pu faire. Qu’il aurait aimé faire s’il en avait eu l’opportunité. Mais bon, il y a toujours cette attraction du besoin immédiat d’un revenu pour entrer dans le monde de la consommation.

    - Qu’il puisse y avoir une valeur affective attachée au travail ne fait aucun doute et nous l’avons déjà évoqué. Mais il faut alors se demander si l’on ne parle plus alors de la même chose. Ce n’est plus une question d’emploi, de job, de boulot, mais plutôt d’investissement qui relève directement du plaisir, voire mieux, de la passion. Il y a des gens (si, si) qui aiment leur travail, qui se lèvent le matin de bonne humeur en pensant à ce qu’il vont faire, qui y mettent une belle énergie qui y trouvent une véritable satisfaction. Ceux-là, même s’il disposait d’un revenu de base iraient encore travailler, parce qu’ils ne conçoivent pas leur vie sans cette implication dans leur travail. Pour être précis, il faudra dire que cette valeur toute affective du travail a une étroite relation avec l’amour et la réalisation de soi. Et comme en vérité c’est l’amour qui est la valeur des valeurs (non l’argent) il est facile de comprendre la puissance de motivation qu’il est à même de produire.

B. Le procès de la valeur travail

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    ... Pouvoir disposer d’un revenu suffisant ; mais est-ce la même chose que d’exiger un travail ? Il n’y a rien à redire au droit de chaque être humain de bénéficier de conditions de vie décentes. Rien à redire à ce que la dignité de la vie humaine soit soutenue, en sorte que la  satisfaction des besoins matériels garantisse une vie ample et libre. Cela ne se discute pas. Maintenant, que l’accès à un revenu doive uniquement être fourni par un salaire est-ce équivalent ? Non, on peut très bien en droit distinguer revenu et salaire. Est-ce seulement vrai dans le fait? Si on pratique le décompte, comme on l’a vu précédemment au sujet du revenu de base, la plus grande part des revenus dont nous disposons à l’heure actuelle en Occident sont des revenus de transfert qui ne sont pas directement liés à un emploi salarié. Beaucoup de femmes qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants disposent d’un revenu par leur conjoint, les enfants disposent d’un revenu par leurs parents, les retraités, par un organisme de pension, les personnes en difficulté par un organisme de protection sociale, quelques privilégiés jouissent de hauts revenus par leurs rentes etc. Tous les revenus sont bien entendu tirés de la richesse collective, mais une partie seulement est le résultat du travail. Ce qui n’empêche pas, bien au contraire, pour chacun d’avoir une activité qui apporte une contribution à la richesse collective. Une richesse humaine autant qu’une prospérité matérielle. Une activité créatrice qui sert le bien commun n’est pas nécessairement un emploi.

    Mais la réciproque est également vraie, un emploi n’est pas nécessairement créateur d’une contribution au bien commun et selon l’anthropologue David Graeber le néolibéralisme a une fâcheuse tendance à générer du travail inutile, des bullshit jobs. (doc) Graeber  commence son pamphlet par un petit questionnaire :

    « Avez-vous l’impression que le monde pourrait se passer de votre travail? Ressentez-vous la profonde inutilité des tâches que vous accomplissez quotidiennement?

    Avez-vous déjà pensé que vous seriez plus utile dans un hôpital, une salle de classe, un commerce ou une cuisine que dans un open space situé dans un quartier de bureaux? Passez-vous des heures sur Facebook, YouTube ou à envoyer des mails persos au travail?

    Avez-vous déjà participé à un afterwork avec des gens dont les intitulés de jobs étaient absolument mystérieux? Êtes-vous en train de lire cet article parce qu’un ami ou un collègue vous l’a conseillé, twitté, facebooké ou emailé au travail? »

    Il est probable que celui qui répond « oui » à toutes ces questions fait partie de cet échantillon de salariés bullshit job (un boulot à la con). Confiant dans la rationalisation du travail, Keynes en 1930 prévoyait que les avancées technologiques permettraient à la fin du XXe siècle de réduire le temps de travail à 15 heures par semaine. Quelques décennies plus tard, l’automatisation s’est effectivement produite dans quelques secteurs de l’industrie, mais on n’a jamais vu la réduction du travail  qui aurait logiquement dû rendre tout un tas d’emplois inutiles. Or, bien au contraire, par un tour de passe-passe dont seul le néolibéralisme a le secret, « la technologie a été manipulée pour trouver les moyens de nous faire travailler plus »… « des emplois ont dû être créés… qui sont par définition, inutiles ». D’où l’inflation du travail technocratique, bureaucratique bidon,  « non seulement des industries de service, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la croissance sans précédent de secteurs comme le droit des affaires, les administrations, ressources humaines ou encore relations publiques». (doc)

