Leçon 228.   Confiance et estime de soi    

    Si, comme nous l’avons vu précédemment, la haine de soi conduit à la haine d’autrui, le manque de confiance en soi conduit invariablement à la défiance ; inversement, l’amour de soi, mène à l’amour d’autrui, et la confiance en soi mène à la confiance en l’autre.

    Mais comment pourrions-nous avoir un tant soi peut confiance en nous-même, si par ailleurs,  nous vivons avec un très fort déficit d’estime de soi ? C’est peu de le dire, mais s’il est un trouble répandu dans notre  société, c’est bien celui-là. Exciter en permanence la comparaison, chercher à se montrer « à la hauteur » d’un autre, comme nous savons si bien le faire, au bout du compte ne fait que contribuer à créer une image du moi négative : on n’est jamais assez bon, assez beau, assez puissant, assez intelligent etc. ! Nul ! Et quand nous vivons centré sur l’ego, l’effet est dévastateur, il sape la confiance en soi. Le corollaire, c’est qu’on s’imagine alors qu’il faut démesurément gonfler son ego pour être quelqu’un. Comme les vedettes du show business, les stars de la télévision ou tous ces gens arrogants dans les affaires ou la politique, qui semblent tirer une incroyable assurance de leur enflure personnelle... Comme s’il y avait un rapport entre infatuation personnelle et la confiance en soi !

    Il y a assurément un lien subtil entre confiance en soi et estime de soi, mais quel est-il ? Est-ce que je dois me regarder dans la glace tous les matins en me faisant une petite harangue personnelle ? « Je suis fort, efficace, compétent, le meilleur… et je les écraserai tous !» La confiance en soi marche-t-elle à l’autosuggestion ?  Et si c’était tout à fait autre chose ? Et si elle n’avait rien à voir avec une quelconque comparaison avec autrui? Par-delà la psychologie naïve et les incantations verbale, qu’est-ce que la confiance en soi ?

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A. Estime de soi et image du moi

    Si par devers soi, nous n’avons que bien peu d’estime pour nous-même, c’est que nous entretenons un désamour qui provient d’un jugement. Je me juge ne méritant pas d’estime. Ce qui implique forcément une comparaison dans laquelle d’autres seraient plus méritants en termes d’estime d’eux-mêmes, mais je n’ai justement pas ce mérite. Psychologiquement ce méli-mélo mental est assez confus et doit être mis en lumière. Un premier biais d’approche serait d’examiner les sources historiques de cette étrange notion « d’estime de soi ».

    1) Indéniablement, il y a en Occident dans cette expression une provenance archaïque encore teintée au Moyen-âge de l’éthique de la chevalerie. C’est la noblesse qui tenait en « très haute estime » le héros, le brave et l’homme de valeur. Ce sont les chevaliers qui se battaient pour des questions d’honneur, pour qui l’honneur bafoué et souillé était pire que la mort. Voyez ce qu’en dit Hobbes dans Le Léviathan. Dans cette lignée, lhomme d’honneur  ne veut pas nécessairement passer aux yeux de tous pour un héros, mais il a souci de lui-même et souhaite être estimé à la hauteur de son mérite. Il tient ...

    Dans la société féodale l’éthique de la chevalerie, tournait autour de quatre vertus. Il s’agissait de la vaillance, vertu militaire comme il se doit, du cavalier sur le champ de bataille. Mais aussi de la loyauté, le chevalier étant l’homme qui se met au service du roi. Tel Roland jurant sa foi et qui, même emporté dans la guerre, se refuse à toute manœuvre qui violerait le code de l’honneur en se livrant à des vilenies indignes de son rang. La largesse désigne elle la vertu de répandre des bienfaits  autour de soi, le chevalier devant être renommé non seulement pour ses victoires, mais aussi pour ses dons. Enfin, ce qui a donné lieu à bien des expressions artistiques, la courtoisie, accompagné de tout son cérémonial. En bref, ce sont les vertus caractéristiques de la noblesse. L’idéal chevaleresque dissimule, mais suppose chez  celui qui l’incarne une image du moi élevée, encadrée par une éthique ou un code. Et on peut observer que dans toute l’histoire humaine, sous des formes variées d’une culture à l’autre, c’est certainement dans la littérature chevaleresque que l’on trouve le plus magnifiquement sublimée l’image du moi.. Des serments héroïques, aux conquêtes nimbées de gloire, des tourments du devoir jusqu’aux décisions devant la mort. Au prix da la plus grande cruauté, car l’honneur impose les plus grands sacrifices. Dans pareil contexte, pour le héros tragique, qui par ses fautes ne mérite plus que le déshonneur, la honte et le mépris, il ne reste que l’issue du bannissement ou du suicide. « S’il vous reste encore de l’honneur, Monsieur, vous savez désormais ce que vous devez faire. Vous trouverez un revolver dans le tiroir du bureau » ! Un classique pour les répliques de théâtre, mais sur le fond, une figure très ancienne de la psyché humaine.