    Et Graeber de souligner : « Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais s’ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques », mais il y a toutes sortes d’emplois postmoderne en revanche dont la disparition ne serait pas une grande perte. Et des emplois qui sont même souvent nuisibles, tandis que comparativement les emplois utiles sont discrédités. (doc)

    ... trois quarts. Et les écoles de commerce poussent comme des champignons. (doc) Le résultat est la multiplication d’employés qui officiellement travaillent 40 à heures par semaine sur des tâches, compliquées, obscures, plus ou moins incompréhensibles et des « projets » en tout genre, dans des open space, mais le paradoxe explique Graeber, c’est qu’en réalité ils font effectivement les 15 h de travail efficace de Keynes, car ils passent « le reste de leur temps à organiser ou aller à des séminaires de motivation, mettre à jour leur profil Facebook ou télécharger des séries télévisées ». Donc « c’est comme si quelqu’un inventait des emplois sans intérêt, juste pour nous tenir tous occupés. Et c’est ici que réside tout le mystère. Dans un système capitaliste, c’est précisément ce qui n’est pas censé arriver ». Sur le plan du travail, la contre-producivité, c’est le complet retournement par le capitalisme, allié au système technicien, de l’emploi dans une oisiveté occupée. Selon Graeber, le néolibéralisme en est donc arrivé au même point que le système soviétique dans sa décadence : employer un très grand nombre de personnes à ne rien faire. Ou carrément à faire des choses nuisibles au bien commun, cela au moment même où des millions de personnes, qui voudraient travailler, se rendre utile et faire quelque chose pour le bien commun sont au chômage. Alors dans cette histoire où est l’indécence ? Peut-on se permettre de, quand on occupe un bullshit job, de toiser de haut un SDF qui n’a pas de travail ou se moquer des petites gens qui font des métiers bien ordinaires… mais utiles ? La déconnexion entre la sphère de la finance et l’économie réelle ne démontre elle pas suffisamment qu’il y a des gens très bien payés dont le travail peut efficacement détruire le bien commun ? Qui dans le monde actuel ne comprend pas la différence entre logique du profit et la logique de la prospérité ?

    Et que l’on arrête de nous bassiner sur la prétendue valeur vitale du travail. Dans la chanson auquel nous faisions allusion, Henri Salvador ajoutait ironiquement au sujet de la santé : « … rien faire c’est la conserver ! » Ce n’est pas une blague, à l’heure actuelle, dans des proportions catastrophiques, le travail salarié génère de la souffrance et rend malade. Un employé sur deux pense que son travail nuit à sa santé. Il ne s’agit pas seulement comme autrefois des accidents de travail, manière de souligner qu’ils pouvaient éventuellement se produire, mais que le travail lui était bon pour l’ouvrier. Les accidents du travail continuent de tuer ou de laisser des séquelles graves : près de 42.000personnes par an rien qu’en France. Le productivisme technique a en plus généré une pression extraordinaire qui dégénère invariablement en maladie psycho-somatiques. Stress, dépression, infarctus, burn-out, suicides… le salarié craque, souvent dans l’indifférence complète de ses collègues de travail. Attelé à des taches répétitives, de toute manière il en paie à minima les conséquences au niveau de ses articulations, de ses muscles, de son dos. Il est privé du sens de l’effort global que l’on vantait autrefois chez le paysan, ce bel effort qui donnait à l’ouvrier la connotation virile des héros du sport. Non, c’est plus nettement une activité médiocre dans un environnement très anxiogène. Très souvent il se dope : vitamines, alcool, caféine, antidépresseurs, anxiolytiques, amphétamines, cocaïne… tout est bon pour être en forme au travail. Et plus on monte dans l’échelle des responsabilités, plus il semble que l’addiction à des substances hautement destructives soit forte. Il n’existe quasiment plus d’emplois protégés. (texte) Si autrefois s’occuper des enfants dans la petite école pouvait passer pour une activité paisible, source de véritables satisfactions, aujourd’hui on n’est même plus surpris par l’annonce du suicide d‘une institutrice.