    Bref, si le mot estime vient du latin aestimare pour évaluer, ou apprécier, il demeure que son sens veut bien dire opinion favorable que l’on a d’autrui, opinion fondée sur ses mérites et ses vertus et rien ne peut permettre de le mieux le comprendre que de le relier à son ascendance aristocratique. Dans l’opinion, l’estime de soi conserve ces caractères et cela d’autant plus que son fondement psychologique est dissimulé sous les atours de la morale.

    2) Si, selon un mot d’Alain, Descartes reste de mémoire le « cavalier français » de la philosophie, comme en témoigne sa correspondance, il a aussi fréquenté les Grands de ce monde, tout laisse à penser que nous pourrions trouver des éléments de représentation médiévale de l’estime encore dans sa philosophie, voire même qu’il en assume les présupposé. Mais Descartes est philosophe, en lisant de près le Traité des Passions, nous sommes ...

    A l’article 162 Descartes donne une définition de « la vénération ou du respect ». Or comme nous l’avons précédemment noté, cela pose problème pour autant que vénération et respect peuvent être distingués. Nous l’avons fait en disant qu’il ne fallait pas confondre l’admiration et le respect. S’il nous fallait pouvoir admirer quelqu’un pour le respecter, nous ne respecterions pas grand monde ! Au mieux, nous admirons une valeur exemplaire : un parangon d’intégrité, d’honnête, de courage, de puissance créative, un être humain qui s’est révélé exceptionnel et qui mérite d’être pris pour modèle, ensuite, c’est à la charge de la mémoire ou de l’histoire de porter cette vénération de génération en génération. Mais au pire, la vénération peut être entièrement dans l’illusion, dans le spectacle et la fiction médiatique, celle que la télévision fabrique autour d'une image pour fédérer la bêtise ambiante.  

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    Une solution à cette difficulté serait de dire que le respect, n’a rien de formel : nous nous inclinons intérieurement (le namaskaram de l’Indien) devant la dimension spirituelle présente dans la personne d’autrui. Comme la présence spirituelle est infiniment plus vaste et plus essentielle que l’apparence ou l’ego, il y a dans le respect une reconnaissance de l’âme et donc, il est parfaitement juste de dire « la vénération ou le respect ».

    Quel est le point de vue de Descartes ? Il écrit que la vénération ou le respect « est une inclination de l’âme non seulement à estimer l’objet qu’elle révère, mais aussi à se soumettre à lui avec quelque crainte, pour tâcher de se le rendre favorable ». En première lecture, rien de plus facile, de plus primaire que de personnaliser les choses, et nous reviendrions alors vers la mythologie chevaleresque et l’attitude dévote du petit peuple devant la puissance des Seigneurs. Mais avec un peu plus de subtilité, nous verrions que seule la dimension spirituelle importe, c’est l’aura du seigneur plus que sa personne qui compte. Une puissance spirituelle qui rayonne dans la Nature. Or chez Descartes, très clairement, le sentiment de vénération se rapporte justement avant tout aux causes libres présentes dans la nature. Quand il discute dans l’article 152 des Passions de l’Ame la question de savoir de quelle façon nous sommes en droit de nous estimer ou bien de nous mépriser, il répond que c’est entièrement dans l’usage que nous faisons de notre libre-arbitre. Il n’y a qu’un seul point à prendre en compte dans le jugement porté sur soi-même, celui : « qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l’usage de notre libre arbitre, et l’empire que nous avons sur nos volontés ». Qu’est-ce qui est estimable par-dessus tout ? Le don magnifique du libre-arbitre déposé en tout être humain. Or c’est une  grandeur qui ne doit rien à la gloriole de la reconnaissance, au pouvoir sur autrui ou à l’opinion flatteuse de l’ego que nous aimons tellement voir confirmer. Non. C’est infiniment plus modeste. Plus humble et plus précieux à la fois. Ce qui est difficile à comprendre et tout à fait singulier dans la générosité  : « je crois que la vraie générosité, qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures ; ce qui est suivre parfaitement la vertu ». (texte)

    Ce qui ...d’une immense importance c’est lautoréférence du sujet dans l’estime de soi. Il ne s’agit pas, comme dans l’image du moi de se préoccuper de l’opinion d’autrui qui me rendrait estimable sous tel ou tel jour, sous tel ou tel aspect. Je ne vaudrais devant moi-même que ce que j’aurais pu gagner en valeur devant les autres. Leçon stoïcienne : au fond rien de m’appartient. Et c’est à prendre tel quel. M’appartient juste la libre disposition de soi à entreprendre ce qui me semble être le meilleur. Et si je m’en tiens là, aucun doute, la suite du texte découle de source : je n’ai aucune raison de mépriser les autres : « Ceux qui ont cette connaissance et sentiment d'eux-mêmes se persuadent facilement que chacun des autres hommes les peut aussi avoir de soi, parce qu'il n'y a rien en cela qui dépende d'autrui. C'est pourquoi ils ne méprisent jamais personne ; et, bien qu'ils voient souvent que les autres commettent des fautes qui font paraître leur faiblesse, ils sont toutefois plus enclins à les excuser qu'à les blâmer, et à croire que c'est plutôt par manque de connaissance que par manque de bonne volonté qu'ils les commettent ». En quoi Socrate avait parfaitement raison. En matière d’estime de soi aucune comparaison ne vaut, la dimension spirituelle en tout être humain est partout la même. Tout le reste est mondain, très relatif et de peu d’importance. Ainsi, ceux qui ont découvert le sens véritable du Soi « ne pensent point être de beaucoup inférieurs à ceux qui ont plus de bien ou d'honneurs, ou même qui ont plus d'esprit, plus de savoir, plus de beauté, ou généralement qui les surpassent en quelques autres perfections, aussi ne s'estiment-ils point beaucoup au-dessus de ceux qu'ils surpassent, à cause que toutes ces choses leur semblent être fort peu considérables, à comparaison de la bonne volonté ».

B. Du sabotage interne à l'optimisme

    Voilà qui méritait d’être souligné. Reste à considérer de plus près cette « bonne volonté » dont nous parle Descartes et qui est très souvent mal interprétée. Il faudrait inverser les mots, chez Descartes ce serait la volonté bonne, et non la « bonne volonté » au sens le plus courant aujourd’hui. Que dis-t-on (le on de l’opinion) à celui qui manque de confiance en lui ? « Avec de la volonté on peut toujours » ! Si cela veut dire « en faisant des efforts », c’est stupide. La véritable confiance en soi donne une énergie qui fait oublier « l’effort » que nous ressentons d’autant plus vivement comme résistance conflictuelle… quand justement nous manquons de confiance en soi. Si c’est la recommandation du genre : « allez, un peu de bonne volonté ! » que l’on oppose à une mauvaise volonté évidente, c’est encore une autre sottise. Ce n’est pas en demandant d’y mettre un peu plus d’entrain que l’on peut faire retrouver de la confiance en soi à quelqu’un qui patauge dans la négativité. Il suffit d’observer pour remarquer à quel point ce genre de formules tombe à plat. Mais il y a cependant un intérêt à rechercher le rapport encore la négativité qui s’exprime dans la mauvaise volonté et le manque de confiance en soi.

    1) Le pédagogue qui exige de « faire des efforts » (voir dans les appréciations du carnet de note !) sans insuffler d’enthousiasme, de passion, qui en reste à une sorte de relance mécanique dépourvu de motivation vraie et vivante ne sait plus ce qu’est l’éducation. Cela ne marcherait même pas avec le sport ! Et on ne voit vraiment pas comment ce genre de stimulus à vide pourrait en quoi que ce soit redonner de la confiance en soi.

    Confiance en soi veut dire essentiellement coïncidence avec soi  et coïncidence avec la vie. Comme nous l’avons déjà montré, c’est de la parfaite coïncidence avec soi que jaillit la Force et inversement, c’est quand il y a non-coïncidence, division entre soi et soi, conflit intérieur, qu’apparaît la faiblesse. En coïncidant avec elle-même la vie s’éprouve comme Force, elle s’éprouve et se sent vivante, elle puise en elle-même toute l’énergie qui la porte. Toutes les attaques, toutes les stratégies qui sapent la confiance en soi se rangent sous une seule et même rubrique, celle de la division entre soi et soi.