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    .....moralisateurs sur le les ________________vertus du travail du siècle dernier sentent un peu le moisi, quand ils ne provoquent pas, au vu de la situation actuelle la colère ou un grand éclat de rire. Le travail contribue à la socialisation de l’individu ? Quand il vous incite à abandonner peu à peu la considération d’autrui pour le profit? Quand il contribue à faire perdre le sens de l’empathie pour former un profil d’arriviste mû par l’argent, rapace et méprisant, mais redoutablement efficace pour obéir aux ordres ? Le travail apprend le sens de la discipline ? Mais discipline pour quoi ? Le travail apprend le sens des « réalités » ? Mais quelle réalité ? Le travail délivre le sérieux et la maturité ? Non le travail peut être fait avec sérieux, ou pas,  et la maturité en vient pas du travail mais de la lucidité devant la vie. Les bullshit jobs fabrique des consciences complètement à côté de la plaque, des esprits immatures et embrouillés dans des complexités dont ils ne parviennent plus à se dégager. Voltaire s’est trompé, ce n’est pas le travail qui éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin, c’est l’activité créative. Tout est faux. Combien de gens s’ennuient à perte de vue dans leur travail ? Une foule immense. Dans quel domaine attise-t-on le plus le vice, quitte à en faire un outil de manipulation pour vendre ? Dans le domaine de travail de la publicité. A l’ère postmoderne, le marketing du vice est passé au stade industriel et il est complètement assimilé et compté au titre de l’emploi.  Quand à cette niaiserie selon laquelle le travail éloignerait de nous le besoin, allons le dire aux travailleurs pauvres et qui en temps de crise s’appauvrissent de plus en plus en travaillant. On aurait un tout autre son de cloche en allant se documenter sur l’économie sociale et solidaire. Un homme, une femme qui s’adonne à une activité qu’il aime, qui la partage, même si cela ressemble à une forme de divertissement ne s’ennuie pas. Rien ne tient plus éloigné du vice que la passion créative en direction des autres. Une activité comme le jardinage libère de quelques uns des besoins qui nous poussent vers le supermarché. Les pionniers de la simplicité volontaire ont démontré au Canada que l’on pouvait assumer nos besoins de base dans un échange social et réduire nettement l’usage de l’argent d’État au profit de la monnaie locale, qui correspond à un échange de services. Or justement ce type de lien social est bien plus réel, bien plus moral que celui qui est instauré par l’échange marchand. On voit donc l’absurdité et le cynisme de la formule qui dirait : « que celui qui n’a pas d’emploi ne mange pas non plus !», cette méchanceté revancharde qui culpabilise ceux qui vivent des aides sociales. Belle leçon d’immoralité de la part de ceux qui sentent supérieurs parce qu’ils ont un emploi. Nous avons plus qu’assez pour satisfaire les besoins de tous. Qu’est ce qui nous empêche d’aligner nos actes sur le sens de la charité et de la compassion ? Ne serait-ce pas par hasard des préjugés directement liés à un conception du travail ? Des préjugés d’une société du travail foncièrement immorale ?

    N’importe quel travail est vertueux parce que c’est un travail ? Sottise. Il doit y avoir beaucoup de vertu dans le travail d’entretien des camps de concentration. Les barbelés à renforcer, les fours à nettoyer ... Dans le travail de surveillance rapprochée au service d’un maffieux ? Dans les heures de travail patientes d’ingénieur pour calculer comment faire en sorte que la machine tombe en panne juste après la garantie ? Pour que le client revienne et achète produits et services. Dans le sérieux remarquable de la police qui jette à la rue des personnes qui ne parvienne plus à payer leurs traites, parce qu’elles se faites escroquées dans un emprunt pourri ? Dans le zèle déployé par le service marketing d’un groupe pharmaceutique pour inventer une nouvelle pathologie pour écouler des stocks de pilules en fin de brevet ? Etc. Ce n’est pas parce qu’un travail est salarié que pour autant il faut lui donner un bon point de moralité.

    .... qu’un monde sans écrivains de science fiction et sans musiciens serait bien moins intéressant. Pas sûr que nous soyons encore capables d’apprécier à leur juste valeur la contribution des artistes pour redonner un peu plus de sensibilité esthétique à un monde qui en manque cruellement. Ces gens sont tellement considérés comme étant dans les marges du travail salarié ordinaire qu’ils finissent par se résigner à leur inutilité sociale, tout en restant reconnaissants que la société tolère leur existence. Nietzsche disait que sans la musique, la vie serait une erreur, mais sans art une société serait d’une trivialité immonde. Et c’est bien plus qu’une affaire de compensation, car s’il est une expérience humaine essentielle, c’est bien celle par laquelle la vie se sent elle-même dans la puissance de l’art. Alors pourquoi ce préjugé qui veut que l’art ne soit pas un travail, mais seulement un jeu ? Un divertissement ? Ne faudrait-il pas renverser la proposition ? Penser que le travail ne reste pleinement humain que lorsqu’il conserve une valeur ludique ? Quand il est l’occasion d’une création de soi par soi dont l’artiste présente l’idéal le plus élevé ?

   

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     © Philosophie et spiritualité, 2015, Serge Carfantan,
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