    Celle-ci est bien évidemment produite par le jugement, non le jugement de fait, mais le jugement de valeur et surtout le jugement moral. Si vous répétez à tous les jours à un enfant qu’il est nul, il va vous croire… et le devenir. Il intègrera le jugement à l’image qu’il a de lui-même et il programmera ses actes conformément à ce qu’il croit. Et il avancera dans la vie en doutant perpétuellement de lui-même. Tout être humain chemine dans l’enfance dans une période sensible dans laquelle il structure son ego en fonction de son expérience passée. En d’autres termes, s’identifie très fortement à une image du moi sortie de l’usine du mental, image qu’il croit être lui-même. L’esprit est très sensible aux influences, à ce qui touche à l’image qu’il a de lui-même, l... Sans connaissance de soi, il n’a pas le discernement qui lui permettait de rejeter l’image du moi. Elle demeure donc à tire de conditionnement, et elle s’affiche en pleine figure dès qu’il n’y a plus de contrôle.

    Rien que de très banal : chacun s’identifie à son ego, sans bien sûr avoir la moindre idée de ce qu’est l’ego, en étant incroyablement persuadé que toutes les histoires qu’il se raconte et qui donnent une consistance à son « moi » forment son intériorité la plus vivante. Et bien sûr, pour s’enfoncer toujours plus dans l’illusion, chacun croit bien se connaître, parce qu’il pense beaucoup ! Qu’il se fait des idées et que jamais il ne lui vient à l’esprit de les remettre en question, - persuadé qu’il est que tout ce qui lui passe par la tête est forcément vrai. Pour faire simple cela donne ce que nous avons appelé le monologue de l’ego, une voix dans la tête du genre : « Je me connais mieux que quiconque ! Je pense vraiment beaucoup. Toutes ces pensées qui bourdonnent dans ma tête toute la journée, tous ces films que je me repasse dans mon esprit !  Alors, quand quelqu’un se moque de moi, ou me fait une remarque désagréable, ça me met très en colère. C’est pas vrai. C’est pas ce que je me dis tout le temps. Je ne suis pas comme ça, moi. Et je réagis au quart de tour. ___________________.

     Dans une société éclairée, très tôt dans l’éducation, on donnerait à l’enfant les moyens de comprendre ces processus, pour ne pas entrer dans le carnaval de souffrances qu’ils génèrent. On l’aiderait à faire sa route dans la connaissance de soi. Et ce serait la dimension verticale la plus noble de la Culture. Cependant, on peut aussi imaginer une société qui chercherait à ne former que des « techniciens » sans se préoccuper de la dimension spirituelle de l’être humain. Qui formerait à la chaîne des ingénieurs, des informaticiens très pointus et compétents dans leur domaine, mais très stupide dans la connaissance d’eux-mêmes, ignorants et vivant dans une grande confusion. Dans une structure mentale dysfonctionnelle. On peut fabriquer des politiques, des scientifiques, des artistes, des savants avec pour chacun une habileté, mais par ailleurs complètement immatures. Spirituellement inculte ou d’un niveau de conscience primitif. N’ayant d’estime d’eux même que dans la comparaison et l’émulation sociale sur le mode de l’étalage des apparences,  de la performance de celui qui sera le plus à même de dépasser les autres et de les écraser. Comme l’image du moi est fabriquée à partir de la comparaison avec l’autre, exciter sans cesse la comparaison, c’est la renforcer, donc renforcer l’ego. Avec le cortège de son insanité. Faire sentir que l’on n’est pas aussi bon que l’autres, pas à la hauteur, pas aussi séduisante, pas aussi belle, pas aussi puissant, aussi rusé, aussi cynique etc. Bref, moins que rien. Minable. De sorte que chacun en vienne à croire que pour retrouver sa confiance, il doit gonfler son ego et être encore pire que celui à qui il se compare. Ou se résigner à vivre dans une image racorni, pitoyable et désastreuse qui, tant qu’elle sera là, minera de l’intérieur toute confiance.  Et bien sûr, dans un cas comme dans l’autre ce n'est qu’une surenchère dans l’illusion, mais redoutablement efficace.

    2) C’est là que l’on se sent ragaillardi quand, quittant les fadaises qui traînent dans la mentalité de cette époque, on se replonge dans un livre qui parle enfin de la véritable culture et de la véritable confiance en soi. Allez. Ne boudons pas notre plaisir, et offrons nous quelques pages d’Emerson. Bien sûr dans ses essais, La Confiance en soi. Une lecture tonique appréciée par Nietzsche qui aimait beaucoup la vigueur d’Emerson, vigueur que l’on retrouve aussi chez son disciple Thoreau. Une vraie et joyeuse vitalité.

Dès le début, Emerson évoque l’inspiration poétique qui fait qu’à la lecture quelques vers nous surprennent et qu’alors en nous, « l’âme entend une sorte d’avertissement, quel que soit le sujet traité ». Mais le poète amateur peut toujours craindre le jugement d’autrui. Et il faut dire que nous vivons dans un époque très cynique propre à saper tout enthousiasme et où l’exercice de la négativité passe même pour de l’humour. C’est le profil bas du dernier homme, le règne du nihilisme passif,  (texte) celui qui, fatigué de tout, désabusé, susurre sans arrêt : des « bof » et des « à quoi bon ? » Mais, dit Emerson, il faut croire « dans ce qui est vrai pour vous au plus secret de votre cœur », tôt ou tard dans ce que vous faites, la graine va germer et la vérité qu’elle porte s’imposera à tous les hommes. C’est en cela que consiste une étincelle de génie. N’ayez donc pas de crainte et « exprimez votre conviction profonde ». Aussi loin que nous remontions dans l’histoire humaine, nous voyons que les grands créateurs ne se sont pas contentés de répéter ce que les autres pensaient, mais se sont efforcés de penser par eux-mêmes. Ainsi, « l’homme devrait apprendre à détecter et à observer cette lueur qui, de l’intérieur, traverse son esprit comme un éclair », suivre sa trace et son impulsion. C’est ce que nous avons appelé suivre la Nécessité intérieure. Comme Bergson le dit à propos de l’acte libre, le soulèvement volcanique de la conscience qui parfois vient briser la croûte des habitudes pétrifiées du moi social. Quand enfin nous avons l’audace d’être ce que nous sommes vraiment. Non pas un être humain de seconde main pétri de conformisme. Il faut alors rejeter toute comparaison avec autrui.

    « Il arrive un moment où, dans son éducation, chacun parvient à la conviction que l’envie est ignorance ; que l’imitation est suicide, qu’il doit s’accepter comme tel pour le meilleur et pour le pire, comme le lot qui lui est dévolu ». Celui qui rate cette invitation que la vie lui offre risque fort de traîner dans son existence au lieu de vraiment la vivre.

    Il faudrait recopier presque tout le texte qui suit. Par exemple le malheur, c’est que « nous ne nous exprimons qu’à demi, et nous avons honte de cette idée divine que chacun de nous représente ». Et pour prolonger Descartes : « L’homme est joyeux et satisfait lorsqu’il a mis tout son cœur à l’ouvrage et fait de son mieux, mais ce qu’il a dit ou fait autrement ne lui apportera pas la paix ».

    Et s’il fallait extraire un passage d’Emerson pour écrire une prosopopée de la confiance en soi, on pourrait reprendre celui-ci :

« Aie confiance ne toi : chaque cœur vibre à cette corde de fer. Accepte la place que la divine providence a trouvée pour toi, la société de tes contemporains, l’enchaînement des faits. Les grands homme sont toujours fait ainsi, et, tels des  enfants se sont abandonnés au génie de leur époque, révélant par là même que ce qu’il percevaient comme absolument digne de confiance résidant dans leur cœur, se manifestait par les mains et prédominait dans tout leur être… Ne soyons pas des êtres faibles et infirmes dans un coin protégé, non pas des lâches fuyant une révolution, mais des guides, des rédempteurs et des bienfaiteurs». (texte)

    N

 

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Questions:

1.  Le manque de confiance est-il seulement de l'ordre d'un problème relationnel?

2.  Peut-on imaginer une volonté sans confiance en soi?

3.  L'auto-suggestion conduit-elle à la confiance en soi?

4.  Dans une société divisée contre elle-même, la confiance en soi demeure-t-elle possible?

5.  Être confiant, est-ce inconsciemment se soumettre et suivre un ordre?

6.  La confiance en soi peut-elle être le résultat d'une contrainte ou d'un effort?

7.  En quel sens peut-on dire que le mental est très doué pour faire du sabotage interne?

 

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  © Philosophie et spiritualité, 2013, Serge Carfantan,
